Loris Chavanette prépose tout un ouvrage sur deux petites journées de la Révolution française, l’irruption des femmes du peuple sur la scène politique, les 5 et 6 octobre 1789.
Loris Chavanette érige ses deux journées en un moment de bascule de la Révolution, plus importantes que la prise de la Bastille, car le retour du roi et sa famille à Paris marque, selon lui, la fin du règne de Louis XVI.
Dans un long prologue il rappelle rapidement le déroulement de ces journées et la place mineure des femmes dans l’histoire.
Rebelles – Les femmes à la conquête de la politique
L’auteur traque les premières manifestations des femmes dans la vie politique de l’été 1789.
À Versailles avec Théroigne
Dès l’installation des États généraux à Versailles, une femme est présente dans le public, chaque jour, attentive : Théroigne de Méricourt dont l’auteur compose un portrait. Sa présence quotidienne est l’occasion d’un récit précis de ces quelques semaines versaillaises qui précèdent les 5 et 6 octobre.
À Paris, avec les femmes du peuple
Alors qu’Olympe de Gouges réfléchit à un emprunt patriotique pour combler la dette, le peuple est confronté à la famine, née de la crise économique, aggravée par le Grande Peur. La hausse des prix du pain rappelle les émotions de la guerre des farines, en 1775.
Deux mondes qui s’ignorent
Le mode de vie des « femmes du monde » favorise la colère du peuple contre les accapareurs, contre Marie-Antoinette, l’Autrichienne perçue comme une ennemie de la révolution. L’auteur dresse un portrait de la reine.
Le dernier banquet de la reine
Le banquet offert aux soldats du régiment de Flandres, arrivé en septembre à Versailles, montre une fête à laquelle participent les femmes de la cour et la reine qui pense ainsi assurer sa sécurité.
Mais, ce banquet est perçu à Paris comme une insulte à la nation, d’autant qu’il est accompagné de débordements : « Les convives chancelants escaladent les logesLe banquet à lieu dans l’opéra. Citation p. 90et donnent un spectacle à la fois désolant et horrible. »
Vers une seconde révolution
La presse s’empare du sujet, Marat dénonce l’opulence du banquet alors que le peuple a faim. La présence de la troupe est dénoncée comme la préparation d’ un complot contre la révolution. La reine devient un bouc émissaire. Le mot d’ordre « le roi à Paris » est lancé.
Les femmes du 5 octobre ont-elles été instrumentalisées par les politiques ?
Révoltées – les femmes en marche sur Versailles – 5 octobre
L’auteur décrit la scène : la pluie, le froid, la distance. Il faut 6 h à pied pour aller de Paris à Versailles. Il s’interroge sur le sens de la journée :
« Font-elles la révolution uniquement pour satisfaire aux besoins essentiels de l’alimentation et de la survie, pour elles-mêmes et surtout pour leurs enfants, ou bien ces femmes d’octobre ont-elles des mobiles politiques ? »[footnote]Citation p. 120[/footnote]
L’auteur décrit la journée en différents chapitres : le départ, l’arrivée à Versailles, l’occupation de la salle des Menus-Plaisirs, la soirée la plus longue.
Le chapitre 7 : Portrait de femmes d’octobre met en valeur les femmes de la halle, la place des cabarets dans leur vie, connue grâce à diverses chansons. Il insiste sur la dureté de la vie des poissardes indispensables dans la chaîne alimentaire.
Révolutionnaires – les femmes ramènent le roi et la reine à Paris – 6 octobre
L’assaut
On retrouve la situation à Versailles, à l’aube du 6 octobre, la foule a envahi le château. L’auteur retrace la nuit de la reine et de son entourage immédiat. Les premières heures, au château la situation est confuse.
Humiliation et grandeur
Ce chapitre décrit une matinée de fuite à travers le château, la famille royale réunie. Le roi fait appel à l’Assemblée qui débat des mesures à prendre. L’intervention de La Fayette qui harangue la foule, détend, un peu, l’atmosphère. Le roi apparaît au balcon face à la foule, il accepte le retour à Paris. La reine apparaît à son tour au balcon.
Voyage d’automne
Dans la soirée un lent cortège se dirige vers Paris. Selon Necker, le roi est hagard, entre les gardes nationaux et les femmes en liesse. Des témoignages disent la fatigue du roi, la tristesse de la famille royale.
L’auteur évoque un écrit de 1788 dans lequel Olympe de Gouges avait pressenti les conséquences politiques de la crise économique. Il montre aussi les différentes interprétations de la journée, la douleur du couple royal et le retour joyeux des femmes.
Égales dans le malheur – gloire et châtiment
Si les femmes ont participé à l’évènement, les idées reçues sur la place des femmes restent bien ancrées même parmi les révolutionnaires, comme l’exprime clairement le député Marc Antoine Baudot :
« Qu’elles ne se mêlent jamais des affaires en dehors de leur maison. »Citation p. 305
L’historiographie royaliste ne leur accorde aucun autre rôle que celui de demander du pain.
Le jour d’après
Marie-Antoinette est obligée de se montrer au bacon des Tuileries, elle cherche à obtenir la confiance du peuple, une attitude plutôt optimiste. Elle reste hostile à la Révolution.
Dans un Paris encore agité, l’auteur montre la diversité des femmes des halles. Louison Chabry, à la tête d’une délégation, va au x Tuileries dire leur dévouement au roi et à la reine. Elle se désolidarise des femmes qui ont commis des violences. La municipalité promet de les honorer, quand la société d’Ancien Régime se moque d’elles.
La réaction d’octobre
L’Assemblée a, comme la famille royale, rejoint Paris. Certains députés démissionnent, mais surtout la peur de la rue apparaît, un peuple toujours à la recherche de pain. Pour le respect de l’ordre public, l’Assemblée décrète le loi martiale.
Une réaction monarchiste se dessine. L’enquête du Châtelet sur la mort de deux gardes du corps du roi, le 5 octobre, montre une forme de discrédit envers le mouvement populaire. La reine, de son côté, mène aussi son enquête. Les documents de ses deux enquêtes sont des sources importantes pour les historiens. Des députés, dont Mirabeau, sont entendus, on les suspectent de complot.
Deux femmes d’exception
Deux femmes ont été poursuivies après les évènements.
Reine Audu est suspectée par les enquêteurs du Châtelet, comme meneuse des femmes des halles. Elle est emprisonnée en septembre 1790. L’auteur rapporte son long procès. Libérée en septembre 1791, elle est amnistiée par le roi. Elle est ensuite réhabilitée et elle reçoit une épée d’honneur de la ville de Paris au printemps 1792.
Théroigne n’a pas participé aux évènements et pourtant, elle est accusée par la rumeur publique. Ce qu’on lui reproche, c’est de prendre la parole au Club des Cordeliers pour les droits de femmes. Moquée, menacée, elle retourne chez elle, en Belgique, à l’été 1790. Le 15 janvier 1791, elle est enlevée et emprisonnée à Vienne, on lui reproche de vouloir exporter les idées révolutionnaires sur les terres des Habsbourg. Elle est accusée d’avoir participé aux évènements qui ont atteint la personne de Marie Antoinette. Amnistiée, puis libérée sous caution par Léopold II, elle retourne à Paris. Elle milite pour les droits et la dignité des femmes avec Louise Karalio et Manon Roland, on la retrouve lors de la prise des Tuileries, le 10 août.
Reine Audu et Théroigne se sont-elles rencontrées ? Peut-être… Elles connurent, toutes les deux, une fin pauvre et triste d’aliénées.
Épilogue : les femmes sortent de la Révolution
L’auteur qui redit le rôle des femmes dans le basculement de la Révolution, montre qu’elle fut très dure pour les femmes jusqu’à la mort (Madame Roland, Olympe de Gouges). Les Jacobins exprimaient, comme les royalistes, leur refus de reconnaître des droits aux femmes, comme si leur marche des 5 et 6 octobre avait fait peur aux hommes, craignant pour leur pouvoir.
Un ouvrage très détaillé, de lecture facile, qui donne à voir les femmes dans la Révolution.



