Pour qui l’a visitée, on est frappé, comme l’auteur, par l’alliance d’immeubles anciens et d’autres d’une incroyable modernité. C’est l’occasion d’en savoir davantage sur une ville à la fois capitale d’un royaume, mais qui rayonne également à l’échelle mondiale.
Quelques cartes agrémentent l’ensemble. Une date, véritable charnière, est à retenir dans l’histoire de la ville : celle du grand incendie de 1666 car, entre le 2 et 5 septembre 1666, une grande partie de Londres partit en fumée. L’auteur retrace brièvement en introduction la période qui mène des Romains jusqu’à l’époque médiévale, puis il déroule la chronologie jusqu’à aujourd’hui.
Rémy Bethmont, maître de conférence à Amiens, enseigne la civilisation britannique. Spécialiste de l’histoire religieuse anglaise, il a publié récemment un livre sur l’anglicanisme. Il offre ici un nouvel ouvrage consacré cette fois à la ville de Londres. En sept chapitres, et environ 250 pages, il nous raconte l’histoire d’une ville singulière à plus d’un titre.

 

Londres : un puzzle institutionnel

Elle est d’abord particulière, car elle échappe à toute définition géographique simple. Il y a eu de tout temps une difficulté à définir Londres. La ville n’est qu’un assemblage de paroisses et districts autonomes. Londres possède bien des particularités. L’auteur les recense et en parsème son ouvrage selon les époques. Parmi les plus notoires, on peut déjà relever l’existence de deux maires. L’auteur explique cette étrangeté en rappelant la date de 1215, c’est-à-dire à un moment où le pouvoir royal est particulièrement faible. Au niveau politique toujours, le roi et le gouvernement résident à Westminster. En 1855 encore, c’est-à-dire au moment de la première réforme du gouvernement de la capitale, « on ne compte pas moins de 86 paroisses et districts en dehors du territoire de la Cité qui sont administrés en toute indépendance les uns des autres ».
Enfin au niveau religieux, Londres n’est pas non plus siège archiépiscopal, ne possède pas d’université. Si la ville possède en revanche un point fort et depuis très longtemps, c’est le commerce. Jusqu’au 19e siècle, la couronne est absente de la planification des nouveaux quartiers.

Londres au fil du temps

Elle fut donc dès le Moyen Age la ville des échanges. Rappelons que Londres compte 80 000 habitants en 1300. Elle a de bonnes infrastructures et elle utilise l’héritage romain en terme de voies de communication. Cela s’explique aussi par l’action de la Couronne qui donna un certain nombre de privilèges à des marchands étrangers. C’est notamment des liens avec la bien connue Hanse. L’auteur rappelle également l’importance du commerce de la laine. Rémy Bethmont retrace ensuite la ville à l’époque médiévale et insiste particulièrement sur les rapports de pouvoir qui se tissent alors. Il insiste sur la mise en place d’un gouvernement que l’on peut qualifier à la fois d’oligarchique et d’efficace. Mais Londres, c’est aussi la ville de la réforme : à cet égard, il faut mentionner le rôle essentiel des lollards. Leur programme qui consistait en un retour à l’Ecriture comme seule source de foi préfigure la Réforme. Un autre grand bouleversement de l’époque dans la capitale est le transfert de la plupart des terres et propriétés ecclésiastiques à des laïcs. C’est l’époque de la dissolution des monastères et cela a des conséquences sur le plan social. A l’aube du 18e siècle, Londres a atteint la taille de Paris avec 500 000 habitants. Véritable cœur du royaume, la ville fait office de centre de formation professionnelle.
Londres au centre d’un réseau national de communications qui se perfectionne : en 1681 Londres est reliée à 88 villes, en 1705 à 180.

Londres, ville-monde XIXe-XXe siècles

Le livre peut être utile dans le cadre du nouveau programme de 4ème lorsque l’on aborde l’Europe dans le monde au début du 18e. L’exemple londonien est souvent traité tant la ville symbolise alors cette mondialisation. C’est l’époque du gigantisme métropolitain avec un urbanisme dominé par l’économie de marché. La ville passe de 900 000 habitants en 1801 à 4,5 millions en 1881 et 7 millions en 1911 !
Elle ne cesse de grandir, et c’est d’autant plus remarquable que la révolution industrielle s’est d’abord jouée dans le nord du pays. Notons qu’à l’époque la multiplicité des compagnies ferroviaires est responsable de l’apparition d’une multitude de gares dans le centre ville. L’auteur rappelle évidemment l’apparition du métro en 1863 et en 6 mois, il transporte plus de 4 800 000 voyageurs sur sa ligne unique !

Le Londres contemporain

Rémy Bethmont retrace un autre épisode bien connu : celui de Londres sous les bombes durant la seconde guerre mondiale. Il souligne d’ailleurs que c’est l’initiative populaire qui transforma le métro en abri. Au lendemain du conflit, on assiste à la naissance de villes nouvelles censées décongestionner la croissance de Londres. Sur des aspects plus récents, il revient également sur la transformation des docklands : le tour d’horizon est ici rapide. On apprend aussi un épisode pour le moins curieux qui se solda par le fait que de 1986 à 1999, à la suite d’un acte autoritaire de Margareth Thatcher, Londres n’eut aucune institution métropolitaine autonome. L’ouvrage est en revanche assez rapide sur les transformations récentes de la ville.

Finalement, cet ouvrage de Rémy Bethmont se lit très agréablement et permet de découvrir une réalité londonienne où se mêlent habilement les aspects historiques, sociologiques de manière très fluide. A l’heure où la capitale anglaise est devenue, et sera encore plus une destination sous le feu des projecteurs, voici une façon intelligente d’en savoir davantage sur elle.

© Jean-Pierre Costille