Depuis les cartes babyloniennes jusqu’aux atlas de la fin du XVIème siècle, la Fabrique de l’océan Indien s’intéresse à la pluralité des représentations de cet espace maritime dans l’histoire de la cartographie.

Cartes d’Orient et d’Occident (Antiquité – XVIe siècle)

Au centre des échanges mondiaux au Moyen-Age avant d’être marginalisé pendant plusieurs siècles, l’océan Indien est désormais au centre de nombreuses convoitises (exploitation des ressources, contrôle des lieux stratégiques).

Cet ouvrage composé de 12 chapitres est dirigé par Emmanuelle Vagnon et Éric Vallet.
Emmanuelle Vagnon est chargée de recherche au CNRS, dans le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris. Elle est spécialiste de la cartographie en Europe occidentale, du Moyen Âge à l’époque moderne. Éric Vallet est Maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il enseigne l’histoire de l’Islam médiéval. Il est l’auteur de « l’Arabie marchande. État et commerce sous les sultans rasûlides du Yemen – 626-858/1229-1454 » (Publications de la Sorbonne, 2010).

S’inscrivant sur la longue durée, l’objectif est de présenter l’évolution des perceptions, des figurations et des dénominations de ce « merritoire » (Camille Parrain) depuis l’Antiquité jusqu’au XVIème siècle. La BNF apporte son soutien à l’ouvrage en matière d’illustrations. Ces dernières sont notamment l’un des grands points forts de cette somme : colorisées et de grandes tailles, la recherche de détails est aisée grâce à ce support de qualité. Par exemple, la carte du IXème siècle du moine Ranulf Higden nommée Polychronicon (page 52) est habilement présentée par une reproduction de grande taille soutenue par un schéma explicatif. A travers cet exemple transparaît le souci des auteurs de proposer une ouvrage didactique et exigeant.

L’océan Indien est principalement connu par les voyages des « grandes découvertes » puis de l’expansion coloniale (XVI-XXème siècles). Le postulat de départ est donc de décentrer le regard à partir des représentations cartographiques : l’Afrique Orientale, l’Arabie, la Perse, l’Inde. Les traditions cartographiques grecques, chinoises, arabes et latines mais également syriaques, omanaises et coréennes témoignent des influences à la fois occidentales et orientales. Un véritable syncrétisme est mis en oeuvre.

Les Perses sont à l’origine des fondements de l’identité de l’océan Indien durant l’Antiquité. Les Grecs, notamment par le biais d’Alexandre prolongent l’héritage des représentations spatiales achéménides. L’Inde est écrasée alors que la Taprobane (Sri Lanka) est surdimensionnée (pour des raisons économiques puisque l’île est riche en poivre).

A la fois outils de navigation, oeuvres d’arts et secrets stratégiques, les cartes de l’ouvrage mettent en avant un véritable patrimoine cartographique. Il s’agit alors de concevoir des représentations plus ou moins fidèles des espaces d’intenses circulations économiques, culturelles, et religieuses. Les Portugais, Néerlandais, Français s’insèrent aux XVI-XVIIème siècles dans des réseaux d’échanges anciens (indiens, omanais, javanais).

L’ouvrage se conclue par la mention d’une chronologie de l’histoire mondiale (pages 315 à 319), une bibliographie plurilingue et un index des localisations et des auteurs.

Un très beau livre incitant aux voyages temporels et spatiaux à posséder dans sa bibliothèque.

Pour aller plus loin :

Antoine BARONNET @ Clionautes