Quarante ans après la publication de l’Atlas stratégique. Géopolitique des rapports de force dans le monde, de Gérard Chaliand et Nicolas Rageau, ce nouvel Atlas stratégique propose de dégager une perspective historique sur les trois derniers siècles de la puissance de l’Occident, en s’éloignant de la traditionnelle vision européano-centrée. Il donne à voir la perception de cette hégémonie occidentale par l’Autre, en remettant en perspective le rapport du « dominé » au « dominant ».

Gérard Chaliand est un géo politologue, spécialiste des conflits armés, auteur de plusieurs ouvrages sur la géopolitique mondiale. Il a enseigné à l’ENA, à l’Ecole de la Guerre et a été invité par de nombreuses universités internationales. Roc Chaliand est directeur artistique et a été directeur, durant une dizaine d’années, du magazine EVER, consacré aux problèmes politiques et culturels du monde contemporain. Dans cet atlas, ils se sont associés au cartographe Nicolas Rageau, renouvelant presque l’équipe du premier Atlas stratégique.

Synthétique tant sur le plan de l’analyse que de la cartographie, les auteurs et le cartographe ont voulu cet ouvrage efficace et concis, avec pour objectif d’offrir des cartes simples et accessibles à tous. Il dresse, ainsi, le bilan de la puissance de l’Occident, de son ascension à son déclin. Les relations internationales, les enjeux démographiques et les bouleversements économiques y occupent une place de choix.

Une histoire de l’Occident constituée de basculements

L’introduction, ainsi que les deux premières parties de l’Atlas (sur la première partie du XXe siècle ainsi que sur les Guerres froides) expliquent la construction de l’hégémonie occidentale. En 1914, une demi-douzaine d’États occidentaux se partage le monde. Au cours du XXe siècle, seul le Japon apparaît épargné par les rapports de domination faisant des uns des Etats colonisés, et des autres des zones sous influence politique de l’Occident, notamment pendant la Guerre froide. Néanmoins, plusieurs signes avant-coureurs du déclin de l’Occident apparaissent déjà, comme la guerre de Corée, la guerre du Vietnam, les chocs pétroliers… Ils sont présentés par les auteurs comme des signes d’une domination fragile.

Sur l’échiquier géopolitique

La troisième partie de l’Atlas, la plus importante en nombre de pages et la plus enrichissante, présente les grandes puissances qui se transforment dans un monde de plus en plus multipolaire. Les États-Unis, concurrencés par une Chine qui s’étend partout, restent cependant au premier rang. Les rôles historiques de l’Iran et de l’Afghanistan sont interrogés, quand ceux de l’Inde, du Pakistan et de la Turquie , ils sont mis en avant. L’Europe, « chantier inabouti », décline.

Plusieurs événements sont mis en avant pour expliquer les grandes étapes du déclin de l’Occident. Les guerres du Vietnam et du Golfe, par exemple, renferment des leçons communes sur l’incurie des Occidentaux et leur méconnaissance des cultures locales, les opinions publiques sont plus souvent qu’à leur tour chauffées à blanc. Le terrorisme islamiste, l’ascension des puissances pétrolières, ainsi que l’incapacité de l’Europe à se fédérer face aux épreuves démontrent que l’hégémonie de l’Occident était bien plus fragile qu’elle en avait l’air. L’invasion de l’Ukraine par les forces russes rappelle à tous que la paix reste un état des plus précaires.

La Chine et l’Inde occupent une place importante dans cette partie, et notamment la Chine et sa capacité à se projeter partout dans le monde. En plus des enjeux démographiques, environnementaux, économiques et culturels, la Chine est présentée comme un rival historique des États-Unis, pesant de plus en plus sur le commerce mondial et tissant peu à peu un réseau qui concurrence, voire surpasse, celui des États-Unis, y compris en Amérique latine.

Plusieurs autres pays et régions du monde sont évoqués, dans de courts chapitres, comme, par exemple, la Turquie, grand vendeur d’armes et ambigu dans ses rapports avec l’OTAN, l’Union européenne, l’État islamique et la Russie. Les enjeux du continent africain sont présentés, avec une croissance démographique non maîtrisée ainsi que des interventions étrangères d’une grande pluralité, tant dans le chef des acteurs que des objectifs.

La Russie fait l’objet d’un chapitre spécifique, montrant son rôle dans la distribution de l’énergie dans le monde, ses ingérences dans les pays se situant à sa périphérie, et notamment le conflit en Ukraine qui est analysé de façon intéressante, ainsi que la stratégie diplomatique et militaire de Vladimir Poutine. Les États-Unis et le terrorisme islamiste ont également des chapitres dédiés.

Une synthèse utile et efficace

L’Atlas stratégique, par l’intermédiaire de textes synthétiques, de cartes à différentes échelles et de graphiques, survole l’état d’un monde en mutation. Son principal intérêt est de re-contextualiser les nouveaux rapports de force mondiaux, les mutations politiques et stratégiques qui se mettent en place, et dont l’Asie est désormais le centre. Plusieurs événements marquants des XXe et XXIe siècles, comme la Guerre du Vietnam, la Guerre du Golfe, etc… sont expliqués avec leurs conséquences immédiates et plus lointaines.

Ce petit atlas, enrichi de nombreuses cartes de synthèse réalisées par Nicolas Rageau, illustrant l’histoire du basculement de la domination géopolitique, les zones de conflits évoquées, les enjeux démographiques, énergétiques, environnementaux, technologiques…, ainsi que les nouvelles guerres et les nouvelles armes, est un outil didactique facile à utiliser pour qui veut s’initier à la géopolitique.

Comme tous les Atlas Autrement, celui-ci se distingue par son accessibilité, notamment pour les élèves. Les planisphères sont très riches et bien mis en valeur par des fonds noirs. C’est une ressource indispensable pour les professeurs du Secondaire de la Cinquième à la Terminale, en passant par l’HGGSP. Les textes concis et les documents clairs pourront être réinvestis sans aucun problème dans la préparation des cours.