Présentation de l’éditeur. « Berlin, 1938. Des ingénieurs allemands présentent à Hitler Enigma, une machine à crypter des messages au code inviolable. Ni plus ni moins qu’une invention qui devrait permettre aux nazis de gagner la guerre…

Juin 1940. L’Allemagne a attaqué la France et la Belgique, qui ont capitulé. Au château de Champignac, le comte, un jeune scientifique spécialiste des champignons, reçoit une étrange missive cryptée. Un défi excitant pour Pacôme (Hégésippe Adélard Ladislas), qui ne tarde pas à en découvrir la clé. Surprise : le message vient de son vieil ami Black qui lui demande de le rejoindre à Londres pour une mission de la plus haute importance. Alors que le château est réquisitionné par l’armée allemande, Champignac arrive à fuir et à traverser la Manche.

À Londres, un nouveau message l’envoie dans le petit village de Bletchley où, aidé du professeur Black, d’Alan Turing et de Miss Mac Kenzie, il va s’attaquer au décryptage de la machine Enigma. Une aventure passionnante qui mettra ses facultés intellectuelles à rude épreuve mais qui lui permettra également de croiser Churchill, de découvrir l’amour (non, pas avec Churchill) et de changer le cours de la guerre ».


Tout est dit, ou presque dans la présentation que fait l’éditeur de l’album, dont on n’a pas donné l’intégralité du titre : Pacôme Hégésippe Adélard Ladislas, comte de Champignac. Enigma. On comprend maintenant pourquoi…

Dans cette série à poursuivre (que l’on peut découvrir dans le journal Spirou depuis quinze jours), Dupuis explore ce qu’auraient pu être les origines de certains des personnages les plus emblématiques de la maison. On avait eu un deuxième volet de Spirou, avec le tout récent L’Espoir malgré tout (dont on a fait le compte rendu dans cette même Cliothèque) ; voici donc à présent Champignac, personnage secondaire des Spirou et Fantasio. Le comte de Champignac (dont on peut admirer le château à Champignac-en-Cambrousse : je vous laisse chercher sur une carte… Un indice : c’est du côté de Skeuvre). Il apparaît (avec une chevelure blanche) dès le deuxième volume des Spirou et Fantasio, en 1951, dans Il y a un sorcier à Champignac. Le comte, réplique d’un Tryphon Tournesol, y avait déjà fait des siennes avec un champignon (devinez pourquoi Franquin l’a baptisé Champignac) qu’il étudiait déjà, le X1, qui donne une force exceptionnelle mais éphémère.

L’album s’ouvre sur la présentation à Hitler de la machine à crypter Enigma, mise au point par l’ingénieur Arthur Scherbius dès 1918. Cela fait, nous sommes projetés en juin 1940, au début de l’occupation allemande. Un coursier remet un pli à Champignac. Problème : le message est chiffré, et il faut d’abord trouver le moyen de le décrypter. Champignac doit se rendre à Londres, au 54 Rejewski Street, à l’invitation du professeur Black. Autre obstacle : il faudra aussi tromper la vigilance des Allemands qui sont venus s’installer au château. Les vertus soporifiques du champignon étudié par Champignac l’y aidera. Parvenu à Londres, on le dirige vers le manoir de Bletchley Park, au nord-ouest de Londres, en même temps que Blair Mackenzie, une jeune linguiste écossaise très perspicace et adepte des mots croisés. Bletchley se révèle être le siège du GS&CS (Government Code and Cypher School) ; ses résidents ont pour mission de déchiffrer les messages codés de l’Axe. Champignac et Mrs Mackenzie ont plus précisément à travailler sur une machine Enigma, comme celle que le premier a vu utiliser par les Allemands dans son château. C’est à cette occasion qu’ils croisent Alan Turing, dont ils seront les assistants. Un Alan Turing qui évoque Billy the Kid, dans Lucky Luke, sans le côté tête à claques. Il se trouve qu’il (Alan Turing : suivez, aussi…) travaille sur une machine capable de tester simultanément une centaine de réglages d’Enigma. Il y a urgence : Hitler vient de déclencher les opérations aériennes et navales qui visent à envahir le Royaume-Uni. Le travail des chercheurs permet de décrypter les messages codés ennemis, avec un retard qui se réduit de plus en plus. C’est alors que Champignac a pour mission de retourner dans son château, en compagnie d’un agent secret dont le nom est Fleming. Ian Fleming (vous chercherez aussi…).

Comme on le voit, l’album repose sur des personnages fictifs placés dans une situation réelle, croisant des personnages réels. Les auteurs se sont amusés à semer quelques indices à décrypter (comme une pomme apparemment savoureuse, p. 37, ou un Spirou en groom du Moustic Hôtel, à Bruxelles, p. 64), ce qui permet à des lecteurs de différents âges d’y trouver leur compte : cet album ne concerne donc pas que les plus jeunes, comme on pourrait le croire. Les péripéties s’enchaînent au fur et à mesure de l’intrigue, sans que jamais l’histoire tourne à vide : les soixante-quatre pages sont parcourues sans qu’on ait conscience du temps. Et l’histoire se termine par une transition vers le prochain volume, que l’on a vraiment hâte de découvrir.

Comme pour L’Espoir malgré tout, le retour aux sources s’avère un choix particulièrement pertinent, tant les personnages prennent une autre envergure. On redécouvre Champignac, comme on  a eu le plaisir un autre Spirou dans les albums récents.

Il ne faudra pas se priver de découvrir des extraits de l’ouvrage (et d’autres choses encore) sur le site de l’éditeur.


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes