Le livre permet de faire le tour en plus de 500 pages de la question d’histoire antique au programme de l’agrégation cette année. Comme toujours dans la collection « Clefs concours », cette synthèse fait appel à des chercheurs spécialistes dont les travaux sont suffisamment complémentaires pour permettre un tour d’horizon à la fois dense, précis et actualisé. Ainsi, Catherine Wolff, professeur à l’université d’Avignon, traite des chapitres relatifs à l’armée, Marie-Odile Charles-Laforge, maître de conférences à l’université d’Artois, de ceux consacrés à la vie religieuse, Marie-Claire Ferriès, maître de conférences à l’université de Grenoble, de ceux traitant des guerres civiles, Agnès Groslambert, maître de conférences à Lyon III, des parties sur le régime impérial, la vie municipale et la vie économique en Occident et enfin, Eric Guerber, professeur à l’université de Nantes, de celles abordant les provinces orientales.

Les bornes chronologiques, de 70 avant J.-C. à 73 après J.-C., sont plus étroites qu’à l’accoutumée dans un programme de concours mais permettent d’étudier en profondeur un monde romain qui, en 150 ans, a eu le temps de bien changer. Changement géographique avec l’extension étourdissante de l’empire. Changement politique avec le passage de l’époque républicaine au « principat ». Changement administratif dans le gouvernement et l’exploitation des provinces. Tout cela ne s’est pas fait sans heurts : le programme commence au lendemain de la guerre sociale (91-88) et s’achève peu après l’année des quatre empereurs en 69, avec entre les deux, la fameuse période augustéenne. L’introduction se clôt par de précieuses informations historiographiques sur la nature du « principat » et sur le concept, discuté, de « romanisation » (pp. 15-19). La partie sur les sources fait le tour des documents littéraires, épigraphiques, papyrologiques ou numismatiques, en vue surtout des épreuves de commentaire.La partie « Repères » donne des éléments de cadrage qu’il convient de saisir avant de consulter les approfondissements thématiques. Le tableau du monde romain en 70 avant J.-C., le long chapitre sur les guerres civiles et celui consacré aux conquêtes réclameront à eux trois un patient travail d’analyse et de relecture pour les candidats qui découvrent le monde romain à l’occasion du concours. Il faudra ne pas se décourager et accepter d’avancer lentement mais dans l’ordre, en utilisant le glossaire, le recueil de cartes et le répertoire biographique en fin d’ouvrage. Un survol de ces chapitres compromettrait la bonne compréhension du programme et la contextualisation nécessaire lors de l’analyse d’un document. Une fois ces trois chapitres surmontés, le reste est plus facile. Le chapitre sur l’armée romaine, spécialité du coordonnateur de l’ouvrage, Catherine Wolff, est très clair, avec une sous-partie très intéressante qui revient sur la question de la « prolétarisation » des soldats. Le dernier chapitre, miroir du premier, brosse le portrait du monde romain en fin de programme, en 73 après J.-C..La partie « Thèmes » est une succession de chapitres généraux sur le régime impérial, la vie dans les cités en Orient et en Occident, la vie économique et la vie religieuse. De taille inégale, ces chapitres ne posent pas de difficulté majeure de compréhension. Ils font à chaque fois un point précis sur le sujet donné et renvoient très régulièrement à des ouvrages dont les références complètes sont données dans la bibliographie finale.
Le candidat-lecteur aura intérêt à surveiller et à prélever dans chaque paragraphe les éléments qui nourriront une réflexion problématisée du programme. Certaines sous-parties sont d’ailleurs conçues en ce sens, notamment dans le beau chapitre consacré à l’Orient romain : « y a-t-il une « oligarchisation » des Conseils dans les cités grecques ? », « le vocabulaire de l’évergétisme constitue-t-il le ‘langage civique’ de la cité grecque ? », « l’émergence de nouveaux notables est-elle perceptible ? »… Le concours exige bien sûr d’amasser énormément de connaissances mais il sélectionne surtout sur la capacité à raisonner à partir d’elles.
Enfin, dernière observation, le culte impérial fait l’objet d’un point spécifique dans le chapitre consacré à la vie religieuse mais il est aussi abordé dans le chapitre sur l’Orient romain. Autre situation, la partie sur la sécurité judiciaire, matérielle et frumentaire des cités d’Orient n’a pas vraiment de pendant pour l’Occident. Le candidat-lecteur gagnera à rechercher les compléments indispensables et à établir lui-même des comparaisons entre Orient et Occident. Le programme parle bien du monde romain et non des « mondes romains ».

A l’arrivée, un livre très dense, conforme aux standards de la collection et aux attentes des étudiants, nombreux à repousser leur immersion dans telle ou telle question jusqu’à la parution de l’Atlande.