Algérie, une guerre française, tome 5 Chaos, est le cinquième et dernier tome d’une histoire de la guerre d’Algérie Algérie, une guerre française –  Derniers beaux jours Tome 01 – L’Escalade fatale Tome 02 – La bataille d’Alger Tome 03 – Les Porteurs de valises Tome 04, entre 1945 et l’indépendance de l’Algérie en 1962. On y suit l’évolution de la situation dans l’Algérie colonisée à travers le destin de 4 amis, Paul, André, Mo, Loulou, qui ont partagé leur enfance à Fort-de-l’Eau, une commune située à 15 km à l’est d’Alger.

Le récit commence au début de 1960 et se termine en 1962 soit deux années durant lesquelles on assiste à une radicalisation des positions du FLN d’une part et de l’OAS d’autre part alors que le président de Gaulle a choisi la voie de l’autodétermination pour l’Algérie en septembre 1959.

Paul, après avoir passé son adolescence auprès d’Adrien son cousin en Algérie, revient faire des études supérieures en France et se trouve devoir faire son service militaire avec le risque important être envoyé en Algérie. Après moult hésitation, il choisit de déserter et fuit en Suisse. Pendant ce temps, son ex-petite amie Julia, qui a rejoint le réseau Jeanson de soutien au FLN, aide à l’exfiltration de Kamal, un activiste recherché par la DST. Celle-ci, à travers le commissaire Gustin va manipuler Mo, leur ami, devenu un sympathisant FLN retourné, pour atteindre Kamal.

En Algérie, André qui a repris l’exploitation agricole à la mort de son père, continue de mettre en pratique ses idées libérales auprès de ses ouvriers agricoles algériens, ce qui achève de l’ostraciser parmi les colons, qui lui sont de plus en plus hostiles. C’est autour de ces notables, à Fort-de-l’Eau que se crée un noyau d’ultras qui vont rejoindre les rangs de l’OAS, une organisation paramilitaire qui se structure à partir de 1961. Alors qu’il est de plus en plus clair que le gouvernement joue la négociation avec les indépendantistes du FLN, une partie de l’armée et une grande partie de la population européenne soutient la tentative de putsch militaire perpétrée le 22 avril 1961 par les généraux Challe, Jouhaud, Sallan et Zeller. Mais ce « quarteron de généraux » échoue, la majorité des forces de l’ordre à Alger s’en désolidarise et respecte la légalité, de Gaulle a tôt fait de reprendre la main. C’est dans ce contexte que l’OAS multiplie ses actions violentes.

Loulou, qui effectue son service militaire en Algérie, fréquente des ultras parmi la troupe et émarge auprès du renseignement militaire. Il se retrouve au centre des commandos delta du sinistre lieutenant Delguerre. Ce personnage historique, un ancien d’Indochine, est en charge des opérations les plus controversées, que ce soit la constitution d’un trésor de guerre à travers l’impôt de guerre auprès des commerçants pieds-noirs ou les hold-ups, ou que ce soit les attentats par plasticage commis contre les musulmans ou les Européens « libéraux ». Il sera arrêté puis exécuté en juillet 1962. A l’occasion d’une mise à l’épreuve, Loulou est démasqué comme « tiède » et échappe de justesse à l’élimination. La signature des accords d’Évian le 18 mars 1962 ainsi que leur approbation massive par référendum, en métropole et en Algérie, déclenchent une hubris de violence. Aux attentats OAS répondent les attentats FLN, l’exode des pieds-noirs est mené dans des conditions dramatiques.

La dernière page laisse l’histoire en suspens en suggérant les suites amères de cette décolonisation difficile, à court terme la poursuite des attentats OAS contre de Gaulle jusqu’à celui du Petit-Clamart le 22 août 1962, ou les massacres de harkis dans la toute jeune république algérienne. S’ensuivent les longues décennies d’une mémoire difficile à apaiser.

Le renouveau historiographique des années 2000 a néanmoins contribué à mieux comprendre cette période de notre histoire. Philippe Richelle a très bien mené ce récit tant la petite histoire illustre la grande histoire. Les personnages, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont réalistes. Il donne à voir différents points de vue assez nuancés dans une société où les communautés doivent composer entre elles du fait des nécessaires relations d’interdépendances notamment à travers la relation salariale. Alfio Buscaglia produit un dessin réaliste d’une très grande qualité, très à l’aise dans la mise en scène de l’action comme dans l’expressivité des visages.

 

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