Un livre incontournable pour comprendre l’impressionnism.
Ce livre séduisant présente l’impressionnisme, ses artistes et son influence sur l’histoire de l’art, au prisme de la riche collection du musée d’Orsay. Il comble le novice mais aussi l’amateur éclairé.
Une belle aventure artistique et historique
Pour la première fois, un livre est consacré à la collection impressionniste du musée d’Orsay, la plus riche au monde. L’ouvrage réunit plus de 250 œuvres, couvrant toutes les techniques (peintures, pastels, dessins, aquarelles, sculptures et photographies), des chefs-d’œuvre les plus connus aux récentes acquisitions qui redonnent toute leur place aux femmes dans le courant impressionniste.
Le directeur de l’ouvrage, Paul Perrin, est historien de l’art spécialiste des impressionnistes, mais aussi conservateur en chef et directeur des collections du musée d’Orsay. Il s’est entouré de neuf collègues conservateurs du musée d’Orsay et d’une restauratrice de peintures. Cette solide équipe scientifique nous offre un beau livre d’art et d’histoire. L’objectif est atteint : « Transmettre au plus grand nombre un état des connaissances actuelles, fruit de décennies d’études des œuvres, de recherches, d’expositions, de restaurations, d’acquisitions ou d’enrichissements archivistiques ou documentaires ». Il ne s’agit nullement d’un guide des collections figé mais d’une présentation « en perpétuel mouvement » revisitant l’histoire de l’impressionnisme au prisme des dernières recherches.
-Une pluralité de lectures et de regards
Ce livre, indispensable se prête à plusieurs lectures possibles. En effet, comme le souligne Paul Perrin il « reprend les grandes articulations du parcours du musée, tout en les enrichissant considérablement d’une diversité d’approches thématiques, chronologiques ou monographiques » (p.11).
-Nous pouvons donc revisiter le musée d’Orsay, au fil de l’ouvrage et butiner, au gré de nos envies, les plus belles fleurs impressionnistes.
-Une lecture chronologique permet de croiser l’histoire de l’art et l’histoire. En fin d’ouvrage (p.266-267), une utile chronologie de 1888 à 2026 donne des repères sur l’impressionnisme dans les collections nationales, du musée du Luxembourg, puis au musée du Louvre et au musée du Jeu de Paume et, enfin, au musée d’Orsay à partir de 1986 (date de son ouverture).
-Une lecture thématique est possible autour des sujets de prédilection des impressionnistes qui en ont donné une nouvelle vision du monde bousculant les codes de l’histoire de l’art : la modernité urbaine, les gares, la nature, les loisirs parisiens, l’intimité, les voyages etc.
-Le lecteur peut choisir d’explorer l’œuvre d’un artiste. La liste des œuvres par classement alphabétique des artistes (p.268-271) est un outil très utile.
Seize biographies d’artistes sont aussi à découvrir : Frédéric Bazille, Claude Monet, Edgar Degas, Édouard Manet, Paul Cézanne, Gustave Caillebottte, Camille Pissarro, Berthe Morisot, Marie Bracquemond, Mary Cassatt, Armand Guillaumin, Eugène Boudin, Alfred Sisley, Auguste Renoir, Eugène Boudin, Medardo Rosso.
-D’autres possibilités de lecture sont possibles : par types de peinture (peinture d’histoire, natures mortes …) ou par techniques.
La sculpture n’est pas oubliée (p.184). Le conservateur général sculptures, François Blanchetière, n’élude pas la question : « L’impressionnisme est-il compatible avec la sculpture ? ». Certes des sculptures ont été régulièrement présentées dans les expositions du groupe dès 1874 mais certaines œuvres exposées, très classiques, ne semblent pas répondre au sens de l’impressionnisme comme « tentative de capter la vérité d’un instant ». Le pastel, lui, apparaît comme un médium d’expérimentation privilégié entre les mains des impressionnistes. « Les artistes de la seconde moitié du XIXe siècle y voient un moyen de traduire la lumière, l’instant et les vibrations du monde sensible, sans les contraintes de la peinture à l’huile. […] Le pastel incarne ainsi l’esprit impressionniste dans ce qu’il a de plus essentiel : l’alliance entre la couleur quasi pure et la sensation immédiate, offrant à ces artistes la possibilité de faire vibrer la couleur à même la surface du papier. » Caroline Corbeau-Parsons (p.84).
L’aquarelle, technique et médium léger, transportable, est également prisée des impressionnistes, pour sa capacité à donner de subtils effets de lumière et à permettre une spontanéité du geste. Les œuvres de Berthe Morisot, Edouard Manet et Paul Cézanne l’illustrent parfaitement (pages 212 à 215).
-l’influence de « la grande histoire » sur l’histoire de l’art et l’impressionnisme
Le 15 avril 1874, s’ouvrait la première exposition impressionniste, avec les œuvres de Monet, Renoir, Degas, Morisot, Pissarro, Sisley ou encore Cézanne, qui voulaient s’affranchir des règles en organisant leur propre exposition, en dehors des voies officielles. Cette exposition scelle la naissance de l’impressionnisme. En 2024, pour célébrer les 150 ans de cette naissance, le musée d’Orsay avait organisé une exposition « Paris 1874, inventer l’impressionnisme » qui contextualisait historiquement cette genèse dans un monde en pleine mutation. : « Le climat de la période est celui d’un après-guerre, faisant suite à deux conflits : la Guerre franco-allemande de 1870, puis une violente guerre civile. Dans ce contexte de crise les artistes repensent leur art et explorent de nouvelles directions. Un petit clan des révoltés peint des scènes de la vie moderne, ou des paysages aux tons clairs et à la touche enlevée, croqués en plein air. » (https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/paris-1874-inventer-limpressionnisme )
Lors de ce salon de 1874, un critique, Louis Leroy, forge au sujet du tableau de Monet Impression au soleil levant le qualificatif cinglant d’impressionniste ». C’est cette insulte qui donnera son nom à la nouvelle école de peinture (p.96). Des huit expositions indépendantes organisées entre 1874 et 1886, c’est la troisième, au printemps 1877, qui est la première à se nommer « impressionniste ». Les impressionnistes détournent l’insulte de 1874 et en font leur bannière, la placardant à l’entrée de leur exposition.
Les huit expositions rythment le livre et bénéficient d’une présentation spécifique révélant les accords ou tensions liant les artistes, les tableaux emblématiques mais aussi l’influence de la société et de son évolution et des événements historiques.
La chronologie nous plonge dans les épisodes dramatiques de la guerre de 1870 (p.71) jusqu’à la 1ère guerre mondiale. Nous découvrons l’impact de ces conflits sur les artistes et leurs œuvres. Le destin des artistes est parfois dramatique. En 1870, alors que des artistes comme Manet reste à Paris et deviennent membres de la Garde nationale, d’autres s’engagent et tombent en héros sur le front comme Frédéric Bazille mort à 28 ans. Nombreux sont ceux qui font le choix de l’exil. Claudet Monet s’enfuit à Londres en septembre 1870, bientôt rejoint par Pissarro. Les Prussiens détruisent leurs œuvres à Louveciennes et celles de Sisley à Bougival. De rares œuvres témoignent de leur exil et, au retour, des tableaux montrent l’impact de la guerre comme le pont d’Argenteuil (motif prisé par Monet) bombardé (p.70). En 1914, alors qu’éclate la Première Guerre mondiale, Monet se réfugie dans ce qui devient, écrit-il, l’« obsession des Nymphéas » (p.264). Au lendemain de la signature de l’armistice entre la France et l’Allemagne, le peintre offre à l’Etat français deux panneaux « pour prendre part à la victoire », écrit-il à Clémenceau, son ami.
Des événements plus légers inspirent les impressionnistes comme le développement de l’activité balnéaire, l’essor du train ou la démocratisation des jardins d’agrément.
-Des reproductions de qualité, des sources précises et riches
Le grand format et la qualité des reproductions permettent de profiter des détails des œuvres. Les analyses nous offrent les derniers apports de la recherche en histoire de l’art et s’appuient également sur de nombreuses sources littéraires et historiques : Baudelaire, Les frères Goncourt, ²Zola, Verhaeren, Huysmans, Mirbeau, des quotidiens, des journaux et livres d’art, des poèmes, des correspondances et écrits d’artistes, des comptes-rendus de critiques, etc.
Le panel embrasse l’histoire et l’histoire de l’art et révèlent les jeux d’influence, le poids du marché de l’art, les choix artistiques, les tensions du mouvement impressionniste et les conservatismes. Par exemple, l’ineptie réactionnaire du journaliste du Figaro est patente dans son invective du 3 avril 1876, face au tableau de Renoir, Torse effet de soleil : « Essayez donc d’expliquer à M. Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chairs en décomposition avec des taches vertes violacées qui dénotent l’état de complète putréfaction dans un cadavre ! » (p.116).
