Illustration déviante du « rêve américain » permettant à tout talent de faire fortune sur la terre bénie du Nouveau Monde, Charles (né Carlo) Ponzi est un immigrant italien débarqué aux États-Unis au début du XXe siècle. Adepte de la réussite sans le travail, il y débute une carrière de filou sans envergure avant de se muer en un as imaginatif de l’arnaque lorsqu’il met au point à Boston, en 1920, un moyen infaillible de faire fortune qui assure la sienne en la promettant aux autres, au prétexte d’une martingale sur la conversion de coupons postaux internationaux ! Son procédé, dont il n’est du reste pas l’inventeur même s’il lui confère une envergure inédite, est fondé sur la dynamique d’une bulle en expansion. Les mises des premiers investisseurs sont couvertes par les apports des grugés suivants, alléchés par les rendements mirifiques versés aux précédents par le créateur du placement…

Ce schéma frauduleux est devenu célèbre au point d’inscrire son nom dans le langage économique sous la dénomination de « pyramide de Ponzi » : terme que l’intéressé n’a jamais employé au demeurant, d’autant que l’essor de son escroquerie évoque plutôt une pyramide inversée. Son succès a inspiré de nombreux épigones, dont le plus ambitieux a assurément été le New-Yorkais Bernard Madoff. Il est à noter qu’aucun de ces hardis disciples n’a été découragé par la déconfiture rapide qui a suivi l’éphémère apothéose de l’ingénieuse crapule de Boston. Après quelques années de prison, Ponzi reprit le cours d’une existence de petit escroc définitivement retombé dans l’obscurité et chassé hors du paradis américain.

Son parcours mirobolant est retracé avec vivacité dans les pages de ce roman graphique. Une palette de coloris jouant sur un dégradé de bruns souligne le trait agile du dessin. Il en ressort une petite leçon d’économie illustrée qui peut prendre figure de version amorale du libéralisme théorisé par Adam Smith, lui aussi décliné récemment en bande dessinée. Faire d’un escroc un héros est un défi osé : il est ici tout à fait réussi et assure l’intérêt didactique de cet album qui pourra, entre autres, trouver utilement place dans les lectures lycéennes.


Guillaume Lévêque, pour Les Clionautes