Professeur de sociologie à l’INSA Lyon, Christian Thuderoz force ici la nature du chercheur qui se veut objectif en proposant un ouvrage de type pratique, un guide-conseil sur les conséquences de nos actes et la meilleure façon de prendre des décisions dont les effets ne seront parfois visibles que plusieurs décennies après.

A l’origine de cet écrit, une mésaventure personnelle de l’auteur qui a subi, lors d’un courrier émis dans son cadre professionnel, un détournement de son action d’origine. Ainsi, Christian Thuderoz a cherché à classifier les quelques chaînes causales, souvent bien huilées, que les individus sont contraints de suivre n’ayant pas la possibilité d’étudier tous les scénarios imaginables.

Le plus courant et le plus explicite reste sans doute celui de l’agrégation collective des décisions individuelles (en somme, tout le monde prend la même décision).

Le géographe est interpellé au travers de la question des mobilités dès les deux premiers chapitres : prendre le bus un jour de pluie et risquer d’arriver au travail, certes propre, mais en retard – ou suivre les conseils de Bison Futé et participer ainsi à l’embouteillage.

Sur les questions environnementales, le fait de protéger, surprotéger telle espèce animale peut voir la chaîne alimentaire se modifier et ainsi rompre des équilibres déjà fragiles.

De manière plus générale, ces effets de groupe interrogent les comportements d’engagement ou d’évitement lors de prises de décisions à enjeux : se taire collectivement ou oser parler seul ? Le nombre (souvent non confronté) ne faisant pas la raison, autant prendre la parole et défendre son point de vue. En fait, la prise en compte de probabilités peu probables est souvent affaiblie lorsque plusieurs personnes doivent prendre la décision.

Avec un humour qui rend la lecture plaisante, l’ouvrage présente l’intérêt de bien expliquer les grands concepts mobilisés. Toutefois, l’utilisation de tirets, de la mise en gras, voire de schémas aurait aidé à la compréhension plus fine de ces relations causales d’autant que certains chapitres comportent trop d’exemples. S’il s’essouffle un peu sur la fin avec quelques situations un peu téléphonées (mais nous bouscule lors de l’épilogue !), ce petit guide remplit bien sa mission : il laisse quelques questions sans réponse mais nous éclaire utilement sur la façon de penser notre action dans notre vaste monde à la complexité croissante.