Publié chez Delcourt, L’Embrasement – La guerre Israël-Hamas, dans l’enfer de Gaza est un roman graphique réalisé par Florent Calvez à partir des analyses de l’historien et ancien militaire Michel Goya. L’album se propose d’éclairer un conflit d’une extrême complexité, ravivé par les attaques du 7 octobre 2023. Plutôt que de s’en tenir à l’événement lui-même, Florent Calvez choisit de replacer cette explosion de violence dans une perspective historique longue afin d’en comprendre les racines. La bande dessinée se veut ainsi un outil de compréhension, mêlant récit historique, analyse militaire et mise en images de plus d’un siècle de tensions au Proche-Orient.
Un scénario qui remonte aux origines du conflit
Le récit s’ouvre sur l’aube du 7 octobre 2023, lorsque des commandos du Hamas lancent une attaque meurtrière contre Israël, frappant civils et militaires dans plusieurs localités proches de Gaza. Cet événement constitue le point de départ du livre, mais aussi le déclencheur d’un retour en arrière destiné à montrer comment on en est arrivé là.
Les auteurs remontent ainsi jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle, lorsque Theodor Herzl, bouleversé par l’antisémitisme européen et notamment par l’Affaire Dreyfus, développe l’idée d’un État destiné à offrir un refuge aux Juifs.
À partir de cette réflexion naît le mouvement sioniste, qui prend progressivement forme en Palestine alors sous domination ottomane, puis sous mandat britannique. L’album retrace les différentes étapes qui ont structuré l’histoire de la région : migrations juives vers la Palestine, montée des tensions avec les populations arabes, proclamation de l’État d’Israël en 1948 et succession de guerres et de crises qui ont marqué les années qui suivent.
Dans ce contexte, l’ouvrage met en lumière les différentes organisations politiques et militaires impliquées dans le conflit. Le récit évoque les acteurs palestiniens, comme l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), le mouvement nationaliste Fatah et bien sûr le Hamas, mouvement islamiste qui arrive au pouvoir en 2006 dans la bande de Gaza. Les auteurs décrivent sa stratégie, son organisation militaire et politique ainsi que sa capacité à contrôler et mobiliser une partie importante de la population gazaouie. À l’échelle régionale, le Hezbollah apparaît également comme un acteur important du conflit. Du côté israélien, l’armée nationale, Tsahal, occupe une place centrale dans les différentes guerres et opérations militaires décrites dans l’ouvrage.
L’album évoque aussi les tentatives diplomatiques visant à apaiser les tensions, notamment les Accords d’Oslo, qui ont suscité dans les années 1990 l’espoir d’un règlement durable du conflit avant de s’enliser progressivement.
Ces initiatives sont étroitement liées à plusieurs figures politiques majeures présentées dans l’album. Le récit met ainsi en scène des dirigeants comme Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, acteurs clés du processus de paix des années 1990. D’autres responsables politiques ayant marqué l’évolution du conflit apparaissent également, tels que Ariel Sharon ou Benjamin Netanyahu, illustrant les différentes orientations politiques et stratégiques adoptées par Israël au fil du temps.
Tout au long du récit, Michel Goya intervient pour analyser les logiques militaires et stratégiques du conflit, apportant un éclairage précis sur l’organisation des forces en présence et les mécanismes de l’escalade.
Une œuvre documentée et graphiquement impressionnante
L’album impressionne d’abord par la rigueur de sa démarche. L’auteur s’efforce de présenter les faits de manière la plus objective possible, en retraçant les événements majeurs et en expliquant les dynamiques politiques et militaires à l’œuvre. Cette volonté donne à l’ouvrage une réelle solidité historique et permet de mieux saisir la profondeur d’un conflit souvent réduit à l’actualité immédiate.
Le travail graphique de Florent Calvez contribue largement à la force du livre. Son dessin très détaillé et presque photographique restitue avec précision les visages des acteurs historiques, les scènes de foule, les paysages urbains ou encore les territoires dévastés par la guerre. Les couleurs sobres, dominées par des tons terreux, accentuent l’atmosphère grave et dramatique qui traverse l’ensemble du récit.
Cette exigence documentaire a cependant pour conséquence de rendre la lecture parfois un peu austère. Le texte est dense et explicatif, et l’absence de procédés narratifs destinés à alléger le récit peut donner une impression de lecture exigeante, voire un peu aride. Néanmoins, cette densité reflète aussi la complexité du sujet et témoigne de la volonté des auteurs de ne rien simplifier ni occulter.
Avec L’Embrasement, Florent Calvez propose une bande dessinée ambitieuse qui cherche avant tout à comprendre les mécanismes d’un conflit ancien et profondément enraciné. Grâce à une documentation solide basée sur les travaux de Michel Goya et à un dessin d’un grand réalisme, l’ouvrage offre une synthèse rigoureuse et nuancée de plus d’un siècle d’histoire. Malgré une lecture parfois dense, il constitue une contribution précieuse pour mieux appréhender les origines, les acteurs et les enjeux de la guerre entre Israël et le Hamas.



