Histoire de France… encore et toujours

Olivier Wieviorka et Michel Winock ont embarqué de nombreux collègues et non des moindres afin de nous présenter trente-quatre lieux chargés d’histoire du plus connu de l’hexagone. Il s’agissait pour eux de « retracer notre histoire nationale, en partant de sites significatifs ». Leur ambition n’est pas de « s’attarder sur la dimension mémorielle », d’autres l’ont fait, mais de présenter « le rôle effectif qu’ont assumé certains sites dans l’histoire de la France, rôle qui a contribué à forger notre réalité nationale ».

Trente-quatre, vous avez dit trente-quatre ?

Le Français, italien de mauvaise humeur, est râleur et l’auteur de cette recension originaire du Midi l’est bien sûr. « Mais il manque les ‘arènes’ de Nîmes, 100 fois plus belles que le Colisée ? Et pourquoi Drancy et pas Rivesaltes ? Et la gare de Perpignan ? Et… » On le voit les choix s’ils contiennent une dose de subjectivité sont difficiles et on ne saurait reprocher l’oubli injuste de tel ou tel site. L’ouvrage aurait été par trop épais et indigeste.

Des lieux mais quels lieux ?

Les sites choisis sont essentiellement des lieux bâtis des mains de l’homme donc ni vignes du Languedoc, ni plateau du Larzac (pourtant inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco). Ils sont situés dans l’Hexagone, de ce fait on ne trouvera aucun site corse ni des territoires ultra-marins. Quant aux sites liés à la colonisation, c’est dans le nouvel ouvrage dirigé par les mêmes auteurs (Les lieux mondiaux de l’histoire de France) qu’il faudra les chercher. Reste une autre constatation géographique qui renvoie à la tradition centralisatrice de la France dans les domaines économique, politique, mais aussi culturel et universitaire. Plus de la moitié des notices sont consacrées à des sites de la région parisienne ! Les barons du Nord ont encore frappés !

4+10+12+8

Le découpage chronologique privilégie un grand XIXe siècle de 1789 à 1918 avec douze lieux étudiés avec entre autres : la place de la Bastille, Lourdes (avec une délicieuse présentation d’une historienne anglaise), la gare Saint-Lazare, la tour Eiffel… Le Moyen-Âge et les temps modernes nous permettent de visiter dix sites parmi lesquels, le Mont Saint-Michel, Cluny, le Louvre, Versailles, le Vieux-Port (merci à Philippe Joutard). Quand depuis 1918, ce sont huit espaces qui sont présentés dont la ligne Maginot, Renault-Billancourt, le festival de Cannes ou Sarcelles. « La France avant la France », pourtant non catholique, n’a droit qu’à une portion congrue : Lascaux, Carnac, Alésia et le pont du Gard sont ainsi évoqués.

La France, fille aînée de l’Eglise ?

Sept notices sur trente-quatre présentent des sites religieux qui témoignent de l’influence de l’Église en France alors que trois lieux seulement renvoient directement au pouvoir royal et que si la place de la Bastille et le Palais Bourbon sont étudiés les places de la République et de la Nation ne le sont pas. Les guerres ont aussi donné naissance à des sites majeurs qui sont présentés : Arc de triomphe, Douaumont, ligne Maginot (y compris côté alpin souvent oublié) et Drancy dont Annette Wieviorka souligne l’horreur. Enfin, les lieux de travail (usines Renault de Billancourt) et surtout de loisirs (opéra de Paris, promenade des Anglais, festival de Cannes, maison de la radio) ne sont pas oubliés.

 

Un ouvrage agréable qui permet d’éclairer la notion de patrimoine et qui donne des exemples de lieux patrimoniaux à protéger et à valoriser comme le suggèrent si délicieusement les textes des programmes.