Cette bande dessinée raconte l’étonnante histoire d’Edmond, un esclave qui fut le premier à trouver le procédé de fécondation de la vanille. Il vécut au XIXème siècle sur l’ile de Bourbon, c’est-à-dire la Réunion aujourd’hui. Il a douze ans en 1841 et dépend d’un maitre appelé Bellier-Beaumont. Appollo est au scénario et Tehem aux dessins et à la couleur. L’ouvrage comprend un extrait du journal de travail des auteurs ce qui est particulièrement intéressant. Si on n’est pas familier avec cette histoire, on peut conseiller de commencer par sa lecture.

Edmond, le génie de la vanille

En 1848, Edmond est toujours esclave et il continue de faire des démonstrations de sa technique aux puissants du coin. Il ne sait pourtant ni lire, ni écrire. On apprend qu’à l’époque on pouvait louer des esclaves à la journée et c’est ce qui arrive au jeune Edmond. Néanmoins, cela a un avantage car c’est à cette occasion qu’il rencontre une autre esclave Marianne. Celle-ci lui apprend d’ailleurs qu’une révolution a éclaté en métropole et que l’esclavage est désormais interdit. Edmond se met à rêver de sa liberté et aussi de posséder ses propres terres. Edmond rencontre un autre garçon, un marron. En réalité, c’étaient ses parents qui étaient dans cette condition. Cela signifie qu’ils s’étaient enfuis d’une plantation. Ce dernier raconte cet épisode. Les blancs de l’île ne sont pas prêts à faire évoluer la situation.

Ce que prévoit la Révolution

Des habitants blancs de l’île se rebellent contre l’arrivée du commissaire de la République, Joseph Sarda-Garriga, chargé d’abolir l’esclavage. Ces colons blancs considèrent que ce sont eux qui font tourner l’économie de l’île. Le capitaine Deshayes réussit à calmer leurs inquiétudes. Les grands propriétaires regrettent l’arrivée de Joseph Sarda-Garriga  et la question qui les occupe c’est désormais celle de l’indemnisation pour les esclaves qu’ils devront libérer. Ces derniers s’interrogent aussi sur les temps nouveaux qui s’ouvrent avec cette annonce. On retrouve ensuite Edmond qui a sa propre paillote en témoignage de reconnaissance de son savoir-faire. Il cherche à séduire Asoline, une jeune Malaise, ce qui permet au passage de montrer les différentes catégories de population présentes sur l’île.

Un commissaire de la République inquiet

L’histoire continue ensuite du point de vue de Sarda-Garriga. Celui-ci est inquiet. C’est peu dire que l’accueil qui lui est réservé est glacial. Il reste inflexible aux différentes demandes et, le 18 octobre, il promulgue le décret d’application. Il faut alors deux mois avant que la loi ne s’applique. Edmond imagine déjà sa vie d’après avec Marianne. La réalité le rattrape vite car il est victime de violence par ceux qui ne veulent pas que les choses changent.

La lanterne magique

Deux autres personnages entrent alors en scène : Antoine Roussin, dessinateur et Martial  Potémont, artiste. Ce dernier suit la tournée du gouverneur et les estampes réalisées sont publiées dans « La lanterne magique ». Elles forment un véritable reportage. Les esclaves doivent désormais avoir un nom et Edmond verrait bien celui de vingt-décembre accolé à son prénom. Son souhait n’est pas réalisé : il s’appellera Albius. La tension monte à quelques jours de la mise en place de la réforme.

Le jour J

Au début de ce chapitre, les auteurs racontent la vie quotidienne des esclaves marquée par la violence à leur égard. Il leur fallait aussi oublier leurs traditions, leur religion. Là encore on voit la diversité de la population présente et tous étaient considérés comme des « biens meubles ». Le 20 décembre 1848, 60 000 esclaves, les deux-tiers de la population réunionnaise, sont officiellement libérés. La ville de Saint-Denis est calme le jour de cette proclamation. Joseph Sarda-Garriga fait un discours en ce jour historique.

Edmond change de vie

Edmond continue son entreprise pour conquérir le cœur de Marianne. Edmond quitte la propriété de son maitre et part s’installer à Saint-Denis. Il n’est pas le seul à agir ainsi car dans l’année qui suivit, des milliers de nouveaux libres quittèrent les habitations des anciens maitres. Mais, souvent , « à la misère du camp d’esclaves succédait la misère des faubourgs ». D’autres populations venues des Indes les remplaçaient dans les champs. Les petits blancs aussi connurent des situations de vie difficiles. Pour les grands propriétaires, en revanche tout continuait pour le mieux.

La vie d’Edmond bascule

Makouta, un ancien esclave, s’en prend à ses anciens maitres puis fuit l’île. Trente ans après en être parti, il regagne l’Afrique. Le marron rencontré par Edmond au début de l’histoire pousse à la révolte. Marianne, elle, est courtisée par Anatole un jeune blanc. On apprend que Joseph Sarda-Garriga a quitté l’île. Edmond lui est employé comme cuisinier et continue de rêver du mariage avec Marianne. Edmond est soupçonné de vol par son patron et est arrêté. Edmond est l’objet d’un simulacre de procès au terme duquel il est condamné à cinq ans de prison.

Edmond : de l’ombre à la lumière

Edmond passe ses journées à casser des cailloux et, peu à peu, on oublie de lui attribuer sa découverte concernant la vanille. Un blanc, à qui il avait montré la technique, s’en déclare l’initiateur. A sa sortie de prison, Edmond essaye de retrouver son amour, Marianne. Elle est partie avec Anatole.

Les choses ont changé et Fotemont décide lui de quitter l’île pour tenter sa chance à Paris. Avant de partir, il demande à Roussin de faire le portrait d’Edmond pour qu’on se souvienne de lui. Edmond s’installe dans une petite case et travaille avec des Indiens. Il se marie avec la fille d’un de ses nouveaux voisins. Roussin fait son portrait ce qui projette provisoirement Edmond sous le feu des projecteurs. Il a la douleur de perdre sa femme alors qu’il n’a que 47 ans.

Journal d’un album

La bande dessinée se termine donc par le journal de l’album. C’est l’occasion de faire le point sur la journée du 20 décembre 1848 mais aussi de rappeler la situation qui a prévalu entre 1830 et 1848. Les auteurs reviennent également sur la bande dessinée réunionnaise à travers l’exemple de «  La lanterne magique ». On lira également un portrait de Joseph Sarda-Garriga mais aussi d’Edmond.

Cette bande dessinée fait découvrir un aspect sans doute peu connu de l’histoire de La Réunion. Elle restitue les conditions de vie des esclaves, la diversité des populations présentes sur place ainsi que la violence exercée par les maîtres sans aucune complaisance dans le dessin. Une page d’histoire s’éclaire grâce à ce travail de qualité.