François Trébosc, professeur d’histoire géographie au lycée Jean Vigo, Millau

Gérard Blier est agrégé de l’université, docteur es lettres et sciences humaines. Ancien enseignant d’histoire-géographie, cet inspecteur d’Académie a également écrit sur l’histoire de l’enseignement.

Son ouvrage nous présente les grandes batailles qui ont marqué l’histoire de France, de Gergovie à la guerre d’Algérie. Par ce survol de 2000 ans de notre histoire, Gérard Blier entend donner du sens à des noms, des dates, qui nous sont familiers, mais dont trop souvent on ignore les tenants et les aboutissants. A l’instar du fameux 1515 de Marignan, présent dans la mémoire de beaucoup de français mais que bien peu sauraient localiser, même approximativement, et encore moins expliquer.

Des batailles dans l’histoire

Les différentes batailles sont présentées dans l’ordre chronologique afin de ne pas dérouter le lecteur.
Le premier chapitre traite assez rapidement des batailles antérieures au 14° siècle Vu le nombre et la fiabilité des sources, il est assez difficile de présenter un récit détaillé des batailles de l’époque avec les effectifs engagés et la disposition des forces. Il ne s’en intéresse pas moins aux symboles que peuvent être Alésia, Poitiers ou Bouvines.

A partir de la guerre de Cent Ans, chaque période a son chapitre : Guerre de Cent Ans, guerres d’Italie, 17° siècle, puis 18° siècle. Si les cartes se limitent toujours à une localisation des lieux de batailles, celles-ci sont désormais évoquées avec plus de précision. Les aspects tactiques et stratégiques étant plus développés.

Mais ce sont les guerres de la Révolution et de l’Empire qui constituent la plus grosse part de l’ouvrage (un tiers), le nombre des campagnes militaires et la place occupée par les guerres de la Révolution et surtout de l’Empire dans notre mémoire justifiant largement ce choix. Alors que dans les chapitres précédents, les cartes localisaient juste les lieux des batailles. On a désormais, pour les plus importantes, un plan de celle-ci pour appuyer le récit.

Les conflits du Second empire ne sont pas oubliés (campagnes de Crimée, d’Italie ou de la guerre de 1870-1871). On peut cependant regretter que l’aventure mexicaine de Napoléon III soit laissée de côté, Camerone faisant partie des batailles célébrées par nos légionnaires.
Les affrontements de la Première guerre mondiale sont abordés. Une trentaine de pages leur est consacré ce qui en fait le plus gros chapitre de l’ouvrage. Logique au vu de la place occupée par cette guerre dans la mémoire des Français, de la Marne à Verdun, en passant par Salonique ou le chemin des dames, on retrouve tous les lieux symboles de ce conflit.

Le deuxième conflit mondial fut marqué par un rôle plus réduit des armées françaises en regard des forces en présence dans chaque camp. Leur engagement n’en a pas moins contribué à façonner nos mémoires de celle-ci. Un affrontement mineur comme Bir Hakeim a permis à la France Libre de s’affirmer comme force combattante du camp allié, tandis que l’action de la résistance intérieure facilita la reconnaissance de la légitimité du pouvoir du général de Gaulle. Les victoires militaires (ou symboles car au final Bir Hakeim est évacué) appuient ici le politique.

Une relation entre le politique et le militaire que l’on retrouve en Indochine et en Algérie. La victoire ne doit pas être seulement militaire, elle doit être également politique. Le bilan d’une guerre ne se mesure qu’à la fin, et le gagnant n’est pas forcément celui qui a accumulé le plus de succès militaire.

Des batailles qui ont une histoire.

L’intérêt principal de l’ouvrage provient du fait que l’auteur ne se limite pas à une simple description des batailles. Celles-ci sont replacées dans un cadre plus large, qu’il s’agisse de la campagne ou du conflit durant lequel elles se produisent.

Les causes et les conséquences de ces affrontements sont présentées de manière à permettre au lecteur d’évaluer l’importance réelle d’un évènement dont souvent seul le nom lui était connu. Ce souci de contextualiser la bataille implique que le récit de celle-ci reste succinct, se limitant à un rappel des faits essentiels. L’auteur n’ayant pas pour objectif en moins de 240 pages de faire un descriptif détaillé de tous les affrontements militaires qu’il évoque.

Pour celui qui veut approfondir sur les batailles en elles mêmes, il faudra aller puiser dans la bibliographie située à la fin de l’ouvrage. On peut d’ailleurs regretter que celle-ci ne soit pas un peu plus étoffée et laisse de côté les travaux parus en langue étrangère.

L’auteur n’a cependant pas oublié de traiter des batailles navales, des plus célèbres (Trafalgar) aux moins connues (La Hougue, l’Ecluse..). Des affrontements navals qui ont souvent eu un impact majeur sur le déroulement des conflits mais qui ont pourtant largement disparues de notre mémoire collective. Est-ce car ce sont pour la plupart des défaites ou que les souverains n’avaient guère d’intérêt pour une forme d’affrontement qu’ils ne maîtrisaient pas. Est-ce lié ? Mais ces batailles navales sont également les grandes oubliées des cartes de l’ouvrage…

De manière générale, à l’exception de la partie consacrée aux deux guerres de la décolonisation, les batailles ayant eu lieu outremer ne sont pas abordées dans l’ouvrage. Elles font pourtant partie de notre patrimoine militaire, qu’il s’agisse de la lutte franco-anglaise pour le Canada, de la participation à la guerre d’indépendance américaine (comment comprendre Lafayette sinon ?) ou des conquêtes coloniales.
La relation entre l’évènement et la mémoire est également abordée. Gérard Blier montre en particulier comment les victoires de Bonaparte ont éclipsés celle des autres généraux révolutionnaires.

La fin des grandes batailles ?

Gérard Blier clôt son ouvrage par une évocation de l’évolution des forces armées françaises liée au passage à la professionnalisation et à la prise en compte de nouveaux enjeux. La sécurité d’un Etat ne passe plus par la nécessaire défense du seul territoire national, elle se fait de plus en plus par des interventions extérieures, nécessitant des capacités de projection et du matériel sophistique, servi par des personnels entraînés.

Des interventions qui mobilisent des moyens humains relativement faibles au regard des conflits mondiaux, mais où toute perte humaine doit être justifiée devant la nation.

Au final, un ouvrage qui, comme l’annonce la quatrième de couverture permet effectivement « un survol de notre histoire militaire ». L’ouvrage n’est donc pas destiné à ceux qui voudraient des informations détaillées sur un conflit. Il est par contre utile pour celui qui veut avoir une première approche de l’histoire militaire, la table des matières lui permettra de trouver aisément la bataille qu’il recherche.

Compte-rendu de François Trébosc, professeur d’histoire géographie au lycée Jean Vigo, Millau

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