« Actes » du colloque organisé par l’association Cartooning for peace en novembre 2015.
Quand les dessins viennent bousculer la réflexion.

J’ai déjà été amené à lire des actes de colloques … cela reste dans mes pires souvenirs de lectures, on ne sent pas de dynamisme, c’est usant … Mais tout ceci est nettoyé par la lecture des actes du colloque « Le dessin de presse dans tous ses états » de septembre 2015, édité par l’association organisatrice cartooning for peace en lien avec Gallimard. Ces actes là, on les lit comme un roman, comme une BD, comme un documentaire, … le tout à la fois.

L’association cartooning for peace créé par Kofi Annan et Plantu en 2006 soutient le travail des dessinateurs de presse. Son double objectif : « désapprendre l’intolérance » et à « dessiner la paix ». En septembre 2015, elle organisait à Paris un colloque international réunissant des hommes politiques, des philosophes, des dessinateurs de tous pays, des historiens, … Ce riche colloque est ici retracé à travers les interventions et des dessins. Cet ouvrage marque aussi les 10 ans de cette association qui regroupe 147 dessinateurs de presse engagés.

L’ouvrage commence par un état des lieux historique d’abord grâce Jean-Noël JEANNENEY qui trace l’histoire de la caricature en mettant en contraste l’influence de la caricature et l’influence sociale qui s’exercent sur les dessinateurs depuis plus de 200 ans. Pascal ORY étudie lui les 50 dernières années et donne le regard de l’historien sur les attentats du 7 janvier à la rédaction de Charlie hebdo, et terminent par la place du dessin de presse dans la société contemporaine.

S’ouvre ensuite un tableau juridique « liberté et loi, liberté et droit » grâce à un texte de Jack LANG étudiant les limites à la liberté sans en éluder aucune y compris la peur, et surtout une lumineuse intervention de Georges KIEJMAN qui met en dialogue le droit, la justice, le dessin et notre société.

Cette première partie se termine par un point de vue religieux avec le regard de JF COLOSINO, philosophe, spécialiste du christianisme et de l’orthodoxie, qui interroge les textes sacrés et les pratiques des religions.

La deuxième grande partie est une série de débats passionnant car ils sont menés par dessinateurs de presse et nous offrent des regards d’une pertinence parfois dérangeante sur le monde actuel, sans éluder nos propres responsabilités de citoyens. Particulièrement celui intitulé : « si tu tweetes, je suis mort » avec des dessinateurs du Danemark, du Venezuela, de Belgique et de Malaisie ; et peut être encore plus celui « deux poids, deux mesures » : il n’y a pas de sacré pour toujours, mais il y en a toujours un, sous un nom ou un autre, avec des dessinateurs d’Équateur, d’Espagne, de Palestine, d’Israël et de Cote d’Ivoire.

La conclusion « ode au canari majeur » est de Régis DEBRAY.

Mais ce très beau livre comporte aussi ce que je ne peux décrire ici : des dizaines de dessin de presse du monde entier qui sont tous aussi percutant les uns que les autres et qui viennent prendre vie au milieu de ces textes.

Je vous souhaite autant de bonheur que moi à enfin livre ces actes si vivant d’un colloque ouvert sur le monde. C’est un beau cadeau de Noël.