Select Page

Martine Candelier-Cabon et Solène Gaudin ( sous la direction de)

La France des marges

Presses Universitaires de Rennes, Collection « Didact Géographie », 2017, 312 p., 22 €.

À travers douze entrées thématiques et des éclairages ciblés, ce manuel explore les logiques de la fabrique des marges. Il s’adresse en premier lieu aux étudiants et futurs enseignants préparant la question aux concours du CAPES et aux agrégations de Géographie et d’Histoire. Il s’agit ainsi de présenter un cadrage général du sujet, d’en définir les principaux concepts et enjeux d’analyse, ainsi que de présenter des études de cas mobilisables dans le cadre de la préparation.
Sous la direction de deux géographes et universitaires de l’Université Rennes 2, connues et reconnues pour leurs nombreuses qualités tant professionnelles qu’humainesMartine Candelier Cabon, professeure agrégée de Géographie à l’Université Rennes 2, elle dirige avec une rigueur et un investissement de tout instant le master MEEF et la préparation à l’agrégation de Géographie. Chercheuse associée à EHGO / UMR CNRS Géographie-cités Paris I-VIII, ses travaux portent sur l’image de la ville et les conséquences des dynamiques métropolitaines à l’œuvre face aux nouvelles mobilités et pratiques spatiales, mais ses recherches touchent aussi à la géographie et littérature, et à l’épistémologie et l’histoire de la Géographie. Elle a été également à plusieurs reprises membre du jury aux concours du CAPES et de l’agrégation d’Histoire. Solène Gaudin, professeur agrégée de Géographie, est maître de conférences à l’Université Rennes 2. Ses recherches portent sur les politiques d’aménagement et de renouvellement urbain en questionnant les processus de déprise et de revitalisation des villes européennes. Elle a également été membre du jury des agrégations d’Histoire et de Géographie. les PUR dont la réputation et le sérieux ne sont plus à démontrer, nous offrent ici un manuel écrit à 17 mains de spécialistes, sur la France des marges qu’il semble indispensable de posséder et de (re)lire !

L’ouvrage qui intéressera tout particulièrement les enseignant.e.s d’histoire-géographie et les candidat.e.s aux concours des agrégations et du capes questionne, sous des approches tant théoriques que concrètes, l’épineuse thématique de la marginalité et des marges tant sociales que spatiales en France. Un tel sujet invite : « à une réflexion sur le sens même de la marge et de la marginalité, soit à une géographie des rapports de pouvoir et de domination mais aussi d’émancipation »Candelier-Cabon M. et Gaudin S. (dir.), La France des marges, Presses Universitaires de Rennes, Collection « Didact Géographie», 2017, p. 9.

Ce recueil est très structuré, clair et dense (des bibliographies complètent chacune des interventions pour le lecteur ou la lectrice désireux de poursuivre la réflexion). Il est découpé en quatre grandes parties (chacune introduite par une brève synthèse) et est alimenté par une iconographie importante (des photographies, des cartes, des schémas…). Cela rend la lecture plaisante et aisée. A cela s’ajoute enfin, une série de 15 cartes en couleur difficilement réalisables dans une copie, mais très lisibles du coup.

Angle épistémologique et postures méthodologiques et théoriques

Dans un premier chapitre, Raymonde SÉCHET et Djemila ZENEIDI s’intéressent à la progressive émergence des marges dans le discours scientifique et notamment au sein de la géographe sociale à travers les processus de séparation et de mise à l’écart des groupes et des individus. Le postulat de base est la « consubstantialité des sociétés et des espaces, [en s’appuyant sur] une conception constructiviste de la marge »Ibid., p. 45. A travers un bref retour dans le temps (histoire du rapport de la géographie à la marge sociale) et de l’appréciation, du questionnement, de la dimension des marges et de la marginalité dans la géographie sociale, les auteurs démontrent que la marginalité sociale est le fruit ou la conséquence de « constructions sociopolitiques et culturelles »Ibid., p.45. Comme suggérée dans la lettre de cadrage des jurys des concours en 2017http://cache.media.education.gouv.fr/file/capes_externe/52/5/p2017_capes_ext_histoire_geo_556525.pdf les auteurs concluent sur le fait que l’étude des marges sociales est fondamentalement inséparable de celle des marges spatiales.

Dans le second chapitre, Pierre BERGEL se lance dans une géohistoire de la question et tente de définir et de replacer la (les) marge(s) dans la construction nationale et politique du territoire français depuis la Révolution française et la création des départements (où la marge était considérée comme un danger contre-révolutionnaire) en croisant les échelles spatiales et temporelles. Il invite ainsi à considérer la marge comme « un fait sociopolitique à l’intérieur duquel se négocie la relation entre marginalité et normalité »Ibid., p.53. Entre espaces à intégrer, à valoriser ou à reléguer, la marge est donc une catégorie ambigüe et fluctuante dans le temps et dans l’espace.

Le troisième chapitre analyse les indicateurs socioéconomiques utilisés pour définir, catégoriser la (les) marge(s). Quelles données, quels indicateurs pour étudier des situations de marge réelles ou supposées ? Didier Desponds questionne la pertinence de ces outils statistiques en déconstruisant les discours et les logiques qui sous-tendent l’action publique et les politiques d’intervention, en direction des espaces de relégation.

Dépasser la dichotomie traditionnelle espace urbain/espace rural

Dans un quatrième chapitre, Hervé VIEILLARD-BARON explore sa spécialité : la question des banlieues et des périphéries en se demandant si celles-ci constituent « des « marges » urbaines délaissées abritant les ménages les plus pauvres »Ibid., p.107. On entre ici dans la définition même de la « marge » urbaine, délicate car floue, et mobilisant des champs variés de la discipline : géographie sociale, politique, économique… mais surtout la géographie des représentations (la marge est porteuses d’images multiples et le plus souvent négatives). Après avoir questionné de manière critique la terminologie des banlieues, l’auteur montre que la « banlieue » est un espace non homogène. Les banlieues constituent ainsi des mosaïques de situations sociales et spatiales aux réalités multiples : les marges « expriment la fragmentation urbaine et ne se prêtent en aucune façon à des généralisations rapides »Ibid., p. 125.

Dans le cinquième chapitre, Lionel ROUGÉ questionne les relations entre les notions de marge et de périurbain. Si ces dernières sont complémentaires de celle de périphérie, la réalité est plus complexe. Le périurbain reste un : « espace stigmatisé, perçu de manière uniforme et univoque »Ibid., p.140. Ces espaces périurbains sont particulièrement intéressants car ce sont réellement des marges dans la mesure où ils questionnent la « norme » urbaine avec des dynamiques spatiales et sociales originales et riches. Celles-ci permettent de questionner la notion de marge et de dépasser le modèle radioconcentrique « centre-périphérie ».

Dans le sixième chapitre, Benoît BUNNIKhttp://geobunnik.over-blog.fr/ s’intéresse aux territoires ruraux. Catégorie construite en opposition à la ville et porteuse de représentations et parfois de clichés à dépasser, l’espace rural est un espace en recomposition et marqué par une grande diversité, de multiples dynamiques internes et externes, des pratiques originales et parfois marginales… L’auteur se demande si l’un des points communs de ces marges rurales ne serait pas qu’elles constituent une « nouvelle frontière (au sens de front pionnier) »Ibid., p.146. Ainsi si des espaces ruraux sont bien marqués par une déprise, les marges rurales peuvent être des laboratoires où se construisent de nouveaux « modèles » (des « contre(s) modèle(s) ? au modèle urbain dominant »Ibid., p.171) comme sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Reconsidérer les marges ou le retournement de l’espace : les dynamiques de la marge

Le septième chapitre rédigé par Kévin SUTTON explore les relations complexes et ambigües entre les marges, les marginalités et les mobilités. A partir des notions clés d’accessibilité, de mise à distance, d’enclavement, de capital de mobilité, d’inclusion et d’insertions spatiales l’auteur analyse les pratiques de déplacement, pratiques qui questionnent les seuils de marginalitéVoire pour aller plus loin, l’intervention de l’auteur lors de la journée sur la question organisée par l’AGF le 21 janvier 2017. Résumé disponible à cette adresse : http://www.cnfg.fr/images/stories/agf/2017/AGF-France-des-marges-NOTES.pdf Le « propre de la marge est [ainsi] d’être au cœur des dispositifs centraux [… et] la mobilité est un puissant ressort d’expérimentation des inégalités par le fait d’une confrontation amplifiée à l’altérité »Ibid., p.193 .

L’introduction des NTIC (puissant vecteur d’intégration et outil majeur pour la construction de la compétitivité des entreprises) et la place paradoxale du numérique dans des espaces marginaux, étudiées par Philippe Vidal (chapitre 8), permettent de rebattre les cartes des marginalités « confortant des situations anciennement établies tout en renouvelant le champ des possibles pour les territoires et les individus en retrait des courants dominants »Ibid., p.197. Le numérique participe tout autant à fabriquer de nouvelles marges sociales et spatiales (ex : les zones « blanches ») mais aussi à en effacer ou en réduire d’autres (télétravail, e-commerce…).

Dans le chapitre neuf, Grégory HAMEZ et Frédérique MOREL-DORIDAT s’intéressent aux espaces frontaliers, souvent « considérés comme étant ‘’à la marge’’, du fait de leur situation à l’extrémité du pays »Ibid., p.217, représentation que l’on retrouve notamment dans les politiques publiques (ex : programme Interreg). Pour autant, la frontière génère des dynamiques spécifiques, des effets « ambivalents et changeants, à différentes échelles spatiales et temporelles » . La situation de marginalité des frontières est donc à relativiser, nuancer en fonction des espaces. Lieux de marginalité(s) (antimonde : trafics, contrebande, prostitution…) ou de centralité, les cas de figure sont divers. Certains espaces frontaliers peuvent donc bien être considérés comme « à la marge » mais d’autres sont très intégrés et profitent des effets de la transfrontalité pour gagner en centralité(s). Enfin, selon l’échelle envisagée, les seuils de marginalité changent.

Espaces de marge, espaces en marge : un panorama des configurations socio-emblématiques

Le chapitre dix, rédigé par Guy BAUDELLE, s’intéresse aux friches industrielles qui constituent « par définition et par essence »Ibid., p.233, une marge. Une friche industrielle est « un terrain anciennement industriel, bâti ou non, à ce point dégradé qu’aucun nouvel usage n’est envisageable sans remise en état notable (Montauffier et EPF, 2005) »Ibid., p.233. L’auteur, cherche dans ce texte à comprendre comment « la friche industrielle constitue un espace de marge [puis à] distinguer deux types de friches industrielles en fonction des modalités de sortie éventuelle de leur statut de marge : les grandes friches périphériques d’une part, les petites friches péricentrales d’autre part »Ibid., p.234. C’est à travers notamment l’exemple du Nord-Pas-De-Calais (terrain de recherche de prédilection du géographe) qui illustre une multiplicité de cas et de réponses d’acteurs pour éviter ou sortir du phénomène de marginalisation, que l’auteur nous emmène. Deux grands types de friches industrielles se dégagent selon leur degré de marginalité.

Dans le chapitre suivant (chapitre 11), Jean-Christophe Gay nous fait (re)découvrir les marges ultramarines françaises. Les territoires d’outre-mer, entre marginalisation, assimilation, autodétermination et bien que présentant des caractéristiques communes (comme l’éloignement à la métropole, l’enclavement, l’éparpillement et l’émiettement), ne sont des territoires homogènes et ces caractéristiques évoquées « ne vouent pas pour autant l’ensemble de la FOM à un statut de marge »Ibid., p.267.

Dans le douzième et dernier chapitre de ce manuel, Johan Oswald et Loïc Rivault s’attachent à étudier les marges environnementales (et plus généralement la question de la place de la nature) et leurs dynamiques à partir d’exemples variés (parcs nationaux du Mercantour et de Guyane, communes de Châteaugiron et de Rothéneuf). A travers la mobilisation des concepts de « sur » et « dé »-marginalisation, ils étudient des processus de marginalisation originaux visant à la préservation et la protection environnementale (pour les parcs), ou à intégrer des espaces naturels dans la production urbaine (pour les communes périurbaines par exemple).

En somme, ce manuel très complexe et très pointu épistémologiquement, présente un intérêt certain. Présentant la France des marges sous les angles suggérés par la lettre de cadrage des jury des concours, il comblera ainsi les aspirant.e.s à ces derniers, mais également tout.e enseignant.e un tant soit peu curieux sur cette question passionnante !

Olivier Milhaud.

La France des marges.

La Documentation française, N°8116, mars-avril 2017. 64 p.

Inscrire aux concours de l’enseignement la question des marges peut sembler paradoxal au regard des programmes scolaires puisque l’expression n’y est pas employée. « Plus fondamentalement, se demander avec des élèves jusqu’où la République est intégratrice pour son territoire et ses populations n’est pas simple » (p. 16).

Allant à l’encontre des représentations d’une géographie qui « légitiment, naturalisent, dépolitisent l’ordre social/spatial établi » (Y. Lacoste, 1976), la thématique des marges ne se résume pas à un rapport binaire entre ce qui est intégré et ce qui ne l’est pas. C’est pourquoi Olivier Milhaud, MCF à Paris-Sorbonne, propose d’aborder cette question par le biais d’une typologie et de poser en permanence la question des marges. C’est le grand mérite de ce nouvel opus édité par la Documentation française et ce questionnement permanent sur ce qui fait ou non la marge rend stimulante la lecture d’un ouvrage, qui, au premier abord, peut sembler manquer d’unité.

« Parler de la France des marges, n’est-ce pas nécessairement mêler des réalités qui n’ont rien à voir les unes avec les autres ? » (p. 3). Si la marginalité renvoie à ce / à ceux qui ne fait/font pas partie du système, elle implique également des espaces et des populations pouvant se trouver au centre (la présence des SDF dans les hyper-centres des villes), dans des espaces stratégiques et attractifs (la Guyane, mais également les espaces périurbains). La marginalité peut également être un atout à protéger (telle la zone cœur des parcs nationaux). Elle peut être aussi un choix revendiqué (Le Hameau des Buis, village colibris dans l’Ardèche). Pour cela, les exemples foisonnent dans cet ouvrage pour rendre compte du paradoxe des marges. Ces espaces délaissés peuvent être l’objet de multiples efforts publics pour les désenclaver, rénover, réinsérer. Et dans ce cas, « peut-on toujours parler de marge et de marginalité ? » (p. 60). À travers le cas de Lyon-Confluence, est analysée la manière dont une marge peut devenir un centre. Ainsi aucune marge ne l’est de façon durable comme la centralité d’un lieu n’est pas acquise de façon définitive. « Penser la géographie de la France depuis ses angles morts, c’est, en somme, faire une géographie plus humaine et plus complète. » (p. 16).

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

Etienne Grésillon, Frédéric Alexandre, Bertrand Sajaloli

La France des marges

Armand Colin. Collection Horizon. 2016. 448 pages. 25 €.

Auteurs :

Etienne Grésillon est maître de conférences à l’Université Paris-Diderot, participe à la préparation aux concours et à la formation des enseignants. Responsable de l’Approche transversale du Ladyss (UMR 7533).
Frédéric Alexandre est professeur à l’Université Paris 13, participe depuis une vingtaine d’années à la préparation aux concours et à la formation des enseignants. Directeur du laboratoire pluridisciplinaire Pléiade (EA 7338), il a créé et animé l’axe de recherche Territoires, limites, marges.
Bertrand Sajaloli ancien membre du jury du CAPES d’Histoire-Géographie, est maître de conférences à l’université d’Orléans et participe à la préparation aux concours. Responsable de l’axe Solidarités et territoires au sein du CEDETE (EA 1210).
Ces trois auteurs ont dirigé l’ouvrage. Au total, cinquante auteurs y ont participé.

Pour les collègues – ou futurs collègues – intéressés par la question au concours du CAPES et des agrégations, commençons par rappeler la page de ressources consacrée au sujet par nos amis de Géoconfluences, sous la plume de Laurent Carroué et Marie-Christine Doceul, qu’il ne sera, j’imagine, point besoin de présenter :

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/programmes/concours/la-france-des-marges-quelques-grands-axes-thematiques

*

On connaissait les 7 mercenaires, les 12 apôtres du Christ, la tyrannie des 30… Il aura fallu pas moins de 50 auteurs pour venir à bout de la France des marges. Premier motif de satisfaction : on n’est pas allé jusqu’aux 300 Spartiates ! Mais on ne se serait point douté qu’il y eût pu y avoir autant de monde intéressé à la France des marges, un sujet manifestement moins marginal que son objet.

Aussi peut-on légitimement être inquiet quant à l’unité de l’ouvrage. Est-ce que 50 spécialistes, qui vont écrire 50 synthèses sur leur domaine de recherche particulier, font un manuel de préparation aux concours ? Ne va-t-on pas vers une étude pointilliste ? Comment les candidats pourront-ils acquérir la hauteur de vue nécessaire à la maîtrise d’une question de concours ? Ce doute n’a cessé de nous accompagner au long des presque 450 pages d’un ouvrage… qui s’est avéré passionnant.

*

Pourtant, l’introduction ne lève pas ce voile d’inquiétude. Les directeurs de l’ouvrage resituent certes très justement la question de la France des marges dans un débat public, marqué par « la montée des incertitudes sur le modèle républicain d’intégration des territoires et d’adaptation aux exigences de la mondialisation ». On voit bien à quel point la géographie touche à tous les aspects de notre existence, personnelle comme citoyenne. Et combien cette question invite à discuter « ce qui fait le territoire national aujourd’hui ». Mais l’ouvrage se veut empreint d’un « parti pris » de « lucidité » « face aux discours simplificateurs et déclinistes qui imprègnent et obscurcissent aujourd’hui le débat public ». Notons d’abord le bel exemple de langue de bois autojustificatrice qu’on ne se serait attendu à trouver sous la plume d’éminents universitaires. L’inquiétude point quand on voit d’autorité exclu du champ de l’analyse et privé d’expression un certain type de discours auquel est reproché leur caractère non « lucide ».

Cet anathème parait d’autant plus curieux que les directeurs de l’ouvrage insistent judicieusement, à la suite de Laurent Carroué, sur la « polysémie » du terme de « marges ». Une bonne définition de la « marge » repose sur « la non-conformité d’un territoire avec les caractéristiques de l’entité géographique dans laquelle il s’insère ». Voilà donc un domaine d’étude a priori passionnant. Ce que le fond de l’ouvrage va heureusement démontrer.

*

Il est illusoire de prétendre, en quelques lignes, résumer ou même évoquer la richesse des quelque 450 pages et 27 chapitres de l’ouvrage. En bons géographes, les auteurs ont divisé l’étude en deux parties : la première traite des processus de marginalisation à l’échelle nationale, la seconde aux échelles régionale et locale.

Nous redonnons ci-après la quatrième de couverture, en insérant les titres de chaque chapitre, afin que chacun puisse se rendre compte des thématiques abordées.

« Être en marge, avoir de la marge, prendre une marge… la sémantique des marges reflète d’emblée l’ambivalence du terme : liberté, bénéfice, possibilité d’un côté, éloignement des forces vives, voire relégation de l’autre. Appliqué à l’espace français, le terme conduit à décentrer le regard porté sur le territoire national et à penser une France des angles morts et des interstices, une France des minorités, moins intégrée et moins accessible, moins visible et peu connue. Une France insaisissable aussi, la notion de marge étant toujours relative tant sur le plan spatial que socioculturel et posant donc vivement des questions d’échelle, de regard, de méthode et de définition.
La première partie de cette France des marges est ainsi consacrée aux processus de marginalisation en distinguant ce qui est lié à l’espace (éloignement, enclavement…) et ce qui s’apparente à l’exclusion culturelle et sociale (populations démunies, migrants, communautés alternatives…). »

Thèmes abordés :

Partie 1 : À l’échelle nationale. Les processus de marginalisation.
Sous-partie 1 : La marge comme un processus spatial.

1. Les marges et le récit national autour de l’espace français.
2. Les marges françaises en Europe : quelques clés de lecture cartographiques.
3. Marges spatiales de faible densité et métropolisation. Des trajectoires variées.
4. Périphéries ultramarines : des espaces marginaux ?
Sous-partie 2 : La marge comme processus social et politique.
5. Pauvreté et exclusion en France.
6. La marginalisation économique : faits et représentations.
7. Les marges sanitaires, recompositions et gestions locales.
8. Immigration en France : norme de l’intégration et production de marges.
9. Marges. Dimension spatiale des rapports sociaux de domination. Genre.
10. Les prisons : marges sociales, marges spatiales ?

« La deuxième partie réfléchit aux formes que les marges revêtent aujourd’hui, en différenciant la marginalité et ses degrés dans les territoires ruraux, urbains ou péri-urbains. Les marges présentent en effet des réalités contrastées : isolement, pauvreté, exclusion et dénuement jouxtant innovation sociale ou revendication de vivre autrement.

Enfin, la trajectoire des marges, leur instabilité, voire leur réversibilité, interrogent les politiques publiques et mobilisent plusieurs champs de la connaissance géographique : politique, sociale, économique, culturelle, environnementale, rurale et urbaine.

Partie 2 : Aux échelles régionale et locale.
Sous-partie 1 : Dans les marges de l’urbain.

