Lorsque Paul Pradier meurt à 93 ans, la famille Albert perd un ami, un «  oncle d’adoption ». Seulement, la réalité n’est pas aussi simple et transparente. Frédéric Albert découvre par hasard que ce vieil ami de la famille qu’on croyait connaitre a eu un passé des plus troubles.

Un terrible secret

En janvier 2018, Paul Pradier, 93 ans, s’éteint dans l’Ephad où il vivait. La famille Albert prend alors en charge les funérailles de celui qui fut un ami de la famille. Elle contacte alors le peu de famille qui lui reste et apprend alors que Paul Pradier a fait de la prison en raison de ce qu’il a fait durant la guerre.

Un ami de la famille

L’auteur retrace alors les débuts de cette amitié entre Paul Pradier et sa famille au début des années 1980. Le contact se fait lors d’un salon professionnel où s’est rendu son père. Véritable force de la nature, Paul Pradier passe régulièrement voir la famille Albert. Il travaille aussi dans une auberge tenue par un ancien résistant, François Morenas.

Retour au pays natal

En 2008, Paul Pradier hérite d’un neveu et doit donc retourner dans le village de son enfance en Dordogne. Cela ne semble alors guère l’enchanter. Une fois sur place, celui qui se caractérise d’habitude par sa jovialité semble plutôt mail à l’aise.

L’aubaine du confinement

Après la révélation de 2018, Frédéric Albert profite du confinement pour reprendre son enquête. Rapidement, il apprend que Paul Pradier était milicien durant la Seconde Guerre mondiale.

Le travail sur archives

L’auteur raconte ses premiers pas comme chercheur et il découvre rapidement que Paul Pradier a été condamné à mort par contumace en 1945. Engagé au sein du Parti populaire français, l’image du vieux monsieur sympathique s’effondre. On apprend qu’en décembre 1943 il recevait directement ses ordres des forces d’occupation allemande. Le livre contient des extraits des documents d’époque dans le corps de l’ouvrage mais aussi à la fin.

Une biographie

Cette séance aux archives donne en tout cas le tournis à Frédéric Albert qui prend le temps de récapituler ce qu’il a déjà appris sur Paul Pradier. Après avoir adhéré au PPF en 1943, il devient membre en décembre de la même année d’un service qui dépend de la Gestapo. En janvier 1945, un mandat d’arrêt est lancé contre lui et, après sa condamnation en juin, il est arrêté et transféré en août au tribunal de Bordeaux.

L’année 1943

Qualifiée d’année terrible par l’auteur, il entreprend de reconstituer ce qui s’est passé. En Dordogne, les rafles contre les Juifs sont menées indistinctement par la police française, la Gestapo, la Milice ou les militaires allemands.

Quand un livre change tout

Alors que le dossier est accablant, la lecture de « La carte postale » d’Anne Berest fait rebondir l’enquête. Elle évoque François Morenas, ce pacifiste qui a aidé les persécutés. Cela trouble Frédéric Albert puisque ce même François Morenas a fait travailler Paul Pradier dans son auberge quarante ans plus tard.

Le gestapiste de Périgueux

En 1943, Paul est régulièrement aperçu dans les rues de la ville, se promenant fièrement un revolver à la main. Paul ne se limite pas à piller, menacer, voire à tirer. Il excelle aussi dans l’espionnage et l’infiltration de maquis. Le mois de mars 1944 marque une nouvelle étape dans la descente de Paul vers les abîmes et on laissera au lecteur la découverte des faits.

Après guerre

L’auteur retrace ensuite la fuite de Paul Pradier. Il arrive en Allemagne et trouve un emploi dans une usine d’horlogerie de la ville de Schwenningen. Le 6 novembre, son procès s’ouvre mais après sa condamnation on découvre que finalement, en janvier 1946, sa peine est commuée en travaux forcés. Il finit par être relâché après dix ans d’incarcération en 1955 : il a 31 ans.

Personne n’a oublié Paul Pradier

L’auteur discute avec Patrice Rolli, historien, spécialiste de la Résistance et de l’Occupation en Dordogne. On constate que d’anciens gestapistes ont donc réussi à passer entre les mailles du filet après guerre. Il était sans doute le dernier représentant français du SD, le service de renseignement de la SS. Il plane à jamais des zones d’ombre sur son parcours et les raisons de son engagement. L’auteur note qu’il a donc menti tout au long de sa vie et cela agite toujours sa famille.

Cet ouvrage retrace donc un itinéraire durant la guerre. Il révèle aussi les zones d’ombre d’un homme mais l’auteur réussit à dépasser l’étude d’un cas pour poser des questions plus fondamentales sur le comportement des hommes durant et après la guerre.