Cet ouvrage met l’accent sur la dimension géostratégique des questions agricoles et alimentaires et notamment la place de l’agriculture dans les ambitions de puissance dans le monde et en Europe entre compétition des acteurs et attentes des consommateurs.

Demain l’agriculture

Sébastien Abis et Mathieu Brun dresse en introduction une cartographie des mondes agricole et alimentaire pour la période 2020-2030, des défis complexes tant au niveau technique que politique et sociétal. Les deux auteurs mettent en avant la « sino-mondialisation », la place de l’eau dans un monde confronté au changement climatique, les normes sanitaires et techniques et la question de la fixation des prix entre marchés et place des consommateurs. Ils évoquent aussi la Politique agricole commune et la sécurité alimentaire en Afrique.

Agrosphères

Cette première partie regroupe les articles autour d’une dizaine d’items à propos de la puissance économique, l’OMC, l’Europe et les systèmes de production.

On retiendra particulièrement l’analyse historique, du XVIe siècle à nos jours, de Benoît Daviron sur les relations entre échanges de production agricole et puissance des États. Il oppose les États : Provinces Unies puis Royaume-Uni qui ont dominé le monde en étant importateurs de biens agricoles aux USA dont la domination s’accompagne d’excédents agricoles. Aujourd’hui la Chine, déficitaire en matière agricole, renoue avec le modèle ancien.

L’Europe est abordée dans plusieurs articles.

Thierry Pouch y voit une puissance mal assumée, sont analysés les composantes de l’agriculture européenne, la notion d’autosuffisance et la place de l’Europe sur les marchés internationaux. Si l’Europe a été une puissance agricole, elle décline depuis les années 1990.

Tancrède Voitutiez pose une question : L’Europe maîtrise-t-elle ses accords de libre-échange ? Il montre les contradictions de l’approche européenne ; tandis que Jérôme Lafon et Ludivine Pelletin tentent une analyse des conséquences du Brexit en matière d’agriculture et de pêche.

Quatre chercheurs proposent un état des lieux de l’agriculture roumaine marquée par la question foncière.

Frédéric Courleux et Jacques Carles analysent le multilatéralisme depuis l’OMC rt la remise en cause de ses règles mors de la crise alimentaire de 2007/2008. Comment concilier politique agricole nationales, ODD et idées d’un Conseil de sécurité alimentaire mondial ?

Pierre Blanc étudie deux siècles de relation entre nationalisme et agriculture en Europe. Il aborde aussi dans son article la décolonisation au Maghreb, l’Afrique noire ou le Moyen Orient et l’Asie. Il montre le lien entre idées nationalistes et monde paysan.

Jean-Christophe Debar, Françoise Moreau Lalanne et Mylène Testut Neves présentent des agricultures de trois espaces autour d’une question : Comment les politiques agricoles peuvent prendre en compte la grande diversité des exploitations, des formes d’agriculture et des disparités régionales ? En Afrique on constate des évolutions avec le développement des exploitations moyennes et une interrogation sur la durabilité de cette agriculture. En Inde c’est la remise en cause de la « révolution verte », au Sikkim par exemple acquis à la culture bio, l’Andhra Pradesh tenté par l’agroécologie mais aussi le difficile problème du surendettement des exploitants. Au Brésil la puissance de l’agriculture compose entre la diversité d’une agriculture familiale qui fut soutenue par le président Lula et l’agronégoce.

Stephan Vogel évoque les évolutions des prix et des chaînes de valeur deux deux marchés : les céréales et les oléagineux à l’échelle mondiale alors que Quentin Mathieu s’intéresse à la répartition de la valeur ajoutée en France entre producteurs, industrie agroalimentaire et distributeurs. Il montre l’augmentation des importations dans les dépenses de consommation alimentaire des Français, un rapport de force inégalitaire et s’interroge sur les effets possibles de la loi EGALIM de 2018.

Regards d’avenir

Cette seconde partie prospective regroupe divers sous-thèmes.

Si Isabelle de Crémoux et Jérémy Denieulle aborde le thème à la mode de la flore intestinale (Microbiotique, la révolution du siècle ?) l’encart de Philippe Lemenceau le rattache à des recherches en agroécologie.

Yasmine Seghirate et Axelle Thibault traient d’un sujet que la crise actuelle de la Covid 19 en mis en lumière : Migrants, une chance pour les mondes ruraux.

Rémy Herrera montre les leçons à tirer de l’expérience cubaine privée des produits phytosanitaires par l’embargo américain ; l’agriculture a tourné la page du sucre, diversifié ses productions et dispose d(atouts en matière de transition écologique.

Pierre-Marie Décoret consacre son étude à une culture nouvelle, pleine d’avenir, le cannabis dont la production se développe pour des usages multiples et la libéralisation dans de nombreux pays (Carte p. 263).

Dans les pratiques nouvelles on observe dans l’article d’Alain P. Bonjean le développement des productions hors-sol, l’hydroponie, notamment en ville, des pratiques dominées par la finance et les start-up avec un exemple : la ferme urbaine lyonnaise.

Jérôme Lavandier amène le lecteur dans le Golfe Persique depuis toujours dépendant d’autres espaces pour sa nourriture. Après un rappel historique l’auteur montre la croissance des importations alimentaires, les crises et les stratégies actuelles de sécurité alimentaire.

Erik Mathhijs liste quelques innovations alliant sécurité alimentaire et innovations.

C’est sous un angle très différent que Benoît Vermander étudie la sécurité alimentaire, celui des relations avec les religions et les systèmes de croyances, des tabous religieux traditionnels aux tendances actuelles comme le véganisme.

Repères

Comme dans chaque édition cette troisième partie réunit statistiques, graphiques et cartes actualisées : population, environnement, productions agricoles.