Comment retracer, en seulement trois-cents pages, sept siècles d’histoire sur un territoire aussi vaste que l’Iran ? Ève Feuillebois, maître de conférence à la Sorbonne Nouvelle, spécialiste de l’islam iranien et de la littérature persane classique, relève le défi dans ce livre concis mais riche.

 

L’ouvrage se divise en dix chapitres qui présentent l’histoire et la géographie de l’Iran médiéval ainsi que divers aspects de la société.

Le premier chapitre, « L’histoire », rappelle les grands événements depuis la naissance