Cette bande dessinée est le dernier travail du scénariste, Pierre Christin, décédé en 2024. Père de l’historien Olivier Christin, il est connu pour avoir scénarisé plus d’une soixantaine d’albums de BD et être un des créateurs du personnage de Valérian. Pour cette BD, son scénario de base a été retravaillé par son assistante, Stella Lory. L’histoire prend place dans une île du Pacifique, dont les habitants sont parmi les habitants les plus riches de la planète, vivant en vase clos, tout en tentant d’être respectueux de la nature. L’arrivée programmée d’un tsunami, remet en cause l’existence de ce paradis artificiel.

Nous suivons le parcours de Monsieur Sinclair, envoyé par son patron multimilliardaire pour louer une villa sur cette île. La particularité des architectures locales? Rien de traditionnel: que des copies d’architecture venues d’ailleurs. L’île était sauvage: son propriétaire, monsieur Zwingli l’a transformée pour correspondre aux attentes de ses confrères ultra-riches en faisant appel aux plus grands architectes du monde afin de répondre aux exigences les plus farfelues de cette clientèle peu encline à accepter une réponse négative à ses caprices.

Une bonne partie de l’histoire est consacrée à la description de ce microcosme environnemental et sociétal et à la compréhension des modes de vie et des complexes relations humaines. Il en ressort une déconnexion totale du reste du monde et un univers de mensonges et de jalousies. La violence y est omniprésente, qu’elle soit morale ou physique, tout comme l’absence d’humanité et de remords.

Tout cet univers semble être remis en cause par l’arrivée prochaine d’un tsunami, arrivée cachée dans un premier temps aux habitants par monsieur Zwingli. L’annonce de la catastrophe à venir accentue alors les travers psychologiques et comportementaux des habitants de l’île.

Véritable fresque humaine, cette oeuvre est un plaisir également pour le visuel. Les pages fourmillent de détails, mettant en valeur les paysages et la caractérisation des personnages. Le rythme classique est entrecoupé de doubles pages contemplatives qui permettent de faire des pauses. Ainsi, le lecteur se sort de cette ambiance malaisante créée par des personnages malsains et peu scrupuleux pour revenir à la nature, héroïne de l’oeuvre.

Au final, un livre testament/hommage, intrigant et passionnant. Le livre aborde des thématiques très contemporaines, comme la question des crises climatiques et de leurs conséquences économiques et humaines, certes analysées à l’aune d’ultra-riches qui peuvent y survivre dans un premier temps. C’est aussi la question de la préservation des éco-systèmes et de la protection des cultures du Pacifique. C’est la critique de la culture de l’entre-soi des plus aisés, déconnectés des mondes et sociétés qui les entourent. C’est enfin une oeuvre qui s’interroge la nature et la sincérité des rapports humains. A découvrir sans retenue.