Agrégé de lettres classiques et docteur en études grecques, Matthieu Fernandez est un ancien élève de l’ENS. Il nous livre aujourd’hui une somme indéniable sur les plus beaux chefs-d’œuvre de l’antiquité grecque, les poèmes homériques. Dans l’introduction, l’auteur nous présente ces poèmes comme des textes très actuels. En effet, ils nous interrogent sur l’idéal de gloire, la futilité de la guerre, la condition humaine tout en déployant une réflexion esthétique poussée à travers un art de la narration poétique complexe. Considérés comme des chefs-d’œuvre dès le VIe siècle, ils n’ont cessé de devenir des sources d’inspirations des Grecs jusqu’aux artistes contemporains comme Marc Chagall ou Cy Twombly.

La première partie résume de manière très détaillée les deux épopées complétées des légendes concernant l’origine puis les conséquences de la guerre de Troie. Si cette dernière a duré 10 ans, l’Iliade ne raconte que la dernière année. Il faut donc connaître les récits liés au cycle épique troyen qui constitue un noyau narratif où les poètes ou aèdes peuvent puiser. Les premiers écrits sont tirés d’une tradition orale séculaire. Pour compléter les histoires, très vite dès le VIIIe siècle et jusqu’au VIe siècle av.JC, d’autres poètes ont composé des épopées à partir de la matières offertes par la tradition. Par exemple, les chants cypriens parlent des causes de la guerre de Troie (la pomme de la discorde et le rapt d’Hélène par Paris) tandis que la télégonie, épopée en deux chants d’Eugammon de Cyrène raconte la fin des aventures d’Ulysse.

L’auteur s’attache ensuite à décrire la forme des poèmes, comme la composition, l’écriture, le genre oral,  afin de donner des clés de lecture sur la guerre de Troie, sur les dieux et les héros, sur le sens du voyage initiatique et les réflections sur la condition humaine.

Les deux dernières parties présentent la postérité d’Homère, dans la littérature, la céramique et la peinture antiques. L’aède si célèbre largement représenté (Le Parnasse de Raphaël dans la Salle de la Signature au Vatican ou L’apothéose d’Homère peint par Ingres conservé au Louvre) est aussi parodié, de l’Antiquité jusqu’à nos jours, comme le film O’Brother, des frères Coen, cinéastes qui ont écrit leur « road movie » l’Odyssée à la main. Leur film démarre avec les premiers vers de L’Odyssée et nombre de scènes sont des transpositions des épisodes de l’épopée.

La richesse du travail de Matthieu Fernandez, notamment par ses nombreuses références, sera très précieuse pour les professeurs du secondaire. L’auteur nous invite à relire les œuvres homériques, « pour revenir sur soi, approfondir le présent à la lumière du passé, et redécouvrir les sources d’une tradition plus vivante que jamais ».