Silvia Marzagalli, professeur d’histoire à l’Université Nice Sophia-Antipolis, membre de l’Institut Universitaire de France, spécialiste des réseaux négociants et du commerce maritime, a déjà publié un ouvrage s’intitulant Comprendre la traite négrière atlantique en 2009. Ici, elle esquisse les étapes du parcours d’un jeune noble corse qui s’empare du pouvoir en France par un coup d’État.Dans l’introduction, l’auteur pose le constat que la période de 1799 à 1815 parait avoir été attachée au destin d’un seul homme mais ce n’est pas seulement le cas. L’époque napoléonienne dépasse le destin français car les frontières européennes ont été modelées. Napoléon déchaine toujours les passions et alimente encore les centres d’intérêts d’un large public (livres, films, documentaires, légendes, commémorations), le souvenir des gestes de cette période marquant encore les esprits. Cette période permet à la France de rentrer, tout simplement, dans le monde contemporain. L’intérêt de l’ouvrage est de s’intéresser à cette période à travers l’histoire sociale et de replacer Napoléon dans la Révolution et dans un contexte européen plus que l’inverse.Un cadet corse d’Ancien Régime face à la Révolution.
S. Marzagalli retrace le parcours de Bonaparte pendant son enfance et son adolescence à l’École de Brienne. Avec la Révolution, Bonaparte fait le choix de la France et celle-ci lui permet de gravir les échelons militaires. Les expéditions d’Italie et en Égypte aident Napoléon à acquérir les compétences nécessaires pour être un chef politique grâce à son prestige grandissant. Par le coup d’État, son rôle d’administratif et d’organisateur sont mis en exergue.Bonaparte, Premier Consul.
Le coup d’État contribue à l’affirmation de la figure de Bonaparte qui approfondit l’importance de l’exécutif. Celui-ci se concentre sur la figure de Bonaparte qui, à travers des plébiscites, maintient son autorité grâce à l’accord populaire. Le pouvoir législatif est mis au pas, l’opposition est évincée, la presse muselée. Malgré les attentats, Bonaparte devient consul à vie et réussit à assainir la situation financière de la France. Il entreprend des réformes judiciaires, administratives (préfets), innove avec le Code civil, réforme l’enseignement secondaire (lycée), l’université. Ce régime est rassurant pour les Français.

Le Consul Bonaparte, un général de paix ?
Tout en rétablissant l’esclavage, Bonaparte réussit à rétablir une entente cordiale entre les États-Unis et la France. Il contribue à une certaine paix civile dans le domaine religieux et instaure le Concordat. Les autres religions sont respectées mais ne se structurent que tardivement. Il permet le retour des émigrés à des postes importants, entrainant une réconciliation civile après la Révolution.

Napoléon Ier, empereur des Français. Les assises du régime.
Napoléon devient empereur en 1804 et nous ne pouvons pas dissocier l’histoire politique française de l’expansion territoriale en Europe. Ce régime, qui se veut être l’héritier de l’empire carolingien, doit encore trouver une légitimité mais la cérémonie du sacre est un moyen d’affirmer la fidélité républicaine. Napoléon invente la légion d’honneur puis la noblesse d’Empire, totalement composite. Napoléon surveille l’Empire par le biais de la noblesse d’Empire, qui lui récolte des informations. Cette surveillance se porte tout particulièrement sur les classes ouvrières, considérées comme dangereuses.

Napoléon à la conquête de l’Europe
Le pays vit au rythme des conquêtes napoléoniennes. Entre 1803 et 1807, Napoléon augmente le territoire français mais se heurte à des coalitions européennes. Les idées françaises sont diffusées dans les territoires alliées. La paix est toujours fragile et éphémère.

L’impossible équilibre européen
Entre 1808 et 1812, les défaites napoléoniennes décomposent l’Empire et font douter de plus en plus les Français de la cohérence de la politique de l’empereur. L’auteur poursuit par la chute de Napoléon, son retour avec les Cent-Jours et enfin son exil définitif à Sainte Hélène.

Du legs aux mythes

Dans un dernier chapitre, S. Marzagalli s’intéresse, tout d’abord, aux contextes européen et français après la chute de Napoléon : les modifications sur les territoires allemands, italiens, la diffusion des idées françaises. Ensuite, elle s’interroge sur les légendes dorée et noire de Napoléon, à l’importance du personnage, aux rumeurs de retour ou encore à son instrumentalisation.

En conclusion, à travers la figure emblématique de Napoléon, se pose la question de l’historien face à cette mémoire : tout d’abord, il faut retracer les parcours particuliers ; ensuite, expliquer les trajectoires ascendantes et descendantes, les différents acteurs. L’auteur met l’accent sur les mécanismes qui ont permis à ces individualités de s’affirmer. Le cas de Napoléon est particulier car depuis deux siècles, il est toujours l’objet de lectures controversées. Ainsi, deux lectures sont possibles : celle qui fait de Bonaparte le fossoyeur de la Révolution et celle qui voit en lui le sauveur.

Cet ouvrage permet de suivre les étapes de la prise de pouvoir de Napoléon Bonaparte et son impact sur l’Europe pendant quasiment une génération, de le situer dans un contexte européen. Néanmoins, l’absence de notes de bas de pages, d’une bibliographie, de cartes (une seule en début d’ouvrage), d’illustrations (qui n’est pas le fait de l’auteur, mais une demande de l’éditeur) est un manque pour agrémenter et compléter l’ouvrage. Toutefois, cela reste un bon livre synthétique pour tous ceux qui veulent faire un point sur la figure de Napoléon.

Aurélie Musitelli.