Des découvertes et un savoir dispensé de manière claire et plaisante
-l’impressionnisme ses apports, ses tensions
Chaque œuvre, présentée en grand format, bénéficie d’une analyse fouillée artistique et historique qui révèle ses apports au courant de l’impressionnisme et ses rapports avec les autres œuvres.
Les approches thématiques regroupent sur deux pages les œuvres de différents artistes. Ainsi, le célèbre tableau les Raboteurs de parquets (1875) de Gustave Caillebotte ouvre le thème « Peindre le travail » qui est ensuite illustré par La Forge à Marly-le-Roi d’Alfred Sisley (1875), le Marché à Gisors de Camille Pissaro (1890), les Repasseuses d’Edgar Degas (entre 1884 et 1886) et Les Déchargeurs de charbon (vers 1875) de Claude Monnet (p.122-123). L’analyse permet de nuancer le constat du peu d’engagement social dans les œuvres impressionnistes : la peinture de Monet fait ici figure d’exception. Le peintre et le propriétaire de l’œuvre, un proche de Gambetta, se retrouvaient pour promouvoir une dimension idéologique.
Les jeux d’échos entre les œuvres apparaissent passionnants. Le lecteur découvre les filiations et les influences respectives des impressionnistes, mais aussi les effets sur les récepteurs des œuvres, notamment les poètes. Ainsi Eugène Boudin, l’un des premiers à comprendre que le pastel pouvait restituer la légèreté de l’air et la mobilité des nuages, suscitait l’admiration de Baudelaire pour sa capacité à « croquer les beautés météorologiques « (Salon de 1859). Ses esquisses inspirèrent directement Monet dans sa quête de traduire la vérité fugace des phénomènes atmosphériques, comme les effets de brouillard sur la Tamise. Après la mort de Boudin, Monet confiera : « Si je suis devenu peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois. » (p.48)
En filigrane, se lie toute l’histoire du mouvement impressionniste depuis sa genèse. Elle n’est pas dénuée de tensions comme l’illustre la huitième exposition (p.206) qui traduit une « double rupture : celle entre les membres traditionnels de l’impressionniste et les nouveaux venus, mais aussi une tension entre la volonté de permanence artistique et le goût de l’expérimentation » (p.206).
-le marché de l’art, le poids des marchands et des critiques
Le jeu cruel du marché de l’art et le poids des marchands fragilisent les artistes. Certains comme Mary Cassatt, s’adaptent au marché. La peintre se spécialise dans la peinture de « mères à l’enfant », genre en forte demande, dans lequel elle excelle et elle joue un « rôle crucial de ‘consultante’, conseillant ses proches, ses amis et connaissances américains dans leurs achats de tableaux notamment impressionnistes » (https://www.musee-orsay.fr. )
D’autres souffrent des crises du marché ; ainsi, de 1878 à 1881, Monet vit les années les plus sombres de son existence. « Pas un sou à la maison, pas même de quoi faire bouillir la marmite aujourd’hui. » écrit-il en avril 1878 (p.164).
Les analyses des œuvres révèlent leurs parcours, leurs déboires liés aux aléas du marché de l’art et au poids des marchands. A contrario, des rencontres propulsent les artistes ; ainsi, lors de son exil à Londres en 1870, Monet et Pissarro rencontrent le marchand d’art Paul Durand-Ruel qui lui aussi avait fui la France, qui deviendra le principal soutien des impressionnistes (p.70).
Des œuvres plébiscitées aujourd’hui ont essuyé des refus cuisants, comme La Pie de Monet refusé par le jury du Salon de 1869 (p.28). En 1867 Femmes au jardin est également refusé par le jury dérouté par la touche franche du peintre et par la banalité du sujet, porté à des dimensions héroïques » (p.32). Les verdicts du jury hérissent les artistes depuis des années ; en 1863, le jury avait refusé plus de la moitié des œuvres présentés ce qui suscita une indignation et l’organisation du fameux « Salon des Refusés ».
Certaines œuvres acceptées suscitent des scandales et s’attirent les foudres de la critique. Ainsi, Olympia de Manet, admiré par Zola, acceptée au Salon de 1865, créa un scandale retentissant. Le traitement plastique innovant et le sujet dérangeant désarçonna les critiques. Cette œuvre emblématique entrera au Louvre, après la mort de Manet, grâce à une souscription publique organisée à l’initiative de Monet en 1889-1890 (p.16).
-La place des femmes réhabilitée
Le livre réhabilite le rôle des femmes dans le courant impressionniste. Si Berthe Morisot occupe, bien sûr une digne place et elle est entourée de consœurs moins connues comme Marie Bracquemond, Mary Cassatt et Eva Gonzalès. Les acquisitions récentes d’œuvres phares de ces trois artistes par le musée d’Orsay, leur permettent de trouver une place de choix dans le livre.
Le lecteur peut trouver, sur le site du musée d’Orsay, une intéressante série « Femmes dans les collections du musée d’Orsay », en six épisodes qui ont pour objectif de mettre en valeur le rôle des femmes dans la création artistique au XIXe siècle. « Artiste, mécène, critique, écrivaine, muse, modèle, les femmes ont, souvent dans l’ombre de leurs homologues masculins, occupé une place importante mais encore aujourd’hui sous-estimée. ».
Le sixième épisode est consacré à Marie Bracquemond.
https://www.musee-orsay.fr/fr/magazine/2025-03-07/qui-etait-marie-bracquemond
Née Marie Quivoron à Argenton en 1841 et morte à Sèvres en 1916, elle était une peintre, graveuse, dessinatrice et céramiste. Saluée par les plus éminents critiques de son temps, comme l’une des trois grandes femmes impressionnistes, aux côtés de Mary Cassatt et Berthe Morisot, Marie Bracquemond s’est d’abord consacrée à l’art académique (Elle fut l’élève de Jean-Auguste-Dominique Ingres), puis exposa aux côtés des Impressionnistes. Peintre mais aussi dessinatrice et créatrice de faïence, elle s’illustra par la diversité de son œuvre, revendiquant le décloisonnement des arts. Elle était l’une des représentantes les plus prometteuses de l’impressionnisme, mais elle a dû mettre un terme à sa carrière, vers 1890, car son mari, Félix, artiste lui aussi, tolérait fort peu que son épouse lui fasse de l’ombre et que sa peinture soit influencée par Claude Monet. Elle subit la mysoginie dès ses débuts artistiques ; dans une lettre écrite vers 1860, elle rapporte : « « La sévérité de Monsieur Ingres me glaçait… parce qu’il doutait du courage et de la persévérance des femmes dans le domaine de la peinture, il ne leur confiait que des peintures de fleurs, de fruits, des natures mortes, portraits ou scènes de genre». L’épisode détaille sa biographie et énonce les différentes influences des impressionnistes pour son art, en particulier Degas et Gauguin. Il expose l’antagonisme familial et artistique entre Marie et son conjoint : « Alors que Marie exprime son amour de l’impressionnisme : « C’est tout d’un coup une fenêtre ouverte par où le soleil et l’air entrent à flots chez vous, la nature vous apparaît claire, enchantée, intéressante, on échappe à l’atmosphère étouffante de l’atelier.», Felix lui, est un partisan véhément de la ligne contre la couleur et un opposant farouche à la spontanéité du plein air. » Les mémoires de leur fils relatent les relations houleuses de ses parents, témoignage de l’affrontement de deux artistes dont les convictions esthétiques divergeaient, et le sacrifice du talent artistique de sa mère pour l’harmonie domestique : «enfermée dans sa maison, confinée dans ses pensées solitaires, tourmentée par ses regrets. ». Le livre offre deux reproductions de tableaux de Marie Bracquemond, La Dame en blanc (vers 1880) qui côtoie Le Portrait de Camille Daurelle de Caillebotte, à la cinquième exposition impressionniste de 1880 (p.173) et Trois femmes aux ombrelles (p. 195).
Eva Gonzalès (1847–1883) est également une artiste libre, indifférente à la critique et la misogynie de son époque. Elle fut la peintre des femmes, des enfants et de la vie mondaine dans le Paris des impressionnistes. Elle cultiva un réalisme innovant pour l’époque. Elle fut immortalisée dans un grand portrait peint par Édouard Manet dont elle était l’élève, la représentant devant son chevalet, en artiste accomplie. On trouvera la reproduction du pastel « La matinée rose » (p.81) qui joue subtilement sur la gamme de gris perle, rose pâle et blanc. La seconde œuvre représentant cette artiste, « Une loge aux Italiens » (p.175) affiche sa pleine adhésion à l’art de son mentor, Manet
Enfin, trois œuvres représentent Mary Cassatt (1844-1926), membre actif du groupe impressionniste et l’un de ses piliers. Pour le centenaire de sa mort, le musée d’Orsay lui consacrera une exposition qui examinera « la place centrale de cette artiste de tout premier plan, parvenue, par son talent et sa détermination, à se forger une identité unique dans l’histoire de l’art de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ, de part et d’autre de l’Atlantique ». Mary Cassatt se qualifiait d’« Américaine, nettement et franchement américaine », mais a d’abord ancré son art dans la tradition picturale des maîtres anciens, étudiée lors de ses voyages en Europe, avant de devenir une figure incontournable du mouvement impressionniste en France, où elle vécut pendant pas moins de six décennies. Près de 80 tableaux, pastels et estampes, couvrant l’ensemble de la carrière de l’artiste, permettront d’étudier son art « sous le prisme de la notion d’indépendance, dont elle tire grande fierté, et qu’elle érige toute sa vie comme son principe directeur. ». Une exposition Mary Cassatt L’indépendante à ne pas manquer qui se déroulera du 06 octobre 2026 au 31 janvier 2027 au musée d’Orsay.
https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/mary-cassatt-lindependante
La présentation de cette exposition révèle l’activisme et l’engagement féministe de l’artiste : « L’engagement de Mary Cassatt en faveur de l’indépendance est en effet allé au-delà de son propre parcours et de sa démarche artistique. Fervente partisane de la lutte des femmes pour le droit de vote, Cassatt encourage ses contemporains à « œuvrer pour le suffrage, car ce sont les femmes qui décideront de la question de la vie ou de la mort d’une nation. » Avec son amie Louisine Havemeyer, elle organise en 1915, à New York, une exposition au profit du suffrage des femmes. » Cette exposition complètera assurément la connaissance de l’artiste esquissée dans le livre au travers de deux pastels Femme et enfant devant une tablette où sont posés un broc et une cuvette (1889 ; p.225) et Mère et enfant sur fond vert (1897 ; p.255), et d’une huile sur toile Jeune fille au jardin (1880-1882 ; p.179). Les trois tableaux révèlent que « son œuvre est caractérisée par une palette claire et vive. Prenant pour modèle sa famille et son entourage, son sujet de prédilection est la figure humaine. Un critique compare sa peinture à « une sorte d’émanation de la vie faite de la température de l’été et du parfum charnel de la femme. C’est devant ces toiles qu’il faut conduire ceux qui refusent à l’impressionnisme la délicatesse et le charme. » (Geffroy dans La Justice, 26 mai 1886).
-les artistes, leur intimité
Nous apprenons l’amitié entre Cassatt et Degas qui l’invite à participer à la quatrième exposition en 1879. A cette amitié s’ajoute un goût esthétique commun pour les expérimentations techniques et le pastel.
Le livre met, en effet, au jour les filiations artistiques mais il fourmille également d’éléments biographiques qui nous plongent dans l’intimité des peintres.
Nous partageons leurs émotions, comme celle de Manet devant la fragilité de la vie (p.42). Nous souffrons avec les artistes face à leurs déboires dans le cruel marché de l’art ou face à leurs soucis de santé. Ainsi, la présentation des Baigneuses (1918-1919 ; p.260) de Renoir nous apprend que l’artiste se complait dans des visions puissamment sensuelles en réaction à un état de santé défaillant dans les années 1900. Des terribles crises de rhumatisme finissent par l’invalider complètement à partir de 1912. Ce dernier grand format de l’artiste constitue un ultime défi, hommage à tous les peintres qu’il admire depuis sa jeunesse et une ode à la peinture « la plus riche possible », aboutissement de tout son art et véritable testament pictural. A la petite histoire se mêle la grande histoire car « comme le cycle des Nymphéas de Monet (p.263) ; Les Baigneuses célèbrent aussi à leur façon la paix retrouvée et l’Armistice signée avec l’Allemagne en 1918 ». (p.260)
Nous ne boudons pas notre plaisir à retrouver ces œuvres célébrissimes de Renoir et Monet, et autres grands chefs d’œuvre éclairées d’un jour nouveau.
En résumé, c’est un bel ouvrage indispensable pour les amoureux de l’impressionnisme et pour les CDI des établissements scolaires, pour offrir un enrichissant voyage artistique et historique aux élèves. !