11. Les friches urbaines, de la marge à la production d’espace : la trame verte urbaine.
12. La vie en marge des SDF parisiens : un autre mode d’habiter l’urbain.
13. Les marges choisies et construites : les résidences fermées.
14. Les nouvelles marges métropolitaines.
15. Les territoires urbains de l’eau. Entre délaissement et consécration, la réversibilité des marges en question.
16. Les liens entre marginalité sociale et spatiale dans les lieux et milieux queers parisiens.
17. L’espace scolaire et ses marges.
Sous-partie 2 : Marges et périphéries.
18. Gouverner les marges métropolitaines.
19. La France des petites villes : des espaces en marge des dynamiques fonctionnelles ?
20. Le périurbain : entre marge, frange et entre-deux.
21. Cultiver à l’ombre de la ville. L’expression périurbaine des mutations de l’activité agricole.
Sous-partie 3 : Les marges du rural.
22. Précarités, vulnérabilités. Franges et marges de la pauvreté rurale.
23. Diversité paysagère des marges rurales.
24. Entre campagnes jardinées et ruralité agricole, rôles et dynamiques de l’agriculture dans les massifs montagneux de France métropolitaine.
25. La forêt française : permanence d’une marge ?
26. La marge rurale, épicentre de la contestation et laboratoire de l’innovation sociale ?
27. Comment enseigner les marges ?

A noter que le chapitre 27 aurait plutôt mérité une place de postface, tant il est vrai qu’on ne voit guère en quoi il concerne les marges du rural, sauf à supposer que nous enseignions tous dans le rural profond… Mais il s’agit d’un chapitre particulièrement intéressant pour les collègues, naturellement. Nous recommandons, outre l’humour dévastateur de l’auteur, qui qualifie de « marginale » la place des marges dans l’enseignement de la géographie, le tableau 27.1 des pages 439 et 440, qui recense les thèmes au programme ayant une problématique de marges. Pour les angoissés de nature, précisons que les nouveaux programmes de collège sont pris en compte. On s’apercevra que, si la notion est difficile à enseigner, elle est présente, de la 6e à la Terminale, pas moins de 18 fois, ce qui tend d’ailleurs à invalider le qualificatif de « marginale »…

Les bibliographies de fin de chapitre, souvent très fournies, permettront d’aller plus loin. L’ensemble est par ailleurs assez régulièrement illustré de cartes, de graphiques, de tableaux de bonne facture, quoiqu’en noir et blanc.

*

Au titre des regrets, relevons le chapitre 16 dans lequel, à part le perfectionnement de notre vocabulaire, avec la découverte de l’adjectif « transpédégouines », il faut subir l’exaspérante habitude du « langage dégenré », qui commence à contaminer certains manuels du secondaire. L’auteur (pardon, l’auteure) va plus loin, en utilisant notamment « les pronoms iels et eulles ». C’est toujours plaisant d’apprendre un nouveau dialecte, n’est-ce pas ?

Regrettons également quelques manques thématiques, mais dont les auteurs sont parfaitement conscients : les îles, les marches séditieuses (Pays basque, Corse), le sauvage (le loup, l’ours, les parcs nationaux…), les mobilités marginales (Roms). Ou d’autres encore volontairement exclues : la marginalisation de la France dans la mondialisation, en relation avec le « discours décliniste » dont le manque de « lucidité » ne lui aura pas permis d’avoir droit de cité dans cet ouvrage, pas même pour le nuancer, le critiquer ou l’invalider.

*

Au final, ce « kaléidoscope » de la France des marges s’est avéré une de nos lectures les plus stimulantes de l’année. Certes, les auteurs eux-mêmes s’inquiètent de « l’aspect un peu effrayant de la somme protéiforme sur les marges » qui est proposée aux candidats aux concours. Mais nous pensons que l’objectif est plus que largement atteint, que ce caractère protéiforme tient au sujet et non à l’ouvrage, et que les candidats gagneront à mettre ce livre sur leur table de chevet. Plus encore, nous recommandons vivement à tous nos collègues, qui enseignent de la 6e à la Terminale, la lecture de cet ouvrage passionnant, qui fait honneur à ses auteurs, mais aussi à ceux qui ont eu « l’audace » de mettre au concours la question de « la France des marges ».

Christophe CLAVEL
Copyright Clionautes 2016.

Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.