Biographie d’Alexis Godillot qui avant de devenir le fournisseur aux armées que l’on sait a été très actif dans la fourniture d’articles de voyages, dans l’organisation de manifestations tout en restant un inconditionnel de Napoléon III.
C’est un livre enthousiaste qu’Alain Cointat consacre à Alexis Godillot (1816-1893), livre de réhabilitation en quelque sorte car comme l’indique la 4e de couverture son héros est « un personnage oublié du XIXe siècle bien qu’appartenant au cercle très restreint des hommes dont le nom propre est devenu commun ».

C’est un livre enthousiaste qu’Alain Cointat consacre à Alexis Godillot (1816-1893), livre de réhabilitation en quelque sorte car comme l’indique la 4e de couverture son héros est « un personnage oublié du XIXe siècle bien qu’appartenant au cercle très restreint des hommes dont le nom propre est devenu commun ». De fait , même si dans notre milieu professionnel le nom de Godillot est immédiatement associé à celui d’un fournisseur aux armées les détails de la vie de ce personnage restent dans l’ombre et on ne peut qu’être intéressé par cet ouvrage qui retrace la vie et les activités successives de quelqu’un qui accompagne ou plutôt qui participe de la façon la plus active qui soit et au Second Empire et à une des phases de la révolution industrielle (appellation périmée, je sais).

Le fournisseur d’articles de voyage et l’organisateur de manifestations

Fils d’un Franc-Comtois soldat de l’Empire, reconverti sous la Restauration en sellier parisien, Alexis Godillot grandit dans un milieu modeste dont la situation s’améliore lentement après 1825 .
Au moment où son père le désigne comme « mandataire général et spécial » il dirige de fait à 23 ans la petite entreprise de sellerie qui avait fini par compter une dizaine d’ouvriers. La croissance de la maison familiale accompagne l’essor des voyages et peu à peu, la petite société finit par fournir les articles les plus divers. En 1843, à partir de la « Fabrique générale d’articles de voyages » se crée le « Bazar du Voyage » qui présente les articles les plus divers y compris déjà ceux qui sont destinés aux loisirs : chasse, pêche, ou encore campements pour pays lointains.
Mais cette activité n’est plus prioritaire pour Alexis Godillot à partir de 1848 car l’importance des rassemblements publics lui donne l’idée de créer une entreprise de fêtes, qui profitera d’autant plus facilement des nombreuses occasions offertes par les festivités impériales que ce fils de bonapartiste, bonapartiste lui-même avait les contacts qu’il fallait parmi ceux qui étaient désormais aux affaires. Cette activité, aujourd’hui oubliée d’Alexis Godillot comporte des interventions très variées pour des occasions officielles, des réunions à Paris et en province, des réceptions privées ce qui dès 1849 nécessite plus de 600 salariés et un important matériel pour les décors, les illuminations. Alain Cointat montre bien qu’en ces années de développement des lignes ferroviaires et donc des inaugurations de gares, occasions de resserrer les liens entre le régime et la population, prétextes à festivités, tout comme tous les nombreux événements qui jalonnent les premières années du règne de Napoléon III la société d’Alexis Godillot est prospère. Alain Cointat qui se laisse souvent mener par son goût de la description et de l’anecdote s’attarde notamment sur la mise en scène du mariage du couple impérial.
Cette activité d’entrepreneur de fêtes enrichit très rapidement Alexis Godillot ; il la pratique pendant une douzaine d’années avant de céder son affaire ; dans la même ligne il exploite quelques temps le « Jardin d’hiver », lieu de spectacles et de bals. Cependant l’activité qui se développe après 1859 est incontestablement la fourniture aux armées qui profite de l’accès à ce marché qu’ont désormais les sociétés privées.

l’industriel et le notable

Godillot, fervent bonapartiste reçoit des commandes importantes et domine le marché ; ses produits comportent les solides mais lourdes chaussures qui ont fait la réputation de la marque, enfin livrées avec des pointures différentes et distinctes selon le pied gauche et le pied droit, mais aussi des uniformes, des articles de sellerie, des accessoires de cuisine. Ce puissant industriel qui dirige plusieurs milliers d’ouvriers et qui perfectionne sans cesse les équipements de ses usines devient logiquement un notable du Second Empire et il est nommé maire de Saint-Ouen, commune dans laquelle son modernisme en matière d’équipements collectifs est typique de ces élites influencées par les nouveautés en matière d’urbanisme.
La défaite de Sedan et l’abdication de Napoléon III lui coûtent comme à beaucoup d’autres la mairie mais il reste lié à Saint-Ouen par ses propriétés puis par l’installation d’une tannerie qu’il fait construire après 1874. Un temps contestées par le régime républicains, les commandes de l’armée restent à un niveau suffisamment élevé pour faire de son entreprise l’une des plus importantes dans ce domaine.
En 1879, après le décès de sa femme, Alexis Godillot, organise sa propre succession qui pour les fabrications militaires prend la forme d’une société anonyme dont Alexis Godillot se retire progressivement. Il se consacre plutôt à ses activités d’aménageur à Hyères, ville dans laquelle il possédait depuis 1864 l’hôtel des Iles d’Or, accompagnant ainsi le développement de la vie de saison comme il avait jadis accompagné le développement des voyages. Ce pan de l’activité d’Alexis Godillot est très détaillée par l’auteur, qui a été 1er adjoint de la ville d’Hyères. Tous les ingrédients d’un riche notable se voulant aménageur sont réunis : achats de terrains, donations à la municipalité, exigences exagérées (comme par exemple ne pas autoriser la circulation de véhicules non-suspendus sur les voies cédées). L’ouvrage est complété en fin de volume par un cahier d’illustrations et par des annexes qui semblent correspondre notamment aux curiosités généalogiques de l’auteur, ce qui nous vaut aussi un tableau des installations successives de la famille Godillot dans le Paris de la Restauration, tableau qui ne peut manquer d’attirer l’attention de tous ceux qui s’intéressent aux itinéraires urbains.

conclusion

Ce livre d’une lecture agréable déroute un peu l’historien, plus habitué à une construction plus rigoureuse puisqu’alternent chapitres mêlant chronologie et thématique (par type d’activité) pour l’enfance, la jeunesse et la maturité d’Alexis Godillot, auxquels succède un épisode roumain (chapitre 8) , un chapitre consacré à ses fonctions de maire de Saint-Ouen (chapitre 9)), un à « la famille d’Alexis » (chapitre10 ; les suivants (11, 12, 13, 14 et 15) à Hyères et à son rôle d’aménageur et aux différents conflits entraînés par cette activité; le chapitre 16 est consacré à la fortune d’Alexis Godillot , le 17 à son œuvre de mécène, le 18 à sa personnalité et le 19 à ses « mystères ». Il est d’autre part difficile d’identifier l’origine des informations utilisées par l’auteur, qui semblent venir parfois du plus pur travail de recherches dans les dépôts d’archives et parfois utiliser les quelques rares travaux disponibles sur Alexis-Godillot : un mémoire de maîtrise et un court ouvrage difficilement consultables. L’enseignant ou l’historien peut trouver frustrant de ne pas disposer de références sous forme de notes de bas de page ou contestable d’avoir classé en « bibliographie » de nombreux titres qui pourraient être classé en sources mais il n’en reste pas moins que ceux qui s’intéressent au Second Empire, aux sociétés industrielles et commerciales du XIXe siècle y trouveront informations et matière à mises en perspectives.

Alain Ruggiero
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