Avec Laurent Gayme, la Cliothèque a déjà présenté ce 12e volume de « L’histoire de France » des éditions Belin. Par conséquent, nous allons nous attacher à présenter d’autres points essentiels de cet ouvrage : l’auteur, l’ouvrage et les annexes.

L’auteur : Nicolas Beaupré

Né en 1970, Nicolas Beaupré est représentatif de cette nouvelle génération d’historiens que les éditions Belin ont promu en lui donnant la rédaction du 12e volume de leur monumentale « L’histoire de France », soit le plus volumineux de la collection avec ses 1143 pages et son kilo et demi. Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, membre junior de l’Institut Universitaire de France (IUF, promotion 2010), membre du comité directeur du Centre international de recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, membre du Comité franco-allemand des historiens et coresponsable de la publication de la revue Siècles du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures », Nicolas Beaupré est spécialiste de la Grande Guerre et de ses conséquences en France et en Allemagne Outre cette spécialisation, ses travaux portent essentiellement sur l’histoire culturelle des littératures de guerre, l’histoire franco-allemande et, en particulier, celle des occupations de l’entre-deux-guerres. Il a notamment publié avec Christian Ingrao et Anne Duménil : 1914-1945 : L’ère de la guerre, Agnès Viénot éditions, 2004 ; Le Rhin, une géohistoire, La documentation française, 2005 ; Ecrire en guerre, écrire la guerre (France, Allemagne 1914-1920), CNRS éditions, 2006, tiré de sa thèse (Les écrivains combattants français et allemands de la Grande Guerre 1914-1920. Essai d’histoire comparée, Thèse d’histoire soutenue le 30 novembre 2002 à l’université de Paris-X-Nanterre, dactylographiée, 775 p.) ; avec Caroline Moine, L’Europe de Versailles à Maastricht : Visions, acteurs et moments du projet européen, Seli Arslan, 2007 ; Le Traumatisme de la Grande Guerre, Presses universitaires du Septentrion, 2012 (traduction d’un livre publié en Allemagne en 2009 : Das Trauma des Krieges (1918-1932/33). Deutsch-französische Geschichte Band VIII, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2009).

L’ouvrage : la synthèse la plus récente sur la période 1914-1945

Les deux Guerres mondiales du XXe siècle sont le cœur de ce livre. Le grand basculement de l’été 1914, les horreurs des tranchées, l’occupation d’une partie du pays et le « front de l’arrière » font comprendre le processus qui conduit à un conflit inédit par son ampleur et sa brutalité : une guerre totale. Sans doute, en 1918, la France émerge, victorieuse, mais « malade de la guerre » : profondément affectées, jusque dans leurs structures, l’économie et la démographie ne peuvent être « réparées », reconstruites ou « reconstituées » aussi rapidement qu’un pont, une route ou un bâtiment. Cette « reconstitution » progressive de la France se fait à des rythmes différenciés : rapide et efficace dans le cas des infrastructures, plus lente, incomplète et entravée par la crise dans le domaine économique et financier et, enfin, très partielle seulement et à peine entamée dans le domaine démographique, malgré la mise en place de politiques publiques spécifiques. Le monde rural entame sa lente mutation, le monde ouvrier augmente en nombre et se déchire sur les questions syndicalo-politiques, pendant que les classes moyennes, en expansion numérique, se fractionnent et se diversifient.
La démobilisation culturelle et le retour à la mobilisation politique se déroulent dans une atmosphère de tensions et de modernisations artistiques, entre cultures des masses et culture de masse. Une attention particulière est portée aux relations internationales, aux traités, à l’esprit de revanche, en même temps qu’aux efforts des pacifistes, à la SDN, à Briand… Alors que la France abandonne en partie à regret une politique de puissance en Europe, le terrain colonial devient bientôt le seul où cette politique impérieuse peut pleinement s’exprimer, notamment en 1931 à travers une impressionnante exposition coloniale. Avant que tout ne bascule, de nouveau, dans des crises multiples, financières, économiques et politiques, pour aboutir à la catastrophe de mai-juin 1940 et, avec elle, à la mise à mort des principes républicains…

Si l’ouvrage tient bien l’équilibre entre l’’histoire rénovée des guerres (surtout de la Première Guerre mondiale), l’histoire sociale, l’histoire politique et l’histoire culturelle, on sent bien chez Nicolas Beaupré un intérêt privilégié – dans la suite logique de ses travaux – pour cette dernière et pour 1914-1918 (événement fondateur de cette première moitié du siècle). Néanmoins, Nicolas Beaupré a été soucieux de laisser une large place à l’histoire des politiques étrangères de la France (y compris dans leur dimension culturelle) sans oublier la dimension coloniale. Quoi qu’il en soit, il nous offre une synthèse remarquable qui présente les acquis et les questions des recherches les plus récentes et rendra d’immenses services aussi bien aux professeurs d’Histoire ainsi qu’aux universitaires (enseignants-chercheurs et étudiants) tant sur les connaissances que sur la méthodologie sans oublier les nouveaux axes de recherche sur cette période tellement étudiée.

Les annexes

En annexes, on trouvera une abondante chronologie, de très utiles notices biographiques et une imposante bibliographie (qui n’est malheureusement pas commentée). L’ouvrage se distingue aussi par une très abondante et très riche iconographie commentée ainsi que de nombreux textes, tableaux et schémas sans oublier des cartes. Naturellement, tous ces documents sont tous sourcés et ces annexes se terminent par un indispensable index. Il convient de citer pour ce travail monumental Marie-France Naslednikov pour l’iconographie, Thomas Haessig pour l’illustration et, enfin, Aurélie Boissière, pour la cartographie. Cette dernière, avec la collaboration de Nicolas Beaupré, va concevoir deux cartes originales : en l’occurrence « La diplomatie culturelle française en Europe » (p. 555) et « Les crises en Europe dans les années 1930 » (p. 773). Cette jeune infographiste-cartographe a collaboré sur l’ensemble des 13 volumes de « L’histoire de France » des éditions Belin qui lui ont fait confiance (malgré sa jeunesse) mais qui a fait preuve d’une autorité et de compétences remarquables et indéniables. C’est l’un des grands mérites de l’équipe éditoriale des éditions Belin d’avoir fait confiance et de donner la chance à une équipe de jeunes auteurs dans leur domaine respectif.

Un futur classique ?

En guise de conclusion (somme toute provisoire), pour restituer ce « passé qui ne passe pas » ou si mal, Nicolas Beaupré a su trouver la bonne distance, entre passion et parti pris, pour nous faire comprendre et partager les enjeux d’une des périodes les plus dramatiques et controversées de l’histoire de France. Et on peut espérer pour l’auteur comme pour son ouvrage que ce dernier deviendra un jour un de ces classiques indispensables dont on oublie le titre pour ne se souvenir que du nom de leur auteur : « le Beaupré ». Pour notre part, nous ajoutons que nous espérons qu’il y aura un avant « le Beaupré » et un après afin que l’historiographie sur la période 1914-1945 puisse prendre de nouveaux axes de recherches prometteurs.

© Les Clionautes (Jean-François Bérel)