Si les ouvrages qui traitent du centenaire de l’année 1915 semblent moins nombreux que ceux sur 1914, cela laisse un créneau libre pour s’intéresser au bicentenaire d’un des évènements les plus présents dans la mémoire de nombreux Européens, celui de la bataille de Waterloo. Les éditions Perrin publient l’ouvrage d’un des spécialistes de la période, Thierry Lentz. Celui-ci est le directeur de la fondation Napoléon et l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à la période impériale
L’ouvrage ne traite pas que de la bataille proprement dite. Il replace celle-ci dans son contexte politique national et international et englobe les différents aspects de ce qui s’est passé durant les Cent-Jours. La partie consacrée à la bataille elle-même n’occupe qu’un tiers du livre.
La qualité de l’édition est un des plus de l’ouvrage . Celle-ci permet de joindre au texte de l’historien des cartes couleurs, ainsi que des représentations des lieux marquants et des portraits des principaux protagonistes de cette campagne. Le tout est complété par l’insertion d’extraits de mémoires ou d’œuvres consacrés à la bataille.

Le débarquement de Napoléon à Golfe Juan, s’il a le mérite de surprendre les Alliés, n’en tombe pas moins au plus mauvais moment. Ceux-ci sont en effet encore réunis à au Congrès de Vienne, et la nouvelle du retour de l’Empereur fait aussitôt taire les tensions qui montaient entre ses vainqueurs. Très vite ceux-ci adoptent les textes qui scellent une nouvelle alliance visant à restaurer Louis XVIII.
L’auteur montre comment, de son côté, Napoléon semble vouloir donner l’illusion de croire qu’une paix est malgré tout possible alors que tous les signaux reçus de l’étranger montrent le contraire. Sur le plan intérieur la situation n’est guère réjouissante.
La marche à la guerre.

La remontée vers Paris s’est effectuée sans encombres, mais derrière une apparente facilité se cachent de nombreuses difficultés. Les candidats ne se bousculent pas pour reprendre du service, qu’il s’agisse des maréchaux dont certains ont suivi Louis XVIII ou des anciens ministres impériaux peu enthousiastes. Le tournant libéral de Napoléon semble peu sincère. L’étude par T Lentz des résultats des différents scrutins organisés pendant les Cent-Jours montre une population qui est loin d’adhérer aux propositions du régime. Même si les cas de révolte purs comme dans l’Ouest restent rares.
La préparation de l’armée se heurte également à de nombreuses difficultés. En face les coalisés comptent mobiliser plus d’un million d’hommes. Si le rappel des hommes n’est pas problématique, il faut cependant trouver de quoi les équiper et financer la campagne. Ce qui se révèle beaucoup plus délicat. Pour encadrer la troupe, de nombreux officiers subalternes sont rappelés. C’est par contre plus difficile pour les officiers supérieurs, colonels ou généraux. Cela entraîne des promotions et mutations qui aboutissent à nommer des officiers à des postes sans leur laisser le temps de se familiariser avec leurs unités avant l’entrée en campagne. Le choix des emplois donnés aux maréchaux restés fidèles est abordé. L’auteur s’intéresse aux débats sur l’emploi de Davout au ministère et de Soult comme chef d’état-major, et aux conditions du retour de Ney alors que l’armée entre en campagne.

Les débuts de la campagne.
Face aux coalisés, Napoléon choisit comme d’habitude de prendre l’initiative. Son but est simple, profiter de la relative dispersion de leurs forces pour les battre les uns après les autres tant qu’elles sont séparéss. Les plus proches sont les prussiens de l’armée du Bas-Rhin de son vieil ennemi Blücher ainsi que l’armée anglo-néerlandaise commandée par Wellington. Il espère battre ceux-ci pour les amener à négocier et aussi gagner du temps pour renforcer son armée afin d’affronter les masses russes et autrichiennes qui se concentrent à l‘est.
Les Français vont donc s’enfoncer en positon centrale entre les deux armées ennemies pour les écraser l’une après l’autre. Si l’attaque des Français surprend des coalisés trop confiants, ceux-ci ont cependant éventé les dispositions générales du plan de l’empereur. Anglais et Prussiens se sont engagés à se soutenir mutuellement. Un état d’esprit qui est celui des Prussiens chez qui l’enthousiasme de Blücher est épaulé par les qualités de Gneisenau alors que côté Wellington on semble plus prudent… Il est vrai que si les deux armées alliées réunies ont la supériorité numérique sur l’Armée du Nord de Napoléon. Elles sont cependant fragiles par leur manque de cohésion et la qualité de leurs hommes, et donc inférieures à l’armée française si elles sont attaquées séparément.
L’offensive française surprend donc les coalisés mais s’accompagne de nombreux retards et erreurs, souvent imputées au seul Soult, mais dans lesquels l’Empereur semble aussi avoir sa part de responsabilités. Le 16 juin, Napoléon bat les Prussiens avant qu’ils n’aient fini de se concentrer à Ligny. Mais les combats ont été acharnés, les pertes sont lourdes et la poursuite n’est pas organisée. Les Français persuadés que les Prussiens vont se replier vers leur ligne de communication et s’éloigner des Anglais, les poursuivent mollement.
Pendant ce temps, à Quatre-Bras, Ney qui a reçu des ordres confus, n’arrive pas à emporter la décision avant que les anglo-néerlandais ne se renforcent. Le corps de D’Erlon erre est entre les deux champs de bataille au point de ne jouer aucun rôle ce jour-là.

Waterloo morne plaine… ?
Voilà une appréciation fausse du terrain qui est au contraire marqué par la présence de lignes de crête et de hameaux. Un terrain qui a cependant été choisi par Wellington pour y attendre l’arrivée des Prussiens alors que côté français on n’attend pas de renforts. Contrairement aux idées reçues, Soult n’a cessé de critiquer le détachement de Grouchy et 30 000 hommes aux trousses des Prussiens. Le rappel tardif de celui-ci, même si les ordres étaient arrivés en temps et heure, n’aurait pu lui permettre d’être présent sur le champ de bataille.
Conformément à son habitude, Wellington a déployé son armée en position défensive en utilisant au mieux le terrain : lignes de crête et fermes fortifiées à l’image de Hougoumont et de la Haye sainte. Il couvre en priorité son axe de repli et a disposé ses réserves en arrière d’un champ de bataille relativement étroit.
L’auteur nous livre le récit de la bataille en s’appuyant sur quelques cartes et sans rentrer dans les détails. Il aborde cependant tous les points qui font en général débat sur le déroulement de celle-ci. Il pointe la passivité de l’Empereur, surement malade. Celui-ci ne corrige pas le mouvement en colonne serrée de D’Erlon qui se révèle désastreux, ni ne s’oppose à l’emploi prématurée des réserves de cavalerie… La bataille se transforme en un combat d’attrition que les Français sont biens près de remporter quand surviennent enfin les Prussiens. Leur arrivée fait définitivement pencher la balance en faveur des coalisés et provoque la déroute des armées françaises épuisées.

En conclusion

La défaite de 1815 se révèle plus lourde de conséquences pour la France que celle de 1814, un traité de paix durci, un pays qui désormais ne peut prétendre jouer le premier rôle en Europe et dans le monde. Waterloo ouvre une ère dominée par la puissance britannique.
Un ouvrage qui a le mérite de présenter une approche synthétique des différents aspects des Cents-Jours sans se limiter au seul récit militaire ni tomber dans le récit de la légende napoléonienne. A cela s’ajoutent une cartographie et des choix d’encadrés qui permettent de se plonger au cœur de l’évènement.

Compte-rendu de François Trébosc, professeur d’histoire géographie au lycée Jean Vigo, Millau