S’il est un ouvrage qui porte bien son nom, c’est celui-ci. C’est à une véritable déclaration d’amour que se livre chacun des auteurs. Et cela tombe plutôt bien puisque le vin est « l’ambassadeur fripon d’Eros » (B. Pivot). Et fripons les conseils du journaliste le sont. Vous saurez, Messieurs, qu’il ne faut au grand jamais offrir « un vin couillu » pour une première fois !

Face à la montée du discours sanitaire qui, au nom du principe de précaution, a fini par faire du vin « une des substances les plus toxiques » classé parmi les « drogues dures » (rapport Inserm-Cnrs), treize géographe, religieux, chercheur, médecin, oenologue, sénateur, journaliste, réunis autour de J. R. Pitte contre-attaquent. La période actuelle n’est pas sans rappeler la Prohibition américaine entre 1919 et 1933 que François et Anne-Lorraine Bujon de l’Estang analysent avec minutie tant les réglementations mises en oeuvre que dans le bilan qu’on peut désormais en dresser.

L’ouvrage réunit les textes du symposium tenu en janvier 2012, associant l’Académie du Vin de France et la Société de Géographie. Dès l’introduction, le ton est donné : « Ce travail est dédié à la cause de la modération, non par dérision, mais avec le sentiment qu’une meilleure connaissance de l’histoire du vin convaincra le plus grand nombre de ses hautes vertus […]« , exergue d’un livre paru en pleine prohibition américaine.

La contribution du cancérologue David Khayat s’inscrit dans cette optique de réhabilitation du breuvage dionysiaque et d’apologie de la modération. La psychologue Laurence Zigliara invite à sortir de « l’injonction paradoxale » qui fait de ce produit noble « une drogue dangereuse » par un apprentissage précoce qui ne soit pas que théorique mais également expérimental. Car « le vin fait partie du patrimoine culturel et gastronomique de la France » et doit être défendu à ce titre comme le fut le foie gras dans son temps. Il a trouvé un allié de taille avec le sénateur R. Courteau.

Les grandes religions monothéistes ont mis le vin, issu d’un long processus de transformation comme le pain, au coeur des croyances et des rites. Et même si la méfiance existe comme le rappellent le grand rabbin Haïm Korsia, le prêtre Alain de La Morandais et Hazem El Shafei (l’ivresse de Noé, les filles de Loth, sourates coraniques), le vin a la valeur symbolique du Secret et de l’Amour.
Militant pour une éducation à la modération et une initiation à la responsabilité, ils rejettent tous « l’opprobe parfaitement immérité » dont le vin est victime.

« La science du vin n’est pas seulement physique, chimique et biologique, elle est aussi morale et politique et même davantage encore puisque le vin est la métaphore de la condition humaine » écrit J. R. Pitte. Pour s’en convaincre, il faut lire les magnifiques pages de Jean-Paul Kaufman redécouvrant le vin après trois ans de captivité : retour à la vie et à la culture …

Un petit ouvrage truculent à lire … un verre à la main !