Bruno Parmentier ingénieur et économiste, ancien directeur de l’École supérieure d’agriculture d’Angers livre ici ses dernières réflexions sur le problème de la faim et sur la question de la production agricole mondiale. Homme de conviction il propose un livre destiné au grand public clair et bien documenté qui sera une bonne base pour l’enseignant de géographie .

L’auteur place d’emblée son propos sur le terrain de l’analyse des politiques en matière de production et sécurité alimentaire.

Pour allez plus loin, son blog : http://nourrir-manger.fr/
des vidéos, des textes de fond, un guide méthodologique Raisonner juste en alimentation…

La faim, état des lieux

De la description du phénomène à une typologie des famines modernes l »auteur montre ce paradoxe que ce sont les petits paysans qui sont les premières victimes. En quelques exemples Chine, Inde et Afrique subsaharienne les éléments clés sont décrits.

La surpopulation et le réchauffement climatique vont-ils aggraver la faim?

Dans ce second chapitre c’est l’évidence historique de la relation surpopulation/faim qui est en question à partir de l’exemple chinois et de quelques repères: nombre d’enfants par femme, tableau statistique (fort utile p 47) sur la population des 15 pays les plus peuplés. Une réflexion sur l’empreinte écologique par habitant amène la question du réchauffement climatique, son impact sur la disponibilité en eau douce et sur l’agriculture.

Les défis politiques de la faim

Trois défis majeurs: la paix, la sécurité d’accès à le terre et à l’eau sont déclinés en quelques exemples rapides et divers dans le temps et l’espace.
Une réflexion sur les effets de l’OMC met en lumière les écarts considérables de productivité à l’hectare. L’auteur décrit le rôle des grandes firmes de négoce sur le marché mondialisé des céréales et de quelques denrées tropicales. l’accaparement des terres apparaît comme un nouveau défi.

Faudra-t-il produire plus pour nourrir 10 milliards d’humains en 2050?

Il s’agit ici de poser les termes de l’équation : combien d’hommes à nourrir? Pour manger quoi? Quel modèle alimentaire?
Si tous les humains veulent manger (viande, produits laitiers) comme un Américain ou un Européen …
Est également aborder le gaspillage de denrées alimentaires : stockage, pertes dans les opérations de transformation et de conditionnement, gaspillage domestique,
Se pose aussi le choix de dévolution des terres: produire pour manger? pour faire rouler les voitures?

La révolution verte et les OGM pourront-ils relever le défi de nourrir le monde?

Ce chapitre s’ouvre sur un constat: la croissance spectaculaire de la production agricole mondiale depuis 1970. Mais l’auteur nuance les progrès de la révolution verte : les limites en ce qui concerne la petite paysannerie en Amérique latine comme en Inde, les effets de méthodes écologiquement agressives sur les sols après quelques décennies. L’auteur alerte sur la baisse de disponibilité de ressources naturelles indispensables aux agricultures intensives comme les phosphates, la potasse et même la hausse du prix des engrais azotés parallèle à celui des produits pétroliers.
Le débat sur les OGM est présenté de façon nuancé et ouvre sur une réflexion à la fois scientifique, éthique et économique.

L’agriculture écologiquement intensive, un nouvel espoir pour nourrir le monde? voir sur le même thème le livre de [ Michel GRIFFON – Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ?->http://clio-cr.clionautes.org/qu-est-ce-que-l-agriculture-ecologiquement-intensive.html]

L’auteur soutient ici l’idée que la solution est dans la diversification des modèles agro-économiques.Il évoque quelques pistes techniques: le « sans-labour », les associations de plantes, l’agroforesterie, les auxiliaires de culture, affronter le manque d’eau et un paragraphe sur le risque de « guerres de l’eau ».

Quelles politiques pour produire partout?

L’intérêt de ce chapitre et du livre en général réside dans le « S » de politiques, pas de dogmatisme mais des pistes en fonction du lieu, des réalités économiques, sociales et culturelles. Bruno Parmentier propose tour à tour des éléments sur la taille des exploitations, le niveau de formation générale et technique des exploitants, l’équilibre entre tradition et modernité, accès à la terre avec un tableau des pays vendeurs et des pays et fonds acheteurs de terres.

L’alimentation peut-elle vraiment devenir un droit de l’homme?

Inscrit dans la déclaration de 1948 et réaffirmés dans celles des droits économiques et sociaux de 1976 des extraits de ces textes p 175 ce droit demeure difficile à mettre en œuvre malgré les actions de l’ONU et de la FAO et de quelques états: Brésil, Mexique, Inde.
Une analyse de la notion de sécurité alimentaire complète ce chapitre.

Quelles politiques pour pouvoir manger partout, à la ville comme à la campagne?

C’est l’homme de conviction qui s’exprime ici dans un plaidoyer pour des campagnes vivantes qui puissent nourrir la ville proche, le retour de l’agriculture en ville; l’indispensable gestion de l’aire aux plus démunis y compris dans les pays riches, une alimentation équilibrée pour tous.

Intervenir en urgence

L’étude des politiques à conduire en cas de catastrophe naturelle débouche sur quelques considérations plus générales: distribuer sans détruire le commerce local , sans oublier les produits agricoles locaux. Un paragraphe est consacré à la renutrition des jeunes enfants en privilégiant les techniques avec maintien de l’enfant au sein de la famille.

Sur le terrain, l’indispensable implication de nombreux acteurs

Tableau des acteurs, l’ONU et ses agences spécialisées, ONG et une question sur le financement de la lutte contre la faim.

En conclusion Bruno Parmentier se demande si on veut vraiment éradiquer la faim?