« Nul ne peut ignorer le monde ». Découvrir et comprendre le monde en 28 destinations.

Dans une version compacte et renouvelée, les éditions Tallandier s’associent à la chaîne Arte pour sortir un nouveau volume lié à l’excellente émission bien connue des géographes produite et présentée par Émilie Aubry et Frank Tétart.

Après la sidération du retour à la guerre provoqué par la Russie, avec son lot d’images cauchemardesques de violences, propres à des conflits « à l’ancienne », la menace nucléaire revient. La cartographie s’est alors imposée dans l’actualité : cartes de Kiev, de la façade maritime ukrainienne…

Cette guerre a induit « un chamboule-tout  » géopolitique que cet ouvrage tente d’expliquer : l’importance renouvelée de l’OTAN et le retour des États-Unis sur le sol européen, une Union européenne réarmée, notamment l’Allemagne et des flux commerciaux de matières premières bouleversés avec les tensions sur les hydrocarbures. Déjà, la pandémie de Covid-19 a révélé les dépendances vis à vis de la Chine pour les masques et l’Inde pour le paracétamol. Avec l’accélération du dérèglement climatique, la géopolitique devient prégnante dans nos vies devenant même une spécialité au lycée.

Divisée en six parties, « ce dessous des cartes » commence son tour du monde par l’Europe, le temps des crises, espace qui selon Jean Monnet ne se construit jamais autant que par les crises. Un esprit de solidarité s’est renforcé avec la mutualisation des moyens contre le Covid-19. Depuis février 2022, les États membres se sont mobilisés pour la cause ukrainienne. L’UE fait bloc décevant Vladimir Poutine dans ses velléités de division. Mais la guerre s’inscrit dans le temps long et ses questions se posent sur l’évolution des rapports de forces.

Le deuxième pôle d’étude se concentre sur les deux Amériques. La gouvernance de Trump a entraîné une remise en question de l’Amérique incontournable et prescriptible. Joe Biden, nouvellement élu, proclame, « America is back ». Si la ligne dure avec la Chine reste perceptible, les Américains entendent restaurer leur leadership et le multilatéralisme. Cependant le nouvel enjeu stratégique de l’Asie-Pacifique a été perturbé par le retour de la guerre et le soutien massif à l’Ukraine. Il en découle de nouveaux liens avec des autocraties comme le Venezuela ou l’Arabie saoudite alors que l’enjeu démocratique revient au premier plan. En parallèle, l’Amérique latine connaît un virage à gauche et des partenaires géopolitiques récents comme la Chine.

Le volet suivant analyse l’épicentre du monde futur, l’Asie. La Chine montre plus que jamais sa volonté de puissance à 360 degrés (la toile tissée par les routes de la soie montre un nouvel expansionnisme chinois au mépris du droit maritime international) tout en affichant sa proximité avec la Russie. Tandis que Hong Kong a mis fin à tout espoir de liberté, Pékin menace de faire de Taïwan la prochaine Ukraine. Le président chinois a affiché clairement sa volonté de réunifier l’île et la République populaire de chine. Alors que la Corée du Nord agite l’arme nucléaire comme un contre-pouvoir de nuisance, le Japon très endetté cherche un nouveau souffle en tenant compte de la faible croissance économique et de la crise démographique inédite dans un pays développé. Ce pays promeut depuis quelques années le concept « d’Indo-Pacifisme » libre et ouvert afin de développer des alliances et des liens de coopération entre les États partageant les mêmes valeurs de respect de l’ordre international libéral et multilatéral. L’Australie, le lointain occident a signé des accords économiques avec la Chine ce qui booste sa croissance mais les appétits territoriaux de ce géant a rappelé que l’allié américain reste indispensable.

Le chapitre IV sur le Moyen-Orient pose la question des enjeux de cet espace régional qui pourrait devenir un des maîtres du monde. Nombreux sont les États où de nouvelles problématiques apparaissent. En cette fin d’année, l’Iran s’érige en épicentre des tensions. Pourtant les négociations internationales sur le contrôle du nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions peinent à aboutir. L’embargo international empêche le pays de développer son économie avec la vente des hydrocarbures uniquement tournée vers la Chine en évitant les transactions en dollars. Renforcer sa présence régionale en s’appuyant sur ses soutiens chiites (Syrie, Liban, Irak, les Kurdes) reste sa priorité face à son rival sunnite saoudien, Israël et les États-Unis. Quant au Liban, ce pays continue à faire résonance aux tensions régionales et subit de plein fouet un effondrement de son économie.

Après le retrait chaotique des Occidentaux en Afghanistan, les Talibans reprennent le pouvoir. C’est le retour de l’autoritarisme religieux sans avoir éliminer DAECH et le repli des femmes dans la sphère privée en fermant les écoles de filles. L’Arabie saoudite s’ouvre au tourisme malgré une politique réprimant toute opposition alors que le Qatar, organisateur de la coupe du monde de foot n’a jamais été autant courtisé pour ses réserves d’hydrocarbures.  A l’intersection des mondes, la Turquie d’Erdogan affirme son statut de puissance régionale selon le slogan « Zéro problème avec nos voisins ». L’extension de son réseau d’ambassadeurs indique la voie choisie du soft power ainsi que la diffusion d’aides aux pays pauvres. Mais après le tournant stratégique de la guerre en Syrie et le jeu complexe des alliances, les relations avec l’Occident se sont dégradées malgré les accords commerciaux et les intérêts liés au contrôle des flux des migrants, sans oublier la forte communauté turque vivant dans l’UE.

Le continent africain, dit des possibles et des impossibles, constitue le sujet du 5e volet de ce livre. L’Afrique continue d’afficher de réels fléaux comme l’instabilité politique, le terrorisme, la corruption et l’insécurité alimentaire. Certains critères montrent cependant des avancées. Sur fond de Covid-19 et de récession économique, le continent a montré sa résilience. Des États émergents permettent de croire à « l’afroptimiste » tandis que d’autres espaces s’enlisent dans des crises comme le Maghreb après l’espoir des printemps arabes ou le Sahara avec le djihadisme. En toile de fond, ce continent devient le terrain où se jouent les luttes entre les grandes puissances. Après la Chine, la Russie essaie de supplanter la France. Elle fournit 30 % des importations d’armes ce qui lui procure des alliés à l’ONU qui s’abstiennent de voter des résolutions qui contrecarrent sa politique.

La partie finale analyse le passage du monde d’avant à celui d’après. Alors que l’être humain du XXIe siècle s’est souvenu qu’il n’était pas invulnérable (L’histoire se répète. Les animaux ont déjà transmis à l’homme la rougeole, la variole, la peste et le choléra, et bien sûr la grippe espagnole dont on estime 50 millions de victimes). Le Covid-19 a fonctionné comme un accélérateur de tendances déjà ébauchées. Les flux mondiaux de transports intenses semblent privilégier le rail plus fiable et moins polluant, plutôt que l’avion comme le montre la stratégie chinoise dans les nouvelles routes de la soie. Le numérique envahit la vie sociale et professionnelle alors que le présentiel diminue au profit du virtuel. Les données personnelles s’en trouvent fragilisées et mal protégées. Enfin les changements climatiques s’avèrent dominants par de nouveaux paradigmes lents à se mettre en place alors que des catastrophes naturelles bouleversent déjà la vie de millions de personnes. L’urgence climatique : le dérèglement, c’est maintenant !

Les espaces régionaux analysés font émerger les puissances alliées ou opposées ce qui redéfinit le nouvel ordre mondial multipolaire, de l’après Covid à la guerre en Europe. Cet ouvrage permet une réactualisation des données sur les espaces étudiés, d’une grande utilité pour les nombreuses études de cas qui jalonnent nos programmes du secondaire. Il semble un outil indispensable à acquérir surtout dans les lycées car sa prise en main est d’une grande facilité pour les élèves. Il peut s’utiliser en parallèle des émissions du Dessous des cartes diffusées quotidiennement sur Arte.