Considérée a posteriori comme la première guerre mondiale, la guerre de sept ans a suscité de très vives critiques des contemporains, et notamment de Voltaire, qui évoquait en 1754 un conflit pour « quelques arpents de neige ». Cette déclaration de 1754, soit deux ans avant la déclaration de guerre de 1756 montre que cet affrontement avait pour enjeu la compétition que les colons britanniques et français se livraient pour la possession de terres en Amérique du Nord. Contrairement à ce que l’on croit trop souvent, l’étendue des possessions en Amérique du roi de France au début de la période est très largement supérieure à celle des britanniques. En réalité, si la France domine le continent part la superficie de ses possessions, leur peuplement est faible, près de 60 000 colons, face aux million d’Anglo-Saxons installés sur la côte est de l’Amérique du Nord.

Ces escarmouches lointaines qui commencent au Canada ont progressivement dégénéré en une guerre continentale impliquant deux grands puissances européennes comme la Prusse, l’Angleterre, l’Autriche, la France, l’Espagne, et la Russie qui a changé de camp au cours du conflit.
À l’issue de cette guerre la France a perdu une partie significative de son empire colonial aux Amériques, comme en Asie. Il ne reste à la couronne de France que ce que j’appelle parfois, avec une certaine dose de provocation pour mes amis d’Outre-Mer, « les confettis de l’empire ».
La guerre de sept ans a joué un rôle déterminant dans l’engagement de la France aux côtés des colons anglais révoltés contre le roi George, ce qui conduit à l’indépendance des 13 colonies, et à la naissance des États-Unis. La France a voulu prendre sa revanche contre l’Angleterre qui l’avait privé de l’essentiel de ses possessions en Amérique du Nord, même si c’est le jeune major Washington, dont le rôle postérieur est largement connu, qui a été à l’origine du début des tensions, lors des premiers affrontements entre les Français et les Britanniques, en 1754.

Du point de vue politique, la guerre de sept ans a contribué à une redistribution des cartes, aussi bien en France qu’en Angleterre, les deux principales puissances belligérantes. En Angleterre, le roi George II, originaire du Hanovre, doit composer avec les deux courants au sein de la chambre des communes, celui des patriotes, favorable à l’expansion coloniale, et celui des conservateurs, souhaitant le maintien d’une influence continentale.
En France, le règne de Louis XV se déroule sur fond de contestation parlementaire, d’opposition anti fiscale, face à l’impôt du vingtième, et progressivement, surtout après l’attentat de Damiens, de rejet de la personne du roi, pourtant « bien-aimé » au début de son règne.
Cette guerre oppose deux marines de capacités bien différentes. À la fin du règne de Louis XIV, la marine royale pouvait tenir son rang face à la Navy. Mais l’effort entrepris n’a pas été poursuivi, d’autant que l’engagement de la France dans la guerre continentale qu’a été celle de succession d’Autriche, n’a pas été dénué de conséquences sur les finances royales.
Pourtant, des 1754, dès les prémices de la confrontation, l’effort dans les arsenaux français est considérable, mais Versailles temporise pour permettre le lancement par les chantiers navals de nouveaux navires de ligne susceptible de s’opposer aux Anglais.

L’escarmouche canadienne qui est le point de départ de cet affrontement s’inscrit dans un contexte très particulier, et notamment celui de l’intérêt que Georges II, le roi d’Angleterre appartenant à la famille Hanovre éprouve pour ses possessions continentales. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, concernant l’Angleterre, George deux qui monte sur le trône britannique en 1727 a été élevé comme un souverain absolu « européen », et il agit directement dans la conduite du conflit, même si la monarchie britannique est limitée depuis la glorieuse révolution de 1689. Dans cette affaire Londres doit en permanence naviguer au plus près dans une imbrication d’intérêts coloniaux et continentaux, et c’est bien cela qui fait de la guerre de sept ans, une guerre mondiale.

À la sortie de la guerre de succession d’Autriche, même si la France s’est affaiblie, elle demeure toutefois la principale puissance européenne, celle autour du qui mais également contre qui se nouent les alliances. Et Frédéric II de Prusse dont les ambitions sont évidentes voit bien qu’il devra affronter la France, mais évidemment dans le cadre d’une alliance, vu la disproportion des forces.
Depuis le cardinal de Richelieu le système européen a été globalement préservé. La France a mis en place un système d’alliance qui part de la Suède à l’environnement en passant par la Pologne contre la maison d’Autriche. Avec la guerre de succession d’Espagne à la fin du règne de Louis XIV la donne a été modifiée en Méditerranée occidentale. La France a pu renforcer ses positions. Selon toute logique la Prusse serait « l’alliée naturelle » de la France contre la maison d’Autriche. La guerre de sept ans modifie cet équilibre qui avait prévalu lors de la guerre de succession d’Autriche.

Lors de cette précédente guerre l’alliance entre l’Angleterre et l’Autriche s’était constituée contre la France de Louis XIV, à laquelle s’étaient associées les provinces unies, le royaume de Sardaigne et la Russie.
En 1755, à cause de ces « arpents de neige » cette double rivalité qui oppose la France aux deux autres puissances vit ses derniers instants. Pour protéger ses intérêts dans le nombre le roi George II l’Angleterre recherche une alliance avec la Russie qui est signée le 30 septembre 1755. Il s’agit dans son esprit d’une alliance contre la Prusse, toujours considéré comme une alliée de la France et qui s’était emparé de la Silésie lors de cette guerre de succession d’Autriche. Pourtant, depuis cet épisode, entre 1741 1748, https://www.herodote.net/1741_1748-synthese-431.php?resume=1 , les relations entre l’Angleterre et l’Autriche s’était progressivement dégradée. Kaunitz, ministre de Marie-Thérèse multiplie les ouvertures en direction de la France, mais cela n’aboutit pas, en raison de liens traditionnels existants avec la Prusse.
Au niveau de l’Angleterre, et même si le roi George dispose d’une certaine autonomie en matière de décision pour ce qui concerne la politique étrangère, le système politique est beaucoup plus soumis à l’opinion et surtout au regard du Parlement. L’attachement du roi George au Hanovre se traduit par une opposition entre le parti de la Cour et celui des patriotes qui sont partisans de l’ouverture coloniale. On retrouve à leur tête William Pitt et le parti du West Indians, quelle partie coloniale.

Cette situation qui aurait pu être favorable la France, qui pouvait s’appuyer sur la Prusse, se voit remise en cause par la politique du roi Frédéric II qui exprime de vives critiques à l’égard de Louis XV dans son testament politique, dès 1752. Il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi la France temporise à l’égard de l’Angleterre en 1755, et craignant probablement de se retrouver isolé, il signe le 12 janvier 1756 la convention de Westminster qui se traduit par une neutralité Anglo prussienne. Cela peut apparaître comme contradictoire avec le traité de Saint-Pétersbourg qui engageait Russie à défendre le havre contre la Prusse. Ce qui se joue à ce moment-là la révolution du système européen qui voyait la France en rivale permanente de la maison d’Autriche, jouant sur une éventuelle alliance avec les princes protestants, roi de Prusse compris.
Cette révolution diplomatique qui voit la maison d’Autriche s’allier avec la France, après plusieurs siècles d’opposition, est probablement le résultat des difficultés de la France lors de la guerre de succession d’Autriche, à l’origine de cette formule qui était largement utilisée dans les cercles parisiens, « nous avons fait la guerre pour le roi de Prusse ». Il est vrai que Frédéric II avait largement compensé ses pertes par le gain territorial de la Silésie.
Pour l’Autriche la France qui menacerait la Prusse peut aider à reconquérir ce territoire. Les négociateurs autrichiens envoient différents signaux, notamment par l’intermédiaire de la marquise de Pompadour avec leur diplomate Stahrenberg. Les négociateurs français et François Joachim de Pierre de Bernis. Cela aboutirait traiter de Versailles qui est signée le 1er mai 1756. Cette alliance contrainte est plutôt mal perçue par les contemporains, mais Louis XV et Pierre de Bernis voulait à tout prix éviter la configuration de la guerre de succession d’Espagne à la fin du règne de Louis XIV qui avait très largement isolé la France.

Les premiers succès français

la guerre est déclarée par l’Angleterre le 17 mai 1756, et dès le début, un projet de « descente » sur l’Angleterre, est envisagée par le maréchal de Belle-Isle. Ce projet qui inquiète fortement les Anglais, relève purement et simplement de l’intoxication, et fait d’ailleurs de cette guerre de sept ans le premier conflit pendant lequel la propagande est utilisée.
La première phase de cette guerre se déroule paradoxalement en Méditerranée, alors que l’on attendait un débarquement de la Marine française sur les côtes de l’Angleterre ou de l’Irlande. Pourtant, la Royale n’est pas forcément au niveau de la Navy. La veille de la guerre de succession d’Autriche les Français peuvent aligner 38 navires de ligne contre 90 pour les Anglais. Pourtant, dès 1755 le secrétaire d’État à la Marine Antoine Louis Rouillé a relancé les chantiers navals, ce qui impressionne aussi Angleterre, qui craint toujours ce débarquement sur les cotes anglaises. En réalité la flotte française porte ses coups contre Minorque qui tombe en juin 1756.
Si la situation en Europe peut sembler favorable pour la France, ce n’est pas forcément le cas dans le Nouveau Monde. Le différentiel de peuplement entre les territoires français du Canada et ceux des Anglais joue forcément en faveur de la puissance insulaire.
En juin 1757 les Anglais déploient une flotte d’invasion mais l’expédition est un échec à cause du temps qui est peu favorable à un débarquement. Mais les positions françaises ne sont pas forcément favorables, du fait de grosses difficultés d’approvisionnement, les récoltes locales ont été mauvaises, et les liens avec la métropole difficile. La situation est d’autant plus aggravée que l’unité de commandement entre Vaudreuil et Montcalm ne semble pas vraiment bien fonctionner. Le premier souhaite s’appuyer sur les tribus indiennes tandis que Montcalm préférerait livrer une guerre plus traditionnelle. Ce que l’on appelle « les sauvages » n’ont pas vraiment la conception de la « guerre en dentelles » des aristocrates français. Lors de l’attaque contre Fort Henri qui s’était pourtant rendu, les Indiens tuent près de 200 personnes prisonnières et réduisent 400 en esclavage. Ce sont les Français qui permettront de les faire libérer contre 130 livres et 30 l d’alcool par prisonnier.
Ce sont pourtant des difficultés de politique intérieure qui vient hypothéquer les bons résultats de la France au début du conflit.
La victoire de Minorque est fêté dans toutes les villes du royaume, mais la tension est davantage portée sur l’opposition du Parlement qui vit encore les derniers soubresauts de la crise janséniste héritée de Louis XIV et de la bulle Unigenitus de 1713.
En Angleterre aussi la situation n’est pas véritablement favorable, et la crise politique au Parlement se traduit par la victoire du parti des patriotes, le parti colonial en fait qui s’impose avec William Pitt.

Guerre en Europe

C’est dans ce contexte que commence la guerre terrestre en Europe, menée à l’initiative du roi de Prusse. En août 1756, il envahit simultanément la Saxe et la bohème et prépare une guerre éclair contre l’Autriche.
On a du mal à comprendre comment un petit pays peut apparaître comme une grande puissance militaire. La formule est assez connue « si la plupart des états possèdent une armée, la Prusse est une armée qui possède un État ».
L’expression de nation en armes peut apparaître comme totalement appropriée pour définir la Prusse de Frédéric II. Au début de la guerre content Prusse un soldat pour 27 habitants, contre 1 % ailleurs, et en 1760,1 soldat pour 14 habitants. Le système de recrutement est organisé par canton militaire avec trois mois de service part obligatoire pour tous les hommes auquel sont associés des troupes soldées, c’est-à-dire des mercenaires. En 1756 le roi de Prusse dispose d’une armée parfaitement entraînée de 150 000 hommes et la conquête de la Saxe est d’ailleurs exploitée économiquement pour alimenter le trésor prussien. L’invasion de la bohème par contre est un échec, ce qui conduit la France à s’investir dans le conflit, les lecteurs de Saxe et le roi de Pologne Auguste III étant allié à la France.
Pendant cette période Louis XV hésite entre la nécessité de mener la guerre aux Amériques et celle d’une intervention en Europe. De leur côté, les deux Impératrices, Marie-Thérèse d’Autriche, Élisabeth de Russie s’entendent lors du second traité de Versailles le 1er mars 1757. Cette coalition qui s’oppose à la Prusse et l’Angleterre, se rajoute la Suède, pourtant adversaire traditionnelle de la Russie depuis Pierre le Grand.

L’armée française s’enfonce donc vers le Hanovre avec près de 40 000 hommes, et occupent assez facilement le terrain. Cela conduit les Anglais envisager un projet de « descente sur les côtes de France », vers Rochefort, pour soulager la Prusse, mais c’est un échec, et aucune bataille n’a lieu.
De leur côté les Russes attaquent Memel en Prusse orientale et menacent la Poméranie. Encore une fois, Frédéric II le 18 avril 1757, joue son atout et réédite l’invasion de la bohème et remporte la bataille de Prague, mais avec des pertes élevées. Cela permet la victoire autrichienne de Kolin le 18 juin 1757.
Malgré les pertes lourdes, et des effectifs moins importants, lors de la bataille de Rossback 50 000 franco impériaux s’opposent à 20 000 prussiens, le 5 novembre 1757, et malgré deux échecs en Silésie, le roi de Prusse inflige de très lourdes pertes aux impériaux lors de la bataille de Leuthen le 5 décembre 1757 en neutralisant le tiers de l’armée autrichienne.
Comme on le voit, les qualités manœuvrière de l’armée prussienne permettent à chaque fois de rétablir une situation pourtant très largement compromise.

Guerre planétaire

La 3e partie de l’ouvrage montre comment au final l’Angleterre finit par l’emporter. Le conflit se déplace dans une zone totalement inattendue, et cette guerre de sept ans devient un conflit planétaire puisqu’il se livre également en Asie, dans cette zone où l’on espérait pourtant pratiquer ce que l’on appelait alors « le doux commerce », avec cette idée de Montaigne, que des nations qui échangent entre elles le font pas la guerre. Les compagnies des Indes, anglaise et française, n’avait absolument pas envie de s’engager dans une confrontation, le territoire était largement suffisant pour les deux puissances. Le gouvernement Dupleix profitant d’une crise de succession avec la désagrégation de l’empire moghol envisage une expansion territoriale qui suscite une réaction très rapide des Britanniques. Les de marine de guerre s’affronte, le 14 mars 1757 les Britanniques attaquent le comptoir de Chandernagor qui finit par se rendre.
On trouve également des affrontements entre les deux marines au large de la Martinique, et encore une fois la française ne se révèle pas au niveau. La résistance des troupes françaises basées à terre, à la Martinique comme la Guadeloupe semble pourtant coriace, et au final les adversaires s’épuisent.
Si en Europe la Prusse a pu s’imposer, jusqu’en 1758, elle finit par être submergée sous le nombre des assaillants. Elle subit une défaite à Kunersdorf, sur l’Oder, le 12 août 1759. Le roi Frédéric II est blessé et manque d’être capturé. Les troupes russes ont même le loisir de défiler à Berlin.
Heureusement pour la Prusse, la Russie se retire inopinément du conflit à la mort de la tsarine Élisabeth le 5 janvier 1762. Son neveu le nouveau tsar Pierre III, fervent admirateur de Frédéric II, n’a rien de plus pressé que de se retirer de la coalition contre la Prusse, sauvant son héros d’une situation désespérée. Il lui restitue la Poméranie et la Prusse-orientale.
La France de Louis XV et l’Autriche de Marie-Thérèse négligent d’exploiter leurs victoires et permettent à Frédéric II de se ressaisir et même de reconquérir la Silésie.
Dans le même temps, les Anglais, dont la situation n’était guère plus brillante que celle des Prussiens, portent à la tête de leur gouvernement un homme d’une grande énergie, William Pitt l’Ancien (Pitt The Elder), 49 ans. Les Français lui opposent un secrétaire d’État aux Affaires étrangères qui ne manque pas de talent, le duc de Choiseul.
Pourtant, William Pitt doit démissionner à l’automne 1761, un an après que George III (22 ans) a succédé à son grand-père George II. Son successeur à la tête du gouvernement est le favori du nouveau roi, Lord Bute, qui reproche à Pitt de trop en faire sur le continent européen.
Il entame les pourparlers de paix, au scandale de l’opinion qui espérait cueillir plus d’avantages de ses efforts.
Ceux-ci sont suspendus du fait de l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés de la France et la guerre ne se termine qu’en 1763 avec deux traités, à Paris et Hubertsbourg, qui dessineront pour un siècle et demi le nouveau visage de l’Europe.
Lors de cette guerre de sept ans, avec une multitude d’opérations militaires, aussi bien navale que terrestre, des affrontements classiques, comme des actions de guérilla, même si le terme n’existe pas encore, on retrouve en gestation, plus que les guerres du XIXe siècle, celle du XXe. La propagande, la désinformation, les coups de bluff diplomatique, l’intoxication, mais aussi les gesticulations militaires, les démonstrations de force navales.
On retrouve également l’importance des diplomates, qui parviennent, autour du tapis vert, à défendre les intérêts de pays respectifs. Il existe d’ailleurs un décalage entre les conceptions des souverains, dans cette Europe des monarchies absolues, à l’exception de l’Angleterre, et des diplomates, qui sont plutôt comptables des intérêts de l’État.
Guerre planétaire assurément que cette guerre de sept ans. Elle marque l’histoire européenne durablement, probablement jusqu’à l’émergence de l’Europe des nations, et l’ébranlement consécutif à la révolution française et à l’empire.