Les Araméens et les premiers Arabes de F. Briquel Chatonnet propose une esquisse de l’histoire de ces populations du Proche Orient ancien à partir du 1er millénaire av. J.C. jusqu’au tournant de notre ère. L’utilisation partagé de la langue araméenne a été un facteur d’intégration.
« Marianne.Bertrand » Agrégée d’histoire géographie, Lycée A. Malraux à Allonnes, membre du GdR 2320 du CNRS : « La Bible et ses lectures »
Françoise Briquel Chatonnet, Les Araméens et les premiers Arabes, Encyclopédie de la Méditerranée, Edisud, Aix-en-Provence, 2004, 76 pages. Compte-rendu réalisé par Marianne Bertrand, Lycée A. Malraux, Allonnes.

Françoise Briquel Chatonnet est docteur en histoire et directrice de recherches au CNRS. Cette spécialiste des peuples sémitiques anciens nous offre une petite synthèse agréable à parcourir sur les populations araméennes et arabes du Proche-Orient ancien, deux cultures qui ont marqué profondément cet espace.

Un premier chapitre explique l’apparition puis la disparition entre le Xème et le VIIIème siècle de petits royaumes araméens, sans que justement leur disparition en tant qu’Etat équivaille pour autant à la celle de leur culture. Bien au contraire, le système de déportation des peuples vaincus mis au point par les conquérants assyriens à cette époque facilite le brassage ethnique et marque le début de l’aramaïsation du Proche-Orient. La langue araméenne investit peu à peu l’espace, de la Syrie à la Mésopotamie.

Le chapitre suivant évoque la présence arabe mentionnée pour la première fois par les annales assyriennes au début du 1er millénaire. Les Arabes sont plutôt distingués par leur genre de vie -nomade- que par leur langue. Les rois assyriens se sont intéressés de près au riche commerce caravanier des Arabes et ont cherché à en profiter par l’imposition d’un tribut, ce faisant, ils les ont intégrés à l’empire.

De fait, Assyriens, Babyloniens, Perses, maîtres successifs de l’espace entre Mésopotamie et Egypte ont impulsé une dynamique d’unification à la fois politique et culturelle et celle-ci passe notamment par l’utilisation de l’araméen qui acquiert le statut de langue officielle avec l’Empire achéménide (fin du VIème siècle). En témoignent l’épigraphie d’Anatolie, les inscriptions des stèles funéraires, papyrus et ostraca d’Egypte, les aramaïsmes dans certains textes bibliques, les inscriptions funéraires et religieuses d’Arabie et les documents découverts à Bactriane aux confins orientaux de l’Empire.

Une rupture survient avec l’hellénisation du Proche Orient au IIIème siècle et le choix du grec comme langue officielle. Pourtant l’araméen survit, langue désormais provinciale, elle demeure un marqueur identitaire de petits groupes sémitiques surtout à partir des revers politiques des Lagides et Séleucides. Ces groupes sémitiques n’ont pas tous connu la même évolution et leur pratique de l’araméen diverge de plus en plus jusqu’à les différencier les uns des autres : populations arabiques de Safa dans le sud syrien, Nabatéens d’origine arabe aussi du sud palestinien et de Transjordanie, Ituréens au Liban et Anti-Liban, et Eméséniens de Syrie. Pour chacun de ces groupes se pose la question de la part des langues araméenne et arabe dans leur culture sans qu’on puisse y répondre avec certitude. Ainsi à Palmyre au 1er siècle ap. J.C., la mixité s’affiche aussi bien dans l’onomastique que dans la religion où l’on vénère à la fois les baals araméens et la déesse Allat du panthéon arabe.

La cohabitation de l’arabe et l’araméen perdure jusqu’à la conquête islamique où l’usage de l’araméen ne se maintient alors que chez les chrétiens.

Il faut, me semble-t-il, ajouter un mot sur la collection bien appétissante dans laquelle paraît ce livre -le 29ème numéro- : l’Encyclopédie de la Méditerranée, coproduction des différentes rives de la Méditerranée, cherchant à approfondir, pour sa section « Histoire », les identités et patrimoines culturels de cet espace, contribuant à une mise en perspective des tensions d’aujourd’hui.

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