Le lien entre la métropole parisienne et les métropoles régionales est devenu secondaire dans les réflexions sur l’aménagement du territoire, au profit de ses relations avec l’espace mondial ou local. Riche en exemples, ce court ouvrage identifie les raisons et les effets de ce basculement, et la façon dont le double impératif de transition écologique et de souveraineté nationale favorise le retour de la coopération entre métropoles nationales.

Le primat des échelles mondiales et locales
Depuis une dizaine d’années, la recherche et les politiques publiques étudient surtout l’insertion des métropoles dans la mondialisation, ou l’effet de leur développement sur leurs périphéries. On se focalise donc sur les extrêmes scalaires – l’espace mondial et l’espace proche – en occultant les rapports entre métropoles nationales.
Le projet du Grand Paris vise ainsi à conforter la place de Paris au sein des villes-mondes et de l’économie mondialisée (notamment via le cluster spécialisé du plateau de Saclay et les liaisons logistiques vers le port du Havre), mais s’appuie peu sur les métropoles régionales, qui valorisent alors un espace économique spécifique (Alpes, Méditerranée, arc atlantique…).
Avec son espace proche, Paris promeut des pôles de développement spécialisés et des alliances d’opportunité entre acteurs concurrents, alors que les métropoles régionales canalisent des projets stables et communs avec leur périphérie.

Une bascule récente
Le lien entre Paris et les métropoles régionales a pourtant fait l’objet de politiques d’aménagement du siècle passé : l’État a voulu développer les villes du Bassin parisien pour déconcentrer la croissance économique, et constituer une armature urbaine réticulaire et équilibrée en constituant huit métropoles d’équilibre en province.
Le succès de l’approche « glocale » peut donc s’expliquer par trois processus récents.
À l’échelle mondiale, les métropoles régionales cherchent à capter des flux sélectifs pour peser dans la compétition métropolitaine mondiale. Dans une logique de cluster et de synergie, elles forment des écosystèmes propices à l’innovation et des hubs connectés au reste du monde.
L’espace européen ensuite, devient une référence en matière de marketing territorial et une source de projets communs, au sein duquel les métropoles régionales constituent des noeuds structurants.
Enfin, l’État a renforcé le développement autarcique des métropoles en les dotant d’équipements et services standardisés (universités, laboratoires, entreprises) au nom de l’unité nationale, rendant secondaires les coopérations et le système productif local.
L’abandon brutal des relations entre grandes villes dans les politiques d’aménagement trouve donc trois explications : le primat de la compétition globalisée sur la coopération, la volonté régionale de proposer une offre territoriale européenne et indépendante de Paris et la décentralisation.

La permanence des liens entre métropoles nationales
Les liens entre métropoles nationales restent toutefois importants et susceptibles de se renouveler.
Car si le rapport à Paris n’est ni revendiqué ni érigé en horizon stratégique, il reste une ressource indispensable au développement des métropoles régionales. Elles profitent en effet de la redistribution des richesses franciliennes (environ 40 % du PIB national), d’une attractivité nationale renforcée par le rayonnement parisien, et orientent leurs stratégies vers l’accueil des actifs parisiens et l’obtention de lignes à grande vitesse (LGV).
Deux impératifs peuvent également faire émerger de nouvelles formes de coopération entre Paris et sa province : la transition environnementale et la souveraineté nationale.
Le passage de l’action autocentrée à la coopération est déjà incarné par les systèmes alimentaires territoriaux ou le travail intercommunal sur la protection de milieux sensibles et la régulation des effets de la métropolisation. On citera aussi la reterritorialisation des systèmes économiques et la promotion de chaînes de valeur circulaires (la vallée de la chimie à Lyon) ou des Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) qui mêlent réseaux de transport et aménagement.
Au sein du Grand Paris, deux projets illustrent la place croissante des politiques d’intégration nationale et territoriale : la décarbonation des ports et de l’industrie automobile le long de la vallée de la Seine, et l’opération d’intérêt national Versailles-Satory qui implique plusieurs relais nationaux dans l’organisation d’un système productif industrialo-militaire.
Ce mouvement doit toutefois être porté par un nouveau récit centré sur les coopérations d’échelle intermédiaire, s’émancipant de l’idée selon laquelle la puissance nationale serait assurée par l’unité territoriale, et donc par une armature urbaine hiérarchisée et équilibrée.

Fondé sur de récents travaux de recherche, ce court ouvrage propose une réflexion rigoureuse sur un sujet actuel et propice aux simplifications médiatiques. Bien que légèrement technique pour des lecteurs peu familiers de l’aménagement du territoire, il reste concret grâce aux nombreux exemples locaux, que l’on viendra approfondir en consultant les autres études de cas traitées dans la collection des cahiers de POPSU.