Le nouveau numéro de Topo est paru avec un menu toujours copieux et varié : l’Ukraine, les perturbateurs endocriniens, les changements dans le monde du rugby ou l’auto-tune.

Une jeunesse en Ukraine

Ce nouveau numéro s’ouvre sur un retour sur la situation en Ukraine à travers le témoignage d’Ivona, une jeune fille qui a vécu les événements de 2013. Intitulé «  Pour mes 18 ans, on m’a offert un gilet pare-balles », le reportage retrace cette époque qui a vu le pays basculer dans la violence. Des Ukrainiens ont occupé la place Maïdan pour protester contre la décision du président Ianoukovitch de se tourner vers l’Union européenne. Comme Ivona l’avoue, elle est au départ davantage portée par l’énergie qui se dégage de ce mouvement, sans forcément être politisée. Elle s’occupe de la logistique pour nourrir celles et ceux qui occupent la place. Mais, bientôt, c’est le drame et dans l’assaut de la police, elle perd un de ses amis âgé seulement de 19 ans. Elle se rend ensuite dans la zone de front et s’y retrouve coincée et éprouve la réalité de la guerre. Comme toujours, une page de texte synthétise à la fin ce qu’il faut savoir de l’Ukraine, pays déchiré.

Des rubriques pour éclairer

Topo poursuit son cheval de bataille de clarification des termes en envisageant cette fois le mot de « communautarisme ». Cette double page équilibrée montre à la fois la force du mot, mais aussi que l’utiliser à tout propos a tendance à bloquer le débat. « Tête-à-tête » propose un portrait de Kim Jong-Un. Les auteurs rappellent que ce dirigeant de 34 ans, fan de basket, mène d’une main de fer un pays où, en moyenne, un enfant fait 17 cm et 9 kilogrammes de moins qu’un enfant du pays voisin. « La science infuse » pose la question de la disparition de certaines espèces animales. « Sans cliché » s’intéresse au rugby, qu’on retrouve par ailleurs dans une grande enquête très intéressante. On découvrira aussi quelques planches de la bande dessinée « Fun home » où Alison Bechdel parle de son enfance dans la campagne américaine des années 1960. Son père, qui dirige une entreprise de pompes funèbres, est un homme tyrannique qui meurt à 44 ans. Les circonstances de sa mort et la réalité de la vie de son père apparaissent alors peu à peu.

Côté musiques, spectacle et jeux vidéo

« De qui se moque-t-on »  aborde la question des filles et fils de célébrités pour démontrer la logique médiatique qui fait que l’on est connu parce que ses parents le sont. « Ça part en live » lève le voile sur l’auto-tune, ce petit logiciel miracle qui peut transformer votre voix. Certains parlent d’une béquille là où d’autres parlent de tricherie. « Les maîtres du jeu » montrent les techniques pour nous retenir sur nos jeux. Côté littérature, Patoche entreprend de nous présenter Rabelais.

Au coeur des débats

Marine Jobert et Henri Lemahieu se frottent à la question du moment en proposant une enquête sur les perturbateurs endocriniens. C’est toujours bien etayé et leur contribution se donne le temps de revenir jusque dans les années 50 pour historiciser cette question. Elle montre aussi l’incroyable présence de ces produits dans notre quotidien et plusieurs chiffres donnent le tournis. Les auteurs insistent aussi sur le fait que ces substances se combinent entre elles. Les victoires sont rares comme celle qui a conduit à l’interdiction du bisphénol A dans les biberons.

Le monde impitoyable du rugby

Même si l’on n’est pas fan de rugby, il faut lire l’enquête proposée par Romain Gras et Vincent Bergier intitulée « La fabrique des mutants ». Elle est assez saisissante et retrace l’évolution de ce sport et notamment des entrainements. Partant d’une réalité, qui est l’augmentation du nombre de commotions cérébrales constatées, les auteurs retracent donc les évolutions de ce sport. Il est assez incroyable de remarquer qu’à poste égal le rugbyman moyen d’aujourd’hui pèse 15 à 20 kilos de plus que celui de 1995 ! Certains diront que les méthodes d’entrainement se sont améliorées ou que le sport s’est professionnalisé mais cela conduit à des chocs de plus en plus violents. Il y a bien quelques timides réactions comme la mise en place d’un test appelé score de Maddock qui sert à mesurer le degré de conscience d’un rugbyman qui vient de subir un choc, mais on est encore loin d’une protection efficace.

Pour se faire une idée et si vous ne connaissez pas encore cette revue, c’est ici

© Jean-Pierre Costille pour les Clionautes