Pour la présentation générale de la revue et son organisation, lire http://clio-cr.clionautes.org/spip..

Ce numéro s’adresse principalement aux professeurs de lettres et d’enseignements artistiques, même si nos matières y puiseront de quoi alimenter des séquences en histoire des arts.
Au-delà de son intérêt pour alimenter les pratiques en classe, ce TDC est passionnant car il décrypte, à l’aide d’exemples précis et largement commentés, les évolutions de la scène française.
Par scène française, il faut entendre ici la scène théâtrale depuis 25 ans. La danse n’est abordée que dans la contribution de cécile Bosc mais dans son lien avec le théâtre

Un art en pleine réinvention

Dans une mise au point, dense, de huit pages C. Triau, maître de conférence à l’université de Nanterre, interroge les fondamentaux du théâtre (rapport au réel, rôle du texte et de la mise en scène, rôle du spectateur) à l’aune des évolutions esthétiques et du recours aux autres expressions artistiques et aux nouvelles technologies.

La grande diversité de la scène contemporaine peut ainsi être analysée à partir de l’étude des ouvertures d’Inventaires de P. Minyana, d’Aneantis de S. Kanes et de l’Européenne de D. Lescot, proposée par C. Bident. Il propose une fiche qui vise à décortiquer le rôle de la mise en scène devenue un élément central de la création et permet d’interroger la nouvelle place de l’auteur.

Le théâtre contemporain s’est construit tout autant sur les bases d’un héritage qu’en réaction à celui-ci, dans une démarche de nécessaire réinvention. Ainsi, le travail d’A Lefillastre amène à analyser comment les auteurs dramatiques contemporains, pour aborder le thème des guerres et des violences revisitent les tragédies antiques soit en conservant la structure d’ensemble de la pièce (comme M. Crimp) soit en proposant un véritable travail de ré-récriture comme M. Vinaver.

Parmi les grandes évolutions, on peut noter :
-importance accordée au spectateur et à sa capacité d’imagination et d’interprétation
– refus de l’illustratif et de la mimesis qui renvoient au cinéma et la à la télévision
– mise en valeur de la musicalité et du rythme du texte
– acteur « interprète » qui comme le ferait un musicien d’une partition « met en voix » un texte
– tentatives pour impliquer le spectateur dans l’acte même de la représentation en exhibant le théâtre en train de se faire
– improvisation en présence du public dans un processus d’appropriation dramaturgique du texte
– écriture à partir de la scène et non plus dans processus classique qui va du texte à la mise en scène
– recours aux nouvelles technologies : les fiches 5 et 6, à travers les exemples du Théâtre d’Images de R. Wilson, de l’Art du Mouvement du Théâtre du Radeau et de la Societas Raffaello Sanzion de R. Castellucci, permettent de comprendre l’usage des nouvelles technologies et la capacité de la mise en scène à « faire image ».
– dialogue avec d’autres formes artistiques comme le cinéma, la vidéo ou la danse comme l’analyse C. Bosc, doctorante à l’université de Paris-Sorbonne

Le théâtre est un art vivant

Ainsi, c. Bident, professeur à l’université de Picardie, montre à travers les exemples précisément analysés de Beckett, Koltès, Py, Gabily, Mouawad, Novarina et d’autres, que si le texte n’a plus toujours la place centrale, l’imbrication entre écriture littéraire et création scénique est de plus en plus fréquente dans le théâtre contemporain.

Pour O. Neveux, professeur à l’université de Lyon 2, la scène est le lieu d’élaboration d’un discours critique qui fait émerger des discours militants ou documentaires. Le théâtre devient bataille et donne la parole à ceux que l’on n’a plus l’habitude d’entendre. Il n’est plus le double du réel mais se veut un miroir tendu à la société. Il complète cette mise au point par une étude de documents qui permet de comprendre d’où vient et ce qu’est le « théâtre documentaire » dont les formes sont diverses.

Sylvie Dardaillon, professeure agrégée, s’intéresse au répertoire jeunesse très dynamique depuis les années 90. Nombre d’éditeurs ont encouragé les créations françaises et francophone ou traduite qui aborde des thématiques existentielles en se réappropriant un genre tout en jouant avec ses limites.

Enfin, le numéro propose une interview de A.-F. Benhamou, professeure de dramaturgie à l’ENS : elle explique ce qu’est pour elle le travail de dramaturge en opérant une comparaison entre la France et l’Allemagne.

Deux études de documents font un arrêt sur deux personnages clefs de la scène contemporaines :
– Claude Regy que S. Quiriconi présente comme un théâtre sans représentation qui s’oppose au théâtre de distraction, au théâtre politique, au naturalisme et à toute représentation mimétique et qui met en place un dispositif fondé sur le vide, le silence, le statisme pour éprouver l’écriture
– Joël Pommerat dont la proposition de C. Triau amène a découvrir le « réalisme étrangéifié »

Vous trouverez sur le site de TDC http://www.cndp.fr/tdc/tous-les-numeros/la-scene-francaise-contemporaine.html

six vidéos pour compléter ce travail et construire des séquences :
– Ecriture théâtrale de P. Minyana (13 mn)
– Entretien avex Valérie Novarina (31 mn)
– Jean-Claude Grumberg, auteur engagé (15 mn)
– Jérôme Savary, l’homme-orchestre (8 mn)
– Répéter le texte théâtral avec D. Mesguish (2mn40)
– Répéter le texte théâtral de J. Lassalle (8 mn 45)

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