Dossiers de synthèses sur l’économie, les institutions et la société. Une conception pédagogique qui privilégie la synthèse des connaissances, et offre une pluralité d’approches et l’intervention de nombreux spécialistes.
Les phénomènes de polarisation territoriale et sociale se sont renforcés en France ces dernières décennies. On peut déjà faire le constat d’une double fracture : 1. des métropoles génératrices de croissance et d’emplois face à des territoires ruraux 2. un Nord-Est luttant toujours contre le choc de la désindustrialisation et un Sud-Est plus dynamique. Les politiques publiques d’aménagement on permis d’atténuer une partie de ces inégalités, sans créer les conditions durables de nouvelles dynamiques territoriales, notamment rurales. On assiste toutefois à un renouvellement de la politique territoriale, symbolisé par l’intitulé du nouveau ministère de « cohésion des territoires ». Ce dossier des Cahiers Français propose de présenter ces fractures et ces évolutions (à toutes les échelles) en France.

Le principal processus en cours en France est la métropolisation. Elle consiste en la concentration de la croissance économique et de l’emploi dans les aires métropolitaines. Romain PASQUIER pose bien l’opposition entre ceux qui prônent un renforcement des pôles urbains et d’autres qui dénoncent les méfaits sociaux, environnementaux et industriels de la métropolisation. Dans un contexte de diminution de l’interventionnisme étatique dans le domaine de aménagement du territoire, on assiste à la recherche de la compétitivité et à la mise en place de stratégies d’attractivité territoriale. Les échelons régionaux et métropolitains sont alors valorisés. Mais si les régions ne semblent pas, pour l’instant, avoir les moyens juridiques et financiers leur permettant d’assumer leurs nouvelles responsabilités (loi NOTRe), les métropoles occupent une place de plus en plus essentielle (loi MAPTAM). L’idée, présentée par Nadine LEVRATTO, est que la métropole rassemble des fonctions diversifiées et qu’elle rayonne sur son environnement régional, national et international dans un système réticulaire. Pourtant cet effet d’agglomération n’est pas systématique et ne peut constituer, selon l’auteure, l’alpha et l’omega des politiques territoriales. Pour Vanick BERBERIAN, président des maires ruraux de France, il faut désormais avoir un « projet national de territoire » qui « rompe avec l’obsession de développer les seules métropoles ». Eloi LAURENT résume bien la contradiction que révèle le changement de paradigme entre aménagement du territoire et développement des territoires : égalité versus cohésion des territoires ou le triomphe de la proximité. Se pose alors la question des moyens. Par exemple, la suppression annoncée de la Taxe d’habitation transfert une fiscalité locale vers une compensation financée par l’Etat (Nicolas PORTIER).
Autre phénomène révélateur des fractures territoriales à l’œuvre : les mobilités résidentielles. Brigitte BACCAINI et Mathieu GARNIER en font un état des lieux. En 2014,7,3 millions de personnes soit 11,6% de la population française, ont changé de logement en France. Ces déplacements se font souvent pour des motifs professionnels, sont liées aux études ou au départ à la retraite. Ils se dirigent davantage vers les espaces denses très connectés et à l’échelle nationale vers le Sud et l’Ouest. Par ailleurs, les auteurs remarquent des liens étroits entre mobilité résidentielle et mobilité quotidienne. « Le mouvement global de déconcentration de la population, des centres urbains vers des espaces moins densément peuplés et moins liés à la ville, alors que les emplois, notamment les plus qualifiés, se concentrent de plus en plus dans les grandes aires urbaines, conduit ainsi à un allongement des déplacements domicile travail. » Ces nouveaux besoins doivent conduire à mieux organiser les mobilités. De nouveau, les échelons régionaux (par le SRADDET) et métropolitains jouent un rôle prépondérant.
Les territoires ruraux les plus éloignés de la ville connaissent une nouvelle attractivité. Alexandre GALDIN nous indique toutefois que l’accès au numérique y est souvent un critère de choix important. Le numérique permet d’améliorer notablement le développement économique du territoire, l’accès aux services publics et la qualité de vie. Même si l’objectif d’aménagement numérique du territoire est revendiqué par les pouvoirs publics, son caractère prioritaire n’a été affirmé qu’en 2009 et l’objectif 100% de couverture en très haut débit fixe d’ici 2022 ne peut être atteint qu’en imposant des obligations aux opérateurs de télécommunications.
Enfin le dernier article de François-Olivier SEYS, essaye de donner une définition de la région en Europe et de mettre en perspective le nouvelles régions françaises, qui apparaissent au final plus grandes mais sous peuplées et très peu macrocéphales.
On regrettera le penchant un peu trop économiste de ce dossier et l’absence de géographe parmi les auteurs de ce dossier. Mais les articles mettent bien en lumière la croisée des chemins et le passage progressif d’un paradigme d’aménagement du territoire à l’échelle étatique à un aménagement/développement des territoires permettant de croiser les échelles d’interventions et les acteurs. L’article de Nadine LEVRATTO peut être très utile en classe de 1ère (voire de 3ème) pour nuancer l’effet d’agglomération des métropoles. Il peut être croisé avec l’article d’Alexandre GALDIN, qui montre toutes les potentialités du déploiement du numérique dans les territoires ruraux éloignés de pôles urbains (exemple de la commune des Voivres dans les Vosges dans cette vidéo du magazine Envoyé Spécial du 16 Novembre 2017).