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In pop we trust too

Marianne Chaillan

Equateurs, 2020, 254 pages, 19 euros

In pop we trust too

Il est des moments où les choses basculent sans que nous puissions dans un premier temps réellement en prendre conscience. Le temps est-il notre ennemi ou notre allié ?  Telle est l’une des questions posées par Marianne Chaillan par l’entremise d’Harry Potter, dans son nouveau livre, « In pop we trust ».

Alors que vos yeux s’attardent sur ces quelques mots, il ne vous aura pas échappé que mon accroche laissait entrevoir un moment de bascule. Toulon, salon du livre, le 16 novembre 2019… Marianne Chaillan, après une superbe table ronde consacrée à Game of Thrones au cours de laquelle elle avait pu titiller de ses questions gourmandes William Simpson, célèbre storyboarder de l’adaptation télévisuelle de l’œuvre George R. R. Martin, prit le temps de la dédicace pour présenter sa dernière œuvre, « Game of Thrones, une fin sombre et pleine de terreur ».

 

Lors de cet échange savoureux, je découvrais, avec une forme d’excitation qui s’était rapidement mue en quasi extase, que William Simpson était un fan absolu du héros de Robert E. Howard, Conan le Barbare. Passés ces moments délicieux, je poursuivais mon cheminement extatique en constatant que Marianne Chaillan, professeur de philosophie, était une femme qui partageait en tous points la vision pédagogique que nous essayons de développer à travers Clio-Geek. Utiliser la pop culture comme une porte d’entrée permettant à nos élèves et aux esprits curieux de comprendre le monde, tout du moins d’essayer, en se divertissant, sans renier pour autant la nécessaire réflexion. Décidément, cette journée était une belle journée, une merveilleuse journée !

 

pour voir l’extrait vidéo se reporter à l’article sur le  site Les Clionautes

 

Bien entendu, traversant la foule, je me suis transformé en fanboy pour avoir ma double dédicace ; un dessin de William Simpson sur le storyboard de Game of Thrones de Conan le barbare (il a clairement douté une fraction de seconde de ma santé mentale sur le coup, mais cette demande lui a semble-t-il beaucoup plu et s’est exécuté dans un grand éclat de rire) et un petit mot de Marianne Chaillan sur son livre, que je me suis empressé de dévorer les jours suivants. Nous avons pu échanger quelques mots, j’en garde un excellent souvenir. Marianne Chaillan est abordable et totalement passionnée.

À l’époque, qui semble aujourd’hui si lointaine tant le monde semble avoir changé (il faut bien justifier ma bascule non ?), nous n’avions pas conscience de ce qui nous guettait. Le temps est-il notre ennemi notre allié ? La crise actuelle apportera ses réponses, mais en cette fin du mois de novembre 2019, le temps n’était qu’une torpeur diffuse et nous ne nous doutions pas encore que si l’hiver pointait le bout de son nez, c’est surtout un sacré virus qui allait bouleverser nos vies.

Que nous reste-t-il pour passer ces moments, ces épreuves ? Notre cohésion, nos familles, c’est une certitude. Mais aussi la culture, pourtant si malmenée en ces temps masqués. Comme le rappelle la philosophe, notre cher ministre s’était écrié à la fin du printemps dernier : « plutôt Phèdre que Netflix ![1] ». En effet, le confinement semblait nous condamner aux écrans et à leur capacité navrante de lobotomisation, si l’on suit les analyses des brillants intellectuels capables de fendre la culture entre celle, établie, supérieure, et la lie de la réflexion humaine, faite d’histoires d’hommes bondissants, de fées, de nains, d’improbables attaques extraterrestres, ou de robots braquant des motards pour s’emparer de leur blouson et de leur Harley-Davidson. Et bien entendu il semble évident à tout le monde que regarder des écrans ne permet point de lire.

Nous sommes ici au cœur de la trame de ce livre qui se dévore d’une traite mais pour qui il peut-être toujours utile de revenir, en fin de journée, pour se vider l’esprit des dernières vicissitudes de notre monde pressé, incapable, trop souvent, de prendre la nécessaire mesure du temps. La démonstration de Marianne Chaillan repose sur une méthode extrêmement efficace. Partir d’une œuvre de la pop culture, attention néanmoins il y a quelques spoils, pour en décliner une lecture philosophique basée sur des auteurs reconnus. Pour être tout à fait franc, je ne puis cacher ma jubilation de passer des citations de « Matrix, Welcome to the real world, Neo », à l’analyse de la pensée de Platon et de Descartes. Je concède cependant volontiers une faiblesse, un moment où Vecna semble m’avoir enfermé dans un de ses sortilèges dont il a le secret : je n’ai jamais pris le moindre plaisir à regarder un épisode de Friends. Franchement, je ne comprends même pas le succès de cette série. Mais je suis aussi un Geek, donc je suis ouvert et je dois dire que l’analyse qu’en a faite Marianne Chaillan m’a presque convaincu qu’il avait quelque chose à en tirer. C’est sans doute ce qui nous rapproche ; nous sommes des geeks et, par définition autant que par nécessité, nous sommes capables de percevoir ce qu’il y a derrière le miroir déformé de la réalité. Car c’est là toute la force de cette approche consistant à partir de la pop culture pour nourrir des réflexions pédagogiques, philosophiques, historiques ou géopolitiques.

