S’il est un thème qui a surgi récemment dans l’actualité, c’est bien celui des fake news. L’auteure, Hélène Charlet, professeure documentaliste, s’y attaque en proposant 59 activités autour de cette question. Elle a précédemment publié « Information et citoyenneté » chez le même éditeur.

Comment parler des fake news ?
En introduction, l’auteure insiste sur la notion de « doute constructif » en précisant bien qu’il ne faut pas le confondre avec un relativisme à tout va. Elle précise aussi quelques idées fortes et essentielles, comme le fait que sur ce sujet, plus que sur n’importe quel autre, il faut éviter toute démarche descendante qui consisterait à asséner des principes. En lien avec cette idée, l’auteure s’oriente donc plutôt vers l’idée d’activités pédagogiques plutôt que de ne proposer que des séquences toutes faites. L’ouvrage est structuré en quatre thématiques et, pour chacune d’elles, sont proposés des rappels théoriques puis des pistes d’activités. Hélène Charlet a construit ses propositions autour de l’idée de compétences, ce qui sur ce genre de sujet est une nécessité et une réelle bonne idée. Chaque activité est présentée avec son niveau, la ou les matières qui s’y rattachent, le matériel et supports nécessaires.

Fake news : de quoi parle-t-on ? La galaxie de l’infopollution
L’auteure insiste d’abord sur la nécessité de s’entendre sur le vocabulaire car, si le terme de fake news s’est diffusé comme une trainée de poudre, il importe de le distinguer par exemple de hoax, canular ou post-vérité. Ensuite, une typologie de Divina Frau-Meigs propose de distinguer les fake news selon leur nature : propagande, complot ou commerciale. Parmi les propositions particulièrement pertinentes, on peut d’abord évoquer celle du « jeu du reporter » qui est réalisable facilement. Il permet une première approche pour se rendre compte de la difficulté d’informer. Il s’agit de demander aux élèves de relayer un évènement qui se passe dans l’établissement scolaire. Ils doivent recueillir des témoignages des participants et du public. Ils doivent ensuite rédiger un compte-rendu et c’est alors qu’on peut introduire plusieurs biais. Ainsi, un groupe pourra ne disposer que de quelques minutes pour réaliser le travail, un n’avoir droit qu’à cinq lignes, là où d’autres disposeront d’une page complète. On peut aussi glisser des consignes secrètes car un groupe pourrait devoir insérer une désinformation. Lors d’une prochaine séance, quand le tout est recueilli, l’ensemble des traces pourra être examiné, y compris avec des participants à l’évènement. Si Hélène Charlet propose des activités, elle ne se prive pas néanmoins, et c’est tant mieux, d’offrir quelques parcours comme lorsqu’il s’agit de distinguer rumeur, information, opinion et fake news. Parmi les supports sur lesquels on peut faire travailler les élèves, on peut signaler « Le Gorafi ». On peut signaler également l’activité qui consiste à faire travailler les élèves sur des sites miroirs sans qu’ils le sachent. Ainsi, un groupe travaillera sur BFM tandis que l’autre examinera BMFNews.

Fake news : pourquoi on les aime ? Apprendre à se méfier de soi-même
Hélène Charlet insiste sur la nécessité qu’il y a à éduquer nos élèves au fonctionnement de leur cerveau. Elle cite des notions à faire acquérir comme la cohérence cognitive ou l’illusion de connaissance. Elle conseille plusieurs ouvrages dont celui de Gérald Bronner « La démocratie des crédules », pour lequel elle propose d’ailleurs un rapide compte-rendu. On conseillera particulièrement les pages 55 à 59 de ce classeur qui offrent un résumé de tous les biais qui peuvent affecter notre cerveau. Comme le dit Albert Moukheiber, « réfléchir, c’est juste une façon élégante de dire changer d’avis ». D’autres fiches proposent d’apprendre à se méfier des images. Il peut être intéressant de travailler avec les élèves sur les représentations télévisuelles des métiers en comparant ce que montre la télévision et une fiche Onisep. L’auteure donne de nombreux liens ciblés selon l’activité et elle conseille par exemple la chaine YouTube du Clemi. On peut aussi faire fabriquer aux élèves des fake news pour qu’ils en comprennent bien les mécanismes et les ressorts.

Fake news : l’ère de la post-vérité. Interrogation sur notre rapport à la vérité
Cette partie marque un changement car il y a ici davantage la volonté de proposer des séquences pédagogiques, donc plus longues, et surtout en lien avec les nouveaux programmes d’EMC et le futur grand oral. Hélène Charlet propose donc de travailler sur les thèmes suivants : « Écrivains et journalistes sont-ils tous des menteurs ? », « Pourquoi croit-on aux fake news ? », « Est-il possible de contredire un adepte des théories du complot ? » et « L’intelligence artificielle peut-elle être la meilleure arme contre les fake news ? ». Pour chacun de ces parcours, l’auteure propose une mise en situation, les ressources à étudier en classe et les éléments pour le débat. Pour certains des documents, l’auteure a la bonne idée de proposer des versions longues et courtes d’un même texte que l’on peut utiliser avec les élèves.

Fake news : des outils institutionnels pour lutter. Pertinence et efficacité
Hélène Charlet propose enfin un tour d’horizon des ressources disponibles, qu’il s’agisse de sites de vérification d’informations, ou d’extensions que l’on peut ajouter à son navigateur. Cette partie est donc consacrée au travail en aval alors que, jusque-là, l’auteure avait plutôt insisté sur l’amont de l’information. A propos des outils législatifs, on note une intéressante activité autour de la question « Faut-il de nouvelles lois contre les fake news ? ». Grâce à un travail en cinq groupes, chacun apporte des éléments qui serviront au débat. Ainsi, le premier groupe s’interroge sur les moyens qui existaient pour punir les auteurs de fake news avant la loi de décembre 2018, tandis que le deuxième pointe ce que cette loi pourrait justement apporter.

On pourra aussi signaler que l’auteure propose une progression sur les fake news de la 6ème à la terminale et également un tableau très utile qui propose un croisement entre les quatre parties de l’ouvrage et les différents niveaux de classe.

Voici donc un classeur particulièrement utile pour l’enseignant qui souhaite travailler la thématique des fake news avec ses élèves. Hélène Charlet n’oublie pas d’abord l’indispensable travail de clarification des termes. Pragmatique, elle entre d’abord par des activités faciles à mettre en œuvre en terme de temps, mais elle envisage aussi des pistes pour un travail sur un temps plus long. Elle offre une réflexion sur l’idée de progressivité particulièrement utile. On ne peut que conseiller ce classeur.

© Jean-Pierre Costille pour les Clionautes