Pierre Manenti nous plonge dans l’histoire du Rassemblement pour la République (RPR), depuis sa fondation, en 1976, jusqu’à sa dissolution dans l’Union pour un mouvement populaire (UMP), en 2002. Au-delà de vouloir retracer l’histoire de ce parti, Pierre Manenti met en lumière l’évolution idéologique et, in fine, l’inexorable déclin de ce mouvement politique — héritier du gaullisme — qui finira par se diluer au sein d’une union magmatique regroupant différentes tendances de la droite et du centre droit, après un quart de siècle d’existence.
L’auteurNormalien, passé par Sciences Po Strasbourg, Pierre Manenti a travaillé pendant plusieurs années comme collaborateur parlementaire, puis comme conseiller dans différents cabinets ministériels, avant de rejoindre le groupe EDF. Historien de formation, il est l’auteur de quatre ouvrages l’auteur de : Histoire du gaullisme social (Perrin, 2021), Albin Chalandon, le dernier baron du gaullisme (Perrin, 2023), Les barons du gaullisme (éditions Passés composés, 2024), Charles Pasqua. Dans l’ombre de la République (éditions Passés composés, 2025). nous rappelle les évènements ayant présidé à la fondation du RPR par Jacques Chirac, après son départ fracassant de Matignon, ses relations tendues avec le président de la République ayant atteint leur point paroxystique. La rupture consommée avec le libéral Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac entend refonder la famille gaulliste autour d’un nouveau parti de masse, fortement implanté localement.
Parti chiraquien ou héritier du gaullisme — même s’il s’ancre dans une tradition gaulliste et reprend les réseaux issus de l’UDR — le RPR n’aura de cesse, durant les années 1980, de marquer la montée en puissance de son fondateur. Le parti fonctionnera longtemps comme une machine électorale efficace mise au service exclusif de son chef. Son échec à l’élection présidentielle de 1988, après un retour à Matignon, durant deux années, en cohabitation avec le président socialiste François Mitterrand marquera l’apparition de courants parfois rivaux au sein du RPR. Bientôt, séguinistes et autres souverainistes ne tarderont pas à faire entendre leurs différences.
Ces tensions idéologiques atteindront leur acmé au moment du débat sur le traité de Maastricht, qui verra la ligne souverainiste portée par Philippe Séguin s’opposer à la direction du RPR, devenue libérale conservatrice durant la dernière décennie. Maastricht annoncera les fractures qui traverseront la droite française, entre tenants de la souveraineté nationale et partisans de la construction européenne.
Comme l’avance Pierre Manenti, le RPR est devenu l’incarnation d’une droite conservatrice. S’il reste un parti populaire, qui a su conserver certaines valeurs de justice sociale héritées du gaullisme, il n’en demeure pas moins vrai que le parti a intégré nombre de références libérales, au détriment de son héritage jacobin. L’inéluctable construction européenne a fait naître, en son sein, des clivages profonds entre partisans d’une Europe puissante et ardents défenseurs de la souveraineté nationale. Enfin, l’inexorable montée du Front national a conduit le RPR à s’emparer de thèmes pourtant combattus quelques années plus tôt par Jacques Chirac lui-même.
Enfin, l’auteur achève son ouvrage sur une troisième grande séquence, qui couvre les années 1990-2000, et voit apparaître les premières dissensions sur la question européenne, qui conduiront inévitablement à des fractures internes. Pierre Manenti relate ce difficile exercice du pouvoir, qui conduit inexorablement à l’usure d’un parti, qui finit par se fondre et totalement disparaître au sein d’une association hétéroclite rassemblant libéraux, centristes, et radicaux : l’Union pour un mouvement populaire (UMP).
Dans son ouvrage, Pierre Manenti entend replacer l’évolution du RPR au sein de la droite française. Par ailleurs, il souligne que nombre de thèmes, de réflexions et de références du RPR continuent d’irriguer la droite parlementaire, à l’instar des Républicains (LR), qui revendiquent sa filiation historique et idéologique. Pour autant, l’auteur note que certains éléments de langage, ainsi qu’une partie de la mémoire du gaullisme, sont désormais repris par un certain nombre de représentants de l’extrême droite hexagonale.
Le RPR. Une certaine idée de la droite permet de comprendre la trajectoire de cette composante majeure de la droite française que fut le parti chiraquien, depuis le gaullisme d’opposition, jusqu’aux recompositions partisanes du début du XXIᵉ siècle. Pierre Manenti montre comment ce parti, malgré sa fusion-absorption au sein de l’UMP, a su conserver son héritage idéologique et préparer les structures d’un nouveau mouvement, néo-gaulliste, pour les années à venue, assurant la continuité des idées du général de Gaulle, malgré la recomposition politique de la vie politique française, notamment durant la présidence d’Emmanuel Macron.



