Cet ouvrage est un recueil qui concerne une portion du territoire de la Nouvelle France, la seigneurie de la prairie et plus spécialement dix-huit jeunes Françaises orphelines et pauvres pour la grande majorité, dotées par le roi pour peupler la colonie et arrivée à Québec entre 1665 et 1673. Une histoire bien vivante au Québec : « Des sociétés d’histoire et de généalogie ont déjà écrit sur la vie des Filles du Roy qui se sont établies sur leur territoire et le font encore au moment des fêtes de

commémoration de fondation de leur lieu de résidence ou d’événements historiques particuliers. »1

Partant du constat de leur absence dans l’histoire enseignée l’objet de ce livre est de faire connaître la vie de ces femmes et reconnaître leur apport à notre histoire nationale.

En introduction Danielle Pinsonneault rappelle la situation de la colonie au début des années 1660 : une population peu nombreuse pour faire face aux attaques iroquoises et aux 80 000 Anglais et Hollandais établis un peu plus au sud. Le roi décide d’envoyer le régiment de Carignan-Salière pour « pacifier » les Iroquois et les 761 « filles du roi » pour fixer les soldats à la fin de leur engagement et seconder les pionniers et qui devront s’adapter aux rigueurs du climat canadien. Elle décrit à grand trait la vie qui attend ces femmes.

Marie Royal présente les sources disponibles et notamment l’ordonnance de Villers-Cotterêts et explique comment les 18 biographies ont pu être établies.

Gaétan Bourdages retrace l’histoire de la prairie de 1667 à 1732. En 1667, comme le décrivent les Jésuites seigneurs du lieu, le bourg de La Prairie est situé sur une petite colline qui domine légèrement la plaine et le St Laurent, artère centrale de communication de la colonie. L’auteur décrit le départ des Amérindiens puis l’installation des premiers colons français2 et l’économie locale. De part sa situation géographique, La Prairie est un lieu de passage, et l’un des postes avancés dans la défense de Montréal contre les Iroquois et les Anglais de la Nouvelle-Angleterre, très actifs dans la lutte pour le contrôle du marché des fourrures. L’auteur décrit la vie des femmes à la colonie dans cette période et en particulier ce qui touche à la maternité et à la santé.

Suit un recueil des édits concernant la Nouvelle France et plus spécialement La Prairie, textes utiles à la connaissance de la vie au quotidien. Ces textes concernent la moralité du village comme cet édit du 22 septembre 1678 : Défense aux habitants de la Prairie de la Magdeleine de tenir cabaret (répétée en 1683), les intérêts de Jésuites, la concession de terre, la construction d’un pont, la défense contre les inondations, la traite des fourrures mais aussi en 1684 l’interdiction faite aux habitants d’émigrer chez les Anglais et les Hollandais ou la création de la justice royale en 1693.

Puis ce sont les biographies très documentées des 18 filles du roi installées à La Prairie : leur origine, parfois le navire qui les conduit au Canada, leur arrivée, leur mariage et les enfants qui en naissent, les terres qu’exploite le couple et les traces aussi des guerres indiennes3.

On voit une vie souvent simple, des fratries nombreuses, des déplacements, des échanges de terres, des remariages et même des démêlés avec la justice ?

Quelques chapitres, prenant appui sur une des filles du roi évoque une thématique précise.

Le moulin :Le moulin à vent de La Prairie a été construit entre 1670, c’est un moulin banal propriété des Jésuites.

Les vêtements : une description des différentes pièces et leur adaptation à l’hiver canadien. « Une fille du Roy raconte la fabrication du lessi et du savon »4.

L’alimentation : ce chapitre nous renseigne sur les emprunts faits aux Amérindiens et les produits inconnus en Europe qui participent à l’ordinaire des colons (maïs, gibier, petits fruits, bière d’épinette).

La coutume de Paris et son application en Nouvelle France : à partir de 1664 c’est cette coutume qui s’applique dans la colonie. Michelle Desfonds en dégage les grands principes notamment pour le régime matrimonial souvent complété d’un contrat précise le douaire.

La dernière partie de l’ouvrage est composée de documents : chronologie des principaux événements reliés au développement de la Seigneurie de La Prairie (1642 – 1723), des cartes, la liste des compagnies venues pacifier le pays (1665 – 1668), dont beaucoup de soldats démobilisés en 1668 sont restés en Nouvelle France.

En annexe une série de transcriptions d’actes par les membres de la Société d’histoire de La Prairie-de-la-Magdeleine : concessions, actes d’achats, baux, contrats de mariage. Chaque acte est reproduit en photographie avant le texte intégral de sa transcription

Bibliographie, index des noms cités et présentation des auteurs complètent l’ouvrage.

Un travail minutieux qui s’il n’aborde pas la grande histoire demeure précieux pour appréhender la vie de la colonie.

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1 Citation p. 17

2 Carte p. 41

3 Par exemple Jacques, fils de Catherine Ducharme qui épouse en 1711 Marthe Marguerite French (Franche). Elle est née le 22 mars 1695 à Deerfield au Massachusetts, est faite prisonnière par les Abénaquis lors du raid du 29 février 1704 et instruite par les sœurs de la Congrégation de Notre Dame à Montréal (p. 116) – Marguerite Françoise Moreau et son mari Mathieu Faye dit Lafayette sont faits prisonniers par les Iroquois en 1690 (p.252)

4 Reconstitution en image au Village Québécois d’Antan