Acheter ses cadeaux sur internet, se faire livrer en 48 heures, aller passer un week-end à Rome ou à Berlin, tout cela semble désormais accessible à tout citoyen des pays développés pour peu que ses revenus lui permettent. A bien y réfléchir, si tout cela est réalisable, c’est parce que la mise en réseau du monde est faite par les transports. Il suffit qu’un épisode neigeux ou qu’une éruption volcanique vienne troubler la belle mécanique pour que l’on se rende compte à quel point notre société, qui promeut la mobilité, est fragile.

Les transports sont des agents de l’aménagement du territoire puisque, en tant que secteur économique, ils dynamisent les territoires. Mais, si le réseau est saturé, rien ne va plus ! Les problèmes ne manquent pas : croissance du coût de l’énergie, souci de la préservation de l’environnement, désengorger les réseaux aux heures de pointe, mettre en place une intermodalité plus efficiente. Trouver des solutions aux problèmes qui se posent est un véritable pari.

Faire comprendre ces mécanismes et les enjeux qu’il y a derrière, voilà les objectifs que ces deux professeurs de géographie, spécialistes des questions de mobilité et de réseaux, auteurs de cet atlas Autrement se sont fixés. Le principe de l’atlas est bien connu et cet opus le reprend : des documents accompagnés de commentaires qui sont parfois précieux pour les comprendre. Ainsi, en est-il avec la première double page « Diversité des modes de déplacements ». Démarrage en côte avec le graphique : « Les types de mobilités » ou comment représenter en 3D les déplacements d’un individu au quotidien mais aussi de manière hebdomadaire. L’apport du texte d’accompagnement est indispensable et encore des zones d’ombre persistent !

Mais, il serait dommage de s’arrêter sur cette première impression de difficultés. On trouve dans le volume une mine de documents exploitables en classe sur la thématique de la ville : typologie des villes de Francis Beaucire, mais aussi une mise au point sur la conjecture de Zahavi, expliquant l’étalement urbain au fur et à mesure que la vitesse des déplacements s’accroît. Aucune échelle n’a été oubliée dans cet ouvrage synthétique. La mise en réseau des transports résulte tant du niveau local que mondial. Les auteurs montrent que le transport maritime est l’emblème de la mondialisation, par excellence. Des exemples développés aèrent le tout : Fedex, le marché mondial de fleurs, le voyage d’un Smartphone (dont les composants peuvent avoir fait plusieurs fois le tour de la Terre avant que l’objet fini n’arrive au pied du sapin de Noël)… Des éléments précieux pour faire comprendre à des élèves de terminale en quoi consiste la mondialisation des échanges. Les cours de géographie de la France ou de l’Europe gagneront à être enrichis avec l’étude de la vallée d’Aspe, la congestion aérienne en Europe, le ferroutage en Europe, sans oublier des expériences de villes durables mobilisables en classe de seconde (péage urbain de Londres, les parcs relais dans l’agglomération de Lille, le Finger Plan de Copenhague ou un exemple de quartier sans voiture à Amsterdam.

L’aspect historique n’est pas oublié non plus pour expliquer les logiques des opérateurs de réseaux comme l’émergence de carrefours (exemple : Dubaï). Les auteurs consacrent une large partie du volume à proposer des solutions globales (libéralisation, multimodalité…) mais aussi régionales (avec l’exemple de la Suisse, de la Bolivie…) avant de conclure sur des scénarios pour le futur et par une approche novatrice autour de l’articulation transports, culture et patrimonialisation. Il faut comprendre par cela que les transports sont un support de représentations (de la route de la Soie au viaduc de Millau) et qu’ils s’inscrivent dans un espace culturel. La gare, non lieu pour Marc Augé, est un lieu très présent au cinéma. Plus de 900 films ont comme cadre une gare. Il suffit de se rappeler le générique de film du film de Dany Boyle sorti en 2009 : Slumdog millionnaire où le quai de la gare devient la scène d’une comédie musicale. La gare est le lieu de tous les possibles. C’est « l’interface avec un monde inconnu, une porte d’entrée ou une époque (…), un front pionnier ou un lieu d’affrontement. » C’est un objet géographique en soi. Alors : « En voiture, Simone ! » pour découvrir les nouveaux champs explorés par les géographes des transports.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes