Alain Wang, journaliste et sinologue enseigne à l’Ecole centrale Paris et à l’Institut français de la mode. Il intervient également comme consultant auprès des entreprises pour les aider à mieux comprendre leurs interlocuteurs chinois. En six chapitres, il propose un tour d’horizon des Chinois. Chacun est divisé en de nombreuses sous-parties. Il donne de nombreuses informations chiffrées et s’appuie sur beaucoup de faits récents, utilisant ponctuellement la profondeur historique.
Il ne faudrait surtout pas faire de cette population un bloc monolithique et, dès l’introduction, l’auteur souligne, d’une façon à la fois simple et percutante, dans quel contexte a évolué un Chinois né par exemple en 1940, en 1960 ou en 1980.

19 humains sur 100

Alain Wang choisit assez logiquement de commencer par parler de la population car c’est le point le plus évident. Entre 2011 et 2015, il y a eu 34 millions de Chinois en plus sur la planète pour un âge médian de 37 ans. L’auteur souligne bien la diversité de cette population chinoise, car si 92 % sont des Han, il évoque la place des Ouigours ou des Mongols. Il revient ensuite sur l’utilisation très politique qui est faite aujourd’hui de Confucius. Réinterprété sous l’angle de « l’harmonie sociale », le penseur est récupéré par le Parti communiste. Alain Wang réutilise l’approche par tranche d’âge de l’introduction pour faire comprendre le contexte psychologique des Chinois. Que de différences entre la génération des 65 ans qui ont vécu leur adolescence au temps de la Révolution culturelle et la génération des moins de 40 ans qui appartient à l’époque des enfants uniques et des « petits empereurs ». Certes, cela peut paraître très global, mais cela fournit quand même certaines clés de lecture sur la société chinoise. L’auteur retrace également les influences occidentales qui existent en Chine en se situant dans une perspective historique depuis le début du XXe siècle. Cela permet de poser la question de la religion et par exemple l’influence des mouvements chrétiens. Le chapitre se termine par, en quelque sorte, un retournement de l’histoire en évoquant le développement actuel des instituts Confucius : ils sont présents dans 126 pays et sont au nombre de 475.

De Mao à Xi Jinping

Cette deuxième partie, plus brève, vise à donner quelques repères sur la Chine depuis 1949, vue du côté des dirigeants. Alain Wang revient notamment sur la période après Tien An Men et sur le « pacte de croissance » qui fait que le Parti communiste échange, en quelque sorte, la restriction des libertés contre la promesse de croissance économique. De 1992 à 2002, le PIB est multiplié par 3,5. L’auteur montre que la succession entre dirigeants chinois n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Si l’on s’attarde sur l’actuel dirigeant Xi Jinping, il faut savoir qu’il est le fils d’un révolutionnaire de la première génération, qui a été premier ministre, avant d’être victime d’une épuration politique. Aujourd’hui, Xi Jinping est selon les mots d’Alain Wang «  le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao Zedong ».

A quoi sert le Parti communiste aujourd’hui ?

Après cette approche par les dirigeants, l’auteur élargit son propos et s’interroge sur le rôle du parti communiste. Il rappelle d’abord que les communistes ont détruit la structure sociale traditionnelle pour pouvoir se fondre dans la société. De 1955 à 1977, les membres du parti sont passés de 10 à 35 millions pour atteindre aujourd’hui le chiffre de 89 millions, soit 6,5 % de la population totale. Mais le parti vieillit avec 25 % des membres qui ont plus de 65 ans. « Posséder la carte du parti confère un statut qui assoit sa position sociale comme celle du reste de la famille ». Parmi les défis à relever pour le parti, la réorganisation de l’ encadrement dans des villes qui n’en finissent pas de se développer. Le parti ne compte pas que sur ses membres, car il y a aujourd’hui 100 millions de caméras de surveillance dans le pays. Parmi les autres questions très sensibles et à fort potentiel d’éclatement, il y a la corruption : lutter contre peut aussi être un moyen de faire de l’épuration politique. Des Chinois commencent pourtant à protester contre certaines dérives et le régime est obsédé par la question du maintien de l’ordre. Il y a entre 5000 et 10 000 condamnations à mort par an. Dès son entrée au collège, chaque Chinois voit se constituer sur lui le début d’un dossier personnel.

Du désastre écologique à la révolution numérique

D’abord un chiffre : avec 197 millions d’hectares la surface forestière du territoire chinois est aujourd’hui proportionnellement inférieure d’un tiers à celles de l’UE ou des Etats-Unis. 400 villes manquent d’eau et la pollution de l’air augmente. La Chine brule 3,7 fois plus de charbon aujourd’hui qu’en 2000. Tous les cinq jours il y aurait un accident environnemental grave causé par l’utilisation de produits chimiques. Récemment, il y a eu l’affaire du film « Sous le dôme » qui dénonçait la pollution en Chine. Il a totalisé 200 millions de vues en trois jours sur le web avant que la censure n’intervienne. Aujourd’hui, l’inscription à un service internet sous pseudonyme est interdite et la règle a été étendue aux services de conversation instantanée. Mais Internet, c’est aussi la possibilité d’une nouvelle économie avec par exemple zhubaijia.com, « l’Airbnb » chinois.

Une Chine en plein bouleversement social et économique

Dans les deux derniers chapitres, l’auteur examine l’état social et économique du pays en s’intéressant par exemple à la famille et aux moeurs. D’ici 2030, 30 millions de Chinois subiront un célibat forcé à cause de quatre décennies de planning familial contraignant. Le bilan, c’est 400 millions de naissances en moins. Alain Wang passe ensuite en revue certains thèmes comme la place de la femme, l’homosexualité ou la prostitution. Le dernier chapitre examine l’état d’une société chinoise au développement économique accéléré, même s’il est loin d’avoir concerné tout le monde. Depuis l’adhésion du pays à l’OMC, sa part dans les échanges mondiaux a triplé. Les Chinois se ruent aujourd’hui vers les actions, sacré retournement de l’histoire, avec très souvent de cruelles désillusions. Sur les 120 millions de Chinois qui ont voyagé à l’étranger en 2015, 56 % avaient moins de 35 ans.

En un peu plus de 300 pages, Alain Wang dresse donc un état des lieux très complet de la société chinoise actuelle. Sans nier le poids de l’histoire et du passé, son bilan se veut résolument actuel et très argumenté notamment sous forme de chiffres. Un ouvrage utile pour parler de la Chine dans le cadre scolaire.

© Jean-Pierre Costille pour les Clionautes.