Dans son introduction qui s’apparente à un manifeste, l’auteure s’adresse directement au lecteur. Elle décline toutes les raisons pour lesquelles elle croit, avec une profonde sincérité et une force de conviction sans faille, dans la capacité de la pop culture de nous guider à sa façon sur le chemin du savoir. Ce dernier embrasse autant celui de la vie que celui de la pédagogie. Dans ce sens nous ne pouvions, dans le cadre de Clio geek, passer à côté d’un hommage pour ce travail. Oui nous pensons aussi que la pop-culture peut être une porte d’entrée vers d’autres pans de réflexion. Oui, regarder des séries, jouer à des jeux vidéos, passer du temps sur des mangas n’est absolument pas incompatible avec la lecture d’œuvres plus reconnues. La culture est un tout.

 

In Pop we trust too !

Concernant nos précieux cours d’histoire, de géographie ou de géopolitique, ce livre ne permet pas de nourrir nécessairement nos magnifiques programmes scolaires. Pourtant, par moments, le lecteur attentif pourrait trouver des pistes de réflexion, notamment dans nos enseignements de spécialité. La 4e partie par exemple « Puisse le sort vous être favorable ! », s’intègre parfaitement dans les cours de géopolitique autour de la notion de démocratie, de la place de l’État, de la notion de puissance. Comment résister au charme de Cersei Lannister ? Comment ne pas méditer la République divine de Gilead en suivant, dans les pas de Marianne Chaillan, ceux de Kant. La notion de temps, si chère à nos études, vue par le prisme livide de Voldemort, la foi titillée par Indiana Jones, la course à la science méditée par les raptors sont autant de moments délicieux qui permettent de découvrir ou redécouvrir ici Descartes, là Hans Jonas, ici Freud. Des auteurs assurément majeurs, mais quel intérêt pour un cours d’histoire géographie me demanderez-vous ? Est-il si important de trouver une utilité immédiate dans ce que nous lisons, une utilité strictement liée à nos activités professionnelles ? Tout livre est une porte vers un monde précieux, celui de notre imaginaire. Même si la lecture ne sert pas nos cours, elle sert notre esprit, ouvre nos portes, avec l’espoir que ces dernières soient positives et ne déchaînent pas la colère de Shijima de la Vierge. Lire Marianne Challian est dans ce sens la meilleure des protections.

Jason Dittmer et Daniel Bos ont exploré dans Popular culture, geopolitics and identity (Rowman & Littlefield Publishers, Inc., New York, 2010) les arcanes de nos représentations du monde. Ici c’est par le biais de Matrix que la philosophe explore nos filtres culturels. Bien avant ce fut Karl Marx. Le point commun entre ces trois approches est que l’on ne peut se passer de l’analyse de nos représentations culturelles, ce qui inclut toutes les formes de culture y compris celles qui sont les moins considérés, si l’on veut véritablement comprendre nos sociétés. Alors oui, Clio-Geek s’associe à ce cri de ralliement. Oui, Jurassic Park, Dragon Ball, Terminator, les jeux vidéo ou les bandes dessinées sont autant de médium, de grille de lecture de notre monde. Oui, il faut lire ce livre jubilatoire pour poursuivre la lutte et espérer voir les geeks triompher.

Sinon que nous restera-t-il ? Une pilule rouge ? Crom ? Ne comptez pas sur lui, il se moque de nous du haut de sa montagne, sous le regard amusé du vent.

pour voir l’extrait vidéo se reporter à l’article sur le  site Les Clionautes

 

Marianne Chaillan, soyez assurée que Clio-Geek se tiendra toujours à vos côtés pour défendre nos valeurs communes. Les geeks vaincront.

 

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[1] https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/video-anne-elisabeth-lemoine-sinquiete-pour-le-bac-de-son-fils-jean-michel-blanquer-lui-repond_448196

 

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