Alexandre Millerand socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943).
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Jean-Louis RIZZO

Alexandre Millerand socialiste discuté, ministre contesté et président déchu (1859-1943).

L’Harmattan, 563p., 48€

Laurent Bensaid
dimanche 1er décembre 2013

Alexandre Millerand est aujourd’hui un homme politique oublié de la IIIème République, éclipsé par les figures de Jean Jaurès et de Clémenceau. Il joua pourtant un rôle politique important à plusieurs reprises : socialiste au sein d’un gouvernement » bourgeois « entre 1899 et 1902, le « cas Millerand » suscita de vifs débats chez les socialistes. Ministre de la Guerre en 1914, il dut faire face à l’engagement de la France dans une guerre totale. Élu Président de la République en 1920, partisan du renforcement du pouvoir présidentiel, il dut démissionner en 1924, lors de la victoire électorale du Cartel des Gauches . Il évolua ainsi de la gauche à la
droite de l’échiquier politique . Après la victoire de 1918, il se montra souvent intransigeant face à l’ Allemagne . Il fut, avec Poincaré, l’artisan de l’occupation de la Ruhr en 1923.

Agrégé et Docteur en Histoire, spécialiste du radicalisme, Jean-Louis Rizzo consacre une imposante et remarquable biographie politique à Millerand dont il suit pas à pas l’évolution.
Au-delà de Millerand lui-même, sa longue carrière politique permet d’éclairer de
nombreux enjeux politiques, sociaux et diplomatiques : le triomphe de la République
parlementaire avant 1914, la question sociale, la modernisation économique, ’attitude face à l’ Allemagne après 1918, l’aveuglement face au déclin de la France dans l’ entre deux guerres, l’attitude face à l’ Allemagne nazie.

1) Une jeunesse très engagée à gauche, radicale, puis socialiste

Alexandre Millerand est né en 1859 à Paris. Son père, marchand de draps, était lui même républicain et anticlérical. Sa mère appartenait à une famille juive. Millerand suit un parcours scolaire classique et devient avocat. Comme avocat, et comme ministre, il gardera les traits de sa personnalité : gros travailleur, très méthodique, bon connaisseur des dossiers, mais sans charisme. Précocement engagé à gauche, il défend les dirigeants grévistes au début des années 1880. Remarqué par Clémenceau, il devient chroniqueur, puis éditorialiste du journal « La Justice ». C’est aussi l’époque où il devient franc-maçon. En 1885, il est élu député de Paris, et jusqu’à la fin des années 1920, il ne cessera d’être réélu à Paris comme député ou sénateur. Député radical, Millerand ne ménage pas ses critiques contre les républicains modérés au pouvoir, les « opportunistes » dont Jules Ferry est la figure dominante : soutien aux grévistes, et demande de réformes sociales, hostilité à la politique coloniale de Ferry, anticléricalisme, lutte pour la laïcisation de l’école, suppression du Sénat et de la Présidence de la République. Fort en avance sur son temps , il va même jusqu’à proposer la suppression du baccalauréat qui serait remplacé par ce que nous appellerions aujourd’hui un « contrôle continu ». Contrairement à certains radicaux, il perçoit rapidement les dangers que le boulangisme pourrait faire courir à la République. Au début des années1890, il devient socialiste. Dans les années 1880, le mouvement socialiste est loin d’être unifié, partagé entre des tendances autoritaires et centralisatrices ( les guesdistes) et des tendances valorisant davantage les initiatives locales. Influencé par le socialiste Benoit Malon, Millerand se rallie à un socialisme humaniste et pragmatique qui valorises les initiatives individuelles ou locales.
Son socialisme est plus « sentimental« et il est beaucoup moins théoricien que Jaurès. Il dénonce les longues journées de travail et l’arbitraire patronal et se montre favorable à une loi sur les accidents du travail, à une réforme agraire, à la réglementation du travail des femmes et des enfants, à un système d’assurances sociales. Mais Millerand n’est pas un révolutionnaire, il limite le développement de « la propriété sociale », [1] comme l’on disait à l’époque aux banques et aux services publics. Surtout, il refuse la révolution et croit au rôle du suffrage universel. II se montre également favorable à l’arbitrage gouvernemental lors des conflits sociaux, thème récurrent de sa vie politique. C’est le cas lors de la grève des mineurs de Carmaux. Millerand est choisi par les grévistes, avec d’autres, pour les représenter auprès du président du Conseil, Loubet. Millerand, étoile montante du mouvement socialiste est en fin de compte éclipsé par Jaurès.Ce dernier était meilleur stratège et théoricien et plus « charismatique » que Millerand qui apparaissait comme un bon tacticien parlementaire, mais à la vue courte . Dans les années 1890, Millerand poursuit sa carrière de parlementaire .Traits d’époque, il est également éditorialiste et la virulence de ses attaques le conduit à se battre en duel.
Millerand est un dreyfusard « tardif ». Il croit dans la culpabilité du capitaine, et se rallie d’abord à la position des socialistes selon laquelle les ouvriers n’ont pas à se soucier de la condamnation d’un capitaine « bourgeois ». Toutefois, à partir de l’été 1898 et du suicide du commandant Henry, il se rallie au camp dreyfusard.

2) Ministre d’un gouvernement « bourgeois » : le « cas Millerand ».

En juin 1899,l’agression contre le Président de la République,Loubet, et la menace d’un coup de force nationaliste conduisent à la formation d’un gouvernement d’union républicaine, progressiste et dreyfusard dirigé par Waldeck-Rousseau. Se pose alors la question inédite pour les socialistes de leur entrée dans un gouvernement « bourgeois » dans lequel siègent des modérés et des radicaux, ainsi que le général de Galliffet, l’un des « fusilleurs » de la Commune. Les socialistes donnent leur
accord de principe. Le 24 juin, Millerand est nommé ministre du Commerce, de l’Industrie ,des Postes et Télégraphes.Il obtient le soutien sans restriction de Jaurès, mais pas celui de socialistes comme Guesde et Vaillant qui quittent le groupe parlementaire socialiste et critiquent la présence d’un socialiste dans un gouvernement bourgeois. Toutefois, Millerand obtient le soutien de nombreux socialistes « de base » qui espèrent qu’il entreprendra des réformes sociales.Dans une fort belle phrase Clémenceau salue la présence de Millerand, qui aura pour tâche « d’être le témoin de la démocratie sociale, anxieuse des libérations promises. » De fait, Millerand ne trahit pas les espoirs de ceux qui l’ont soutenu.Il reçoit les syndicats et fait réintégrer les postiers révoqués pour fait de grève.

La fin du XIX ème et le début du XX ème siècle sont marquées par une plus grande attention des gouvernements aux problèmes sociaux ( en 1898,c’est le vote de la loi sur les accidents du travail, en 1906 la création du ministère du travail),et Millerand accompagne ce mouvement. Il crée dans son ministère une direction du travail qui étend son autorité sur les conditions de travail dans les manufactures, il se soucie de l’établissement des statistiques du chômage et d’ assurances sociales , il favorise l’entrée des syndicalistes dans différents organismes, et facilite l’accès des ouvriers au corps d’inspecteur adjoint du travail. C’est sous son ministère que les femmes
deviennent électrices aux conseils de prud’hommes.En 1900 , il parvient à faire adopter une loi sur la réduction à 10 heures de la journée de travail, loi imparfaite qui ne s’applique qu’aux grands établissements industriels.
En 1902 ,lorsque Combes devient président du Conseil ,Millerand est écarté du nouveau gouvernement ,Combes ne souhaitant pas la présence de socialistes.
La participation de Millerand provoque des débats parmi les socialistes français,ainsi qu’au sein de l’Internationale socialiste qui condamne la participation à un gouvernement bourgeois.En 1904, Millerand finit par être exclu du parti socialiste . Dès lors, commence une « dérive droitière » de Millerand. Sans renoncer à ses idées sociales ( assurances sociales), il se rapproche de plus en plus des positions du patronat, se montre hostile au fait d’accorder le droit de grève aux fonctionnaires
et souhaite limiter l’intervention de l’État dans le domaine social.Il critique la politique anticléricale de Combes ( lors de la Séparation en 1905, il fut l’avocat de certaines congrégations). Il se rapproche des nationalistes en particulier de Charles Péguy dans sa période nationaliste, défend l’armée, la politique extérieure offensive de Delcassé.

Parallèlement, il poursuit sa carrière d’avocat qui lui permet de parvenir à une confortable aisance bourgeoise. Les goûts de Millerand sont très classiques , c’est un grand amateur de livres d’histoire. On peut noter toutefois un intérêt pour la modernité, en particulier pour les débuts de l’aviation et de l’automobile. Signe de notabilité, il devient membre de l’ Académie des sciences morales et politiques. En 1909-1911, il devient ministre des travaux publics dans le cabinet Briand, et surtout, en 1912, il devient ministre de la guerre dans le cabinet Poincaré.Il s’intéresse au développement de l’aéronautique militaire, mais il y conduit également une politique très conservatrice : soutien au général Joffre, surveillance des ouvriers socialisants, suppression de la possibilité de faire appel d’un jugement des tribunaux militaires, réintégration dans l’armée du colonel du Paty de Clam, l’un des principaux accusateurs de Dreyfus.

3)La première guerre mondiale

Jean-Louis Rizzo montre bien dans ce chapitre comment le gouvernement a fait face à une guerre à la fois industrielle et « dévoreuse d’hommes ». Il montre un mélange d’improvisation et de choix, parfois judicieux, parfois très répressifs. Il montre aussi que le Parlement n’ a jamais renoncé au contrôle de l’Exécutif. Le 26 août 1914, Millerand est nommé ministre de la guerre dans le ministère Viviani. Son action se déploie dans plusieurs domaines .En ce qui concerne la conduite des opérations, il laisse une entière liberté d’action à Joffre et n’est pas favorable à un contrôle des parlementaires. Dans le domaine de l’armement, il est à l’origine de l’entente avec le patronat pour le développement de l’industrie de guerre, en particulier des canons. Il parvient plus ou moins à faire face à la mobilisation industrielle, tout en privilégiant la « quantité sur la qualité « et à un coût élevé selon les sénateurs. En matière de mobilisation des soldats, Millerand fait preuve d’une grande sévérité. Il se montre sévère en matière de conseil de révision et accélère l’incorporation des « classes 1915 et 1917.Il accentue le caractère répressif de la justice militaire .En septembre 1914, sous l’influence de Joffre, il décrète que les exécutions ne seront plus soumises à l’autorisation du ministre.Il autorise les officiers ayant procédé à la mise en jugement à exécuter immédiatement la sentence ce qui revient à priver le Président de la République du droit de grâce, mais il revient sur cette mesure en 1915. En septembre 1914,il autorise la création de conseils de guerre spéciaux dont
les décisions ne sont susceptibles d’aucun recours.Toutefois, à partir de 1915, les condamnations à mort font l’objet d’un examen par le Président de la République. Au total, entre septembre 1914 et octobre 1915, ces conseils de guerre auront examiné 798 cas, et prononcé 281 acquittements et 109 condamnations à mort. Millerand ne reste pas enfermé dans son bureau, il effectue quelques visites sur le front, mais son biographe souligne qu’elles ont été brèves ( 15 jours de visite cumulées) et que Millerand qui ne se mêlait pas aux soldats, n’était guère populaire parmi eux. Millerand n’est guère populaire non plus parmi les parlementaires ; il tente de restreindre leur droit de visite sur le front, et il se heurte au contrôle de son budget. Le 29 octobre 1915 ,Viviani démissionne et Millerand n’occupe plus de poste ministériel pendant la durée de la guerre. Il soutient le ministère Clémenceau et se montre hostile aux pacifistes. Lors de la Conférence de la paix, il adopte des
positions de centre-droit : fermeté à l’égard de l’Allemagne, méfiance à l’égard de la sécurité collective, hostilité au bolchevisme.
En 1919, Millerand est nommé Commissaire général pour l’Alsace-Lorraine.Il s’engage à respecter les coutumes locales en matière de législation sociale et de cultes, l’ Alsace-Moselle vivant sous le régime concordataire.Il doit régler le très délicat problème des Allemands installés en Alsace - Moselle, dont le nombre est évalué à 400 000 personnes.Les fonctionnaires allemands perdent leur place.Il crée une commission chargée d ‘examiner la situation des populations de souche allemande et facilite l’acquisition de la nationalité française pour les populations non allemandes.

4) Président du Conseil

En novembre 1919 ,Millerand est élu député sur une liste du Bloc national sur laquelle figure l’écrivain nationaliste Maurice Barrès. Au début de 1920, Paul Deschanel est élu Président de la République et Millerand devient Président du Conseil, tout en prenant le portefeuille des Affaires étrangères. Le gouvernement est confronté à deux problèmes : les grèves de l’après guerre, et le règlement du conflit, en particulier la question des réparations allemandes. En février, puis en mai 1920, éclatent des grèves des cheminots( dont la fédération compte 350000 adhérents ), liées aux difficultés économiques de l’après guerre ainsi qu’aux espoirs révolutionnaires. Millerand, qui y voit un mouvement révolutionnaire réprime durement la grève en procédant à des arrestations et à des réquisitions et en traduisant en justice certains dirigeants syndicaux.Mais en même temps Millerand est conscient qu’il faut négocier avec les syndicats et améliorer la situation des cheminots. En politique extérieure, le gouvernement est confronté aux nombreux problèmes de l’après guerre. Très hostile à la Russie bolchevique, Millerand soutient les armées « blanches ». Il soutient également la Pologne dans sa guerre contre la Russie bolchevique, alors que les Britanniques et certains diplomates français conseillent la prudence. En Syrie, la France ne respecte pas les accords passés avec l’émir Fayçal et occupe le pays. Le problème majeur est celui des réparations allemandes et du respect de ses engagements par l’ Allemagne. Le gouvernement est confronté à une double exigence : faire preuve de fermeté face à l’ Allemagne et obtenir le
paiement des réparations, mais aussi ne pas se couper des alliés italiens et surtout britanniques qui conseillent la modération. Comme le dit Lloyd George à Millerand : « il vaut mieux pour la France tenir la substance que de poursuivre une chimère qu’elle n’atteindra jamais ». En matière de fermeté face à l’ Allemagne, évoquons un évènement oublié : En 1920 , des troupes allemandes entrent illégalement dans la Ruhr pour réprimer des mouvements révolutionnaires, ce qui provoque l’occupation par la France de cinq villes allemandes. Mais en matière de réparations, Millerand président du conseil (il n’en sera plus de même lorsqu’il sera président de la République) partage la position des modérés. A la conférence de Spa en juillet 1920 est fixée la répartition des Réparations allemandes (53% pour la France) ainsi que les quantités de livraison de charbon. Surtout l’accord envisage de tenir compte des possibilités économiques de l’ Allemagne pour fixer le montant des réparations. Malgré les critiques, Millerand est favorable à une politique réaliste et modérée. Enfin Millerand qui avec le temps, se montre de plus en plus favorable aux autorités religieuses, renoue les relations diplomatiques avec le Vatican, ce qui provoque la critique des anticléricaux.

5) Président de la République (1920-1924)

Élu en janvier 1920, le Président Paul Deschanel tombe du train présidentiel le 23 mai, son état de santé s’aggrave et il démissionne le 21 septembre .Millerand est largement élu (695 voix sur 786 suffrages exprimés ) le 23 septembre. Millerand voit la fonction présidentielle de manière très différente de celle de ses prédécesseurs .A plusieurs reprises, il plaide pour une lecture présidentielle des lois constitutionnelles de 1875 : définition par le président des grandes orientations politiques, participation active au Conseil des ministres initiative des lois, recours au droit de dissolution . Millerand va parfois au delà. Il imagine un Président élu par un large collège électoral et non plus seulement par le Congrès , la création d’une « Cour suprême » gardienne de la Constitution , la création d’une assemblée ouverte aux organisations professionnelles. Sans être spécialiste de la question , on ne peut qu’ être impressionné par la proximité des conceptions de Millerand avec celles qui seront mises en œuvre par le général de Gaulle dans la Constitution de 1958. Sans doute étaient ils tous deux imprégnés par les idées des constitutionnalistes de droite des années 1920. Quoi qu ‘il en soit , ces conceptions étaient inapplicables dans les années 1920 : le régime parlementaire était sorti renforcé par la victoire , et des hommes politiques de droite comme Poincaré demeuraient très attachés à la conception traditionnelle ( suprématie du président du conseil ) du régime parlementaire. Ces conceptions le conduisent à jouer un rôle actif dans la vie
du pays. De plus en plus conservateur, il plaide en faveur de l’unité nationale dont il retranche cependant les socialistes et les communistes, l se montre bienveillant avec les autorités religieuses.Il effectue un grand voyage en Afrique du nord ; il est conscient qu’il faudrait développer une politique d’association avec l’ Algérie mais ses projets n’aboutissent pas. En politique étrangère, la grande question est celle des réparations allemandes. Après avoir été modéré et réaliste, Millerand se rallie à une politique intransigeante. L’un des points de controverse porte sur la possibilité d’une intervention des troupes françaises en Allemagne en cas de non paiement des réparations. Millerand participe activement à la préparation de l’occupation de la Ruhr mise en œuvre par le gouvernement Poincaré, intervention qui débute le 11 janvier 1923 et provoque la « résistance passive » des Allemands. C’est toutefois la politique intérieure qui va provoquer la démission de Millerand. A l’approche des élections législatives de 1924, il prononce un grand discours à Evreux le 14 octobre 1923.Il y fait l’éloge de la politique du Bloc national : reprise des relations diplomatiques avec le Vatican, soutien à l’occupation de la Ruhr, critique du pacifisme, éloge d’une « neutralité déférente » à l’égard des religions ( deux attaques indirectes contre le pacifisme et l’attachement à la laïcité des radicaux et des socialistes), hostilité à l’impôt sur le capital. « Un peuple ne se passe pas d’une mystique » ajoute Millerand. Il plaide pour un renforcement des pouvoirs du Président et attaque indirectement le programme électoral du Cartel des Gauches. Les observateurs et les acteurs de la vie politique ne se trompent pas sur la portée de ce discours .A droite, on y voit l’affirmation du rôle du Président. La gauche ne manque pas de critiquer le discours présidentiel et l’intervention de Millerand dans le débat électoral.Or, les élections du 11 mai 1924 voient la victoire du Cartel des gauches. La presse et les partis de gauche demandent le départ de Millerand qui est sorti de l’impartialité de sa fonction et, au delà, a porté atteinte au régime parlementaire. Les parlementaires de gauche refusent de participer à un gouvernement tant que Millerand sera président. Face à cette impasse institutionnelle, Millerand démissionne le 11 juin 1924 et est remplacé par Gaston Doumergue.

6)Exister toujours en politique (1924-1943)

Herriot et le Cartel des Gauches rompent avec la politique de Millerand : suppression de l’ambassade de France au Vatican, promesse d’évacuer la Ruhr, reconnaissance de l’ Urss. On se doute que Millerand combat ceux qui l’ont obligé à démissionner. Il crée la ligue républicaine nationale pour tenter de fédérer les Droites. Après avoir connu un certain succès, la Ligue disparaît ; les plus extrémistes rejoignent des mouvements inspirés par le fascisme italien comme le faisceau de Georges Valois , les modérés se rallient à Poincaré ,revenu au pouvoir en 1926. Élu sénateur de la Seine en 1925, Millerand est battu en 1927, mais est élu la même année sénateur du
très conservateur département de l’ Orne. Face à la crise économique des années 1930, il se montre conservateur, hostile aux politiques de déficit budgétaire. Toutefois sa grande préoccupation est celle de la menace allemande.Il est très tôt conscient du danger que représente le nazisme et se montre favorable à une politique de paix armée .il soutient les politiques de rapprochement avec l’Italie et l’ Urss. En 1936, c’est un critique modéré de la politique du Front Populaire dont il soutient la politique de réarmement.En 1938 -1939, il est favorable à une politique de fermeté face à l’Allemagne nazie. Du reste Millerand est un survivant après la disparition de ses contemporains, Clémenceau, Poincaré, Briand. Millerand n’est pas présent lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Il refuse de soutenir le régime de Vichy dont il critique le caractère autoritaire et antirépublicain (il est opposé par exemple au procès de Riom). Il reproche à Pétain d’avoir choisi l’Allemagne plutôt que l’ Angleterre. Il meurt le 6 avril 1943.

Millerand laisse ainsi l’image d’un homme politique passé de la gauche à la droite de l’échiquier politique. Sans renoncer à ses projets de dialogue social, il se montre de plus en plus favorable aux classes dirigeantes. Ses projets de renforcement du pouvoir présidentiel ne pouvaient que heurter les défenseurs du régime parlementaire.Face à l’ Allemagne de l’après guerre, tout en étant conscient de la nécessité de faire de compromis, il adopte une politique de fermeté lors de l’occupation de la Ruhr et se montre lucide lors de la montée du nazisme.

Par Laurent Bensaid

[1c’est à dire la nationalisation

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