Le terme de Royautés recouvre au Moyen Age et à l’époque moderne des réalités bien différentes ; En 2013 un séminaire dans les années 2010, a réuni des chercheurs Pascal Buresi, Fanny Cosandey, Marie-Laure Derat, Elie Haddad…, sur le thème Royautés, pouvoirs et savoirs en monarchie. Ce sont ces travaux qui sont aujourd’hui publiés par les éditions du CNRS.
Le collectif a choisi de réunir leurs contributions non par zone géographique ou période, mais autour de huit thèmes. Divers par la taille des États, par la richesse des sources disponibles, des comparaisons, des parallèles peuvent être faits. Les études invitent à un voyage entre l’Aragon, l’Éthiopie, la Suède, La Maghreb, la Valachie-Moldavie, l’empire moghol et la France.
Chaque article s’appuie sur un document textuel ou iconographique.
Se repérer dans le temps et dans l’espace des royaumes
La variété des terrains d’étude impose ce premier chapitre introductif. Chaque espace est décrit : expansion territoriale, organisation administrative, particularités linguistiques, religieuses, sa chronologie précisée. Une carte et une bibliographie complètent chaque article.
Le voyage commence, entre le VIIe et le XVe siècle, dans l’occident musulman. On parcourt ainsi : l’Éthiopie médiévale et moderne, du XIIe au XVIIIe siècle, des royaumes chrétiens et musulmans ; La couronne d’Aragon (XIIe-XVe s.) ; le royaume de Suède (XIIe-XVe s.) et plus largement la Scandinavie ; les principautés de Valachie et de Moldavie du XVe au XVIIe siècle ; Le royaume de France aux XVIe-XVIIe et XVIIIe siècle et l’empire moghol entre 1526 et 1857.
Le voyage commence, entre le VIIe et le XVe siècle, dans l’occident musulman avec Pascal Bruresi. On parcourt ainsi : l’Éthiopie médiévale et moderne, du XIIe au XVIIIe siècle avec Marie-Laure Derat , des royaumes chrétiens et musulmans ; La couronne d’Aragon (XIIe-XVe s.) avec Stéphane Péquignot ; le royaume de Suède (XIIe-XVe s.) et plus largement la Scandinavie avec Corinne Péneau ; les principautés de Valachie et de Moldavie du XVe au XVIIe siècle avec Radu G. Păun ; Le royaume de France aux XVIe-XVIIe et XVIIIe siècle avec Fanny Cossandey et Élie Haddad ; enfin, l’empire moghol entre 1526 et 1857 avec Corinne Lefèvre.
On notera que l’époque moderne domine et qu’avec l’empire moghol, on atteint le milieu du XIXe siècle.
Le nom du roi
Le choix des termes, la titulature représentent l’identité royale. Le nom de règne est souvent symbolique d’une qualité, d’un défaut, d’une origine géographique. Il peut renvoyer à une réalité glorieuse ou au contraire faire référence à une période sombre. Il inscrit un personnage dans une dynastie, l’inscrit dans ses droits au pouvoir, une filiation, un projet politique.
Dans ce chapitre, chaque article repose sur un document iconographique.
Une croix de possession d’une église éthiopienne du XIIIe s. montre les noms des rois et les ascendances de la dynastie des Zagwe, dynastie à l’origine de la construction des églises taillées à travers le roc de Lalibela.
Les monnaies d’or almoravides, almohades et celles d’Alphonse VIII de Castille introduisent la question du nom. Il rappelle que, dans le monde musulman médiéval, seul le calife pouvait battre monnaie d’or.
Dans le monde scandinave, une image du codex upsaliensis montre le processus de désignation élective des rois de Suède, vers 1430.
Des noms inscrits sur le rouleau généalogique de Poblet présentent les éléments fondateurs des dynasties des comtes de Barcelone et des rois d’Aragon. C’est l’affirmation d’un lignage comme gage de légitimité.
En France, le trône est strictement une affaire d’hommes, comme l’exprime une enluminure de 1503 : Remèdes de l’une et de l’autre fortune de Pétraque, analysée par Fanny Cossandey. Cette enluminure met en évidence le poids de l’absence de postérité masculine pour le roi Louis XII.
Un tableau votif du monastère de Snagov, en Valachie, représente le couronnement d’une famille princière. Le couronnement céleste vient confirmer la légitimité de l’accès au trône.
Élie Haddad, illustre le cas français par un court texte de Tallemant des Réaux, extrait des Historiettes, le nom du roi comme manifestation de la monarchie absolue.
La roupie de Jahângîr montre comment elle inscrit le souverain moghol dans un lignage, celui de Gengis Khan et constitue un programme, en choisissant son nom qui signifie « le conquérant du monde ».
Parler, régner
Comment le roi communiquait-il avec ses sujets ? Quelles étaient les médiations de la parole royale ?
C’est à ses questions que chaque historien tente de répondre à partir de sources écrites.
Apprendre le métier : Pascal Buresi présente un extrait des Mémoires de l’émir de Grenade qui nous renseigne sur son accession au pouvoir, fruit d’un apprentissage.
Tenir parole : Corinne Péneau analyse les principaux articles du Serment de la Charte sur l’élection du roi de Suède Magnus Erikson. Le serment royal est prêté sur l’évangile et les reliques.
Les règles de fonctionnement des Cortes generales sous le règne de Pierre IV d’Aragon, étudiés par Stéphane Péquignot, montre comme un théâtre de la parole.
Enregistrer la parole du roi est important, tel que le montre un manuscrit présenté par Marie-Laure Derat, Les lamentations de Marie qui rapporte un don à l’église de Beta Lahem. C’est un moment symbolique de la parole royale, écrite et comment elle est transmise dans le temps.
Face au pouvoir moghol, Corinne Lefèvre présente une controverse à la cour de Jahângîr. Entre le souverain et ses dignitaires qui disposent d’une certaine immunité leur permettant de s’opposer.
Obtenir la parole royale ; Un extrait des Mémoires du comte de Forbin montre comment, en France, on s’adresse au roi pour obtenir des faveurs. Élie Haddad en tire des informations sur l’exercice du pouvoir royal.
En Valachie, en 1688, Constantin Brâncoveanu refuse le pouvoir pour mieux l’asseoir comme le montre l’analyse d’une chronique par Radu G. Păun. On note le croisement ici des pouvoirs politique et religieux.
Fanny Cossandey analyse le cérémonial du lit de justice du 22 février 1723 qui dit l’affirmation de la volonté de Louis XV.
Rêve et fiction de roi
Les rêves royaux, tels ou prophétisés, tels qu’ils ont pu être rapportés sous forme textuelle ou imagée sont une source pour les historiens. Ils recherchent l’effet produit sur les contemporains. Ce sont quelques-uns de ces textes qui forment ce troisième chapitre qui commence par le commentaire d’une chronique almohade du 12e siècle par Pascal Buresi.
Les instructions du roi d’Aragon à ses ambassadeurs auprès du pape Jean XXII en 1326 pendant le conflit entre Angevins et Aragonais en Sicile. Le texte définit la « paix des Chrétiens ».
L’Éthiopie de la fin du Moyen Age connaît de nombreuses expressions autour des « miracles de Marie » qui diffusent l’idéologie du souverain.
Au XVIe siècle, en Suède, Les Chroniques rimées de Karl et Sture renouvellent le discours royal sur le pouvoir.
Une enluminure moghole d’Abu-Hasan, vers 1618 exprime les rêves messianiques de Jahângîr.
En France, le roi est à l’image de Dieu, comme l’écrit, en 1623, Louis Roland auteur de De la dignité du Roy ? (F. C.)
Le rite du roi, en Valachie, est décrit dans un extrait du Journal de voyage de Paul d’Alep (1658).
Enfin, une gravure de Georges Focus montre la perception de la royauté sous Louis XIV. (E. H.)
Temps et territoire
Les différents auteurs abordent ici la manière dont le souverain s’inscrit dans le temps allant parfois jusqu’à l’adoption d’un nouveau calendrier.
Le territoire est aussi un marqueur : cour itinérante, déplacements militaires jusqu’aux confins du royaume.
Des traces matérielles ou symboliques ont retenu l’attention des différents contributeurs :
La moquée de Cordoue, la déclaration d’inviolabilité des territoires de la couronne d’Aragon par Jacques II, la description le l’espace du royaume de Suède dans les Lois du pays, les tombeaux des princes moldaves de l’église de Saint-Nicolas de Rădăuti, l’armorial de François 1er et la cérémonie du sacre, l’itinérance de la cour de Catherine de Médicis représentée dans huit tapisseries, la description de la province de Delhi dans la chronique dynastique par Abu I-Fadl à la fin du XVI e siècle et les vestiges archéologiques des camps royaux du roi d’Éthiopie.
L’intérieur et l’extérieur
C’est la relation d’un royaume à ses voisins qui est interrogée : alliés, vassaux, ennemis, notamment pour des raisons religieuses. Les formes d’échange, les correspondances, les mariages entre dynasties, l’envoi d’ambassades sont des sources importantes.
Le chapitre s’ouvre sur une ambassade éthiopienne en Égypte au XIIIe siècle, relatée par les Patriarches d’Alexandrie. À la même époque, l’infant Pierre d’Aragon reçoit les ambassadeurs d’Arménie.
Le Livre des échecs, dés et tales, toujours au XIIIe siècle, montre la frontière entre le monde chrétien, les royaumes d’Aragon, de Castille et le monde islamique. Un siècle plus tard, le thème des frontières du royaume de Suède est abordé dans un texte mystique de Brigitte de Suède.
La Grant Monarchie de France, de Claude de Seyssel aborde un autre thème, celui du bon gouvernement (1519). En1592, La Carrière rapporte les malheurs de la guerre dans son Rebus sur les misères de France. Le Psautier de Govora exprime les intérêts communs autour de la foi, au-delà des frontières. Une ambassade éthiopienne, relatée dans un extrait des Voyages de François Bernier, montre l’attrait pour l’Inde , à la fin du XVIIe siècle.
Le corps du roi
De la naissance à la mort, le corps du roi est protégé, éduqué, façonné, contrôlé. Les contraintes sont accrues après l’accession au trône, même si cela lui confère des privilèges. La mort et l’inhumation sont aussi mises en scènes.
Le voile et le paravent de la mosquée de Kairouan cachent et protègent le roi. Sont abordés la destitution ou l’exécution, en Suède, le corps caché du prêtre Jean, en Éthiopie, la mort prématurée d’un jeune prince valache, représenté dans une icône (la descente de croix – XVI e s.). Louise Bourgeois, la sage-femme de Marie de Médicis nous renseigne sur la naissance du futur Louis XIIIDonner vie au royaume – Grossesses et maternité à la cour, XVIIe-XVIIIe siècle, Pascale Mormiche, CNRS, 2022.
À la cour moghole, la place du roi est très codée comme le montre une Chronique officielle à propos de Shâh Jahân.
Dans l’éducation du jeune dauphin, les châtiments ne sont pas absents comme en témoigne Marie Du Bois, valet de chambre des Louis XIII et de Louis XIV.
En 2009, la restauration du panthéon de Santes Creus a offert aux historiens un accès au corps de Pierre III d’Aragon, sept siècles plus tôt.
Rois empêchés et rois absents
Quand le roi n’est pas en état de régner, le pouvoir est en danger. Le chapitre aborde les solutions de succession dans les différents royaumes et les rites, plus ou moins longs, entre la mort du roi et l’intronisation de son successeur dont les premières années de règne peuvent être fragiles.
L’absence du roi peut n’être qu’un éloignement ce qui a souvent permis le développement d’institutions intermédiaires entre le roi et ses sujets.
L’absence du calife, en Islam, peut être étudiée grâce aux monnaies de Cordoue au XIe siècle.
En l’absence du roi de Suède, l’utilisation de la matrice-sceau du royaume permet l’authentification des actes durant une large période (1436-1523).
Les Barcelonais, mécontents de l’absence royale, ont choisi l’envoi d’une ambassade auprès d’Alphonse V alors en Italie.
La description d’un tableau votif du monastère de Probota (Moldavie, XVIe siècle) permet d’évoquer le prince héritier Ilias, récusé car converti à l’Islam.
En France, Les Mazarinades sont une source intéressante pour étudier la régence d’Anne d’Autriche, alors qu’une lettre de Roger de Rabutin, Comte de Bussy qui montre l’exil. Comment vivre loin de roi et de sa cour ?
Dans l’Éthiopie du XVIIIe siècle, les Actes de Saint Georges montrent comment l’absence de règles de succession claires a permis à Waletta Giyorgis de régner de fait en imposant comme roi son fils, puis son petit-fils.
ShâhʿĀlam II devint aveugle, peut-il encore régner ? Tel qu’on le voit représenté sur une enluminure, il a gardé son trône, dans l’Inde moghol jusqu’en 1806.
Le règne animal
Les animaux communs ou exotiques sont très présents dans l’entourage des souverains. Il sont représentés sur les manuscrits, les monnaies, en peinture po dans les armoiries. Ce dernier chapitre s’intéresse à la signification de ces représentations. En quoi attestent-elles de la puissance royale ?
Sont ainsi évoqués le lion à l’époque almohade et en Éthiopie, le loup au Mecklembourg en 1376, la chauve-souris dans les armoiries portugaise, aragonaise, hongroise, l’éléphant moghol.
L’animal exprime parfois une certaine ambiguïté : l’âne couronné dans un ouvrage de 1609, les controverses, en Valachie, à propos d’un lièvre en 1688.
Le chapitre se clôt sur la mangerie des rois de France au XVIIIe siècle.
Le lecteur pourra soit aborder prioritairement une thématique soit, par sa lecture, s’intéresser à tel ou tel espace étudié ; une lecture plurielle qui offre au lecteur dépaysement et découvertes de documents rares qui pourront, pour certains être proposés aux élèves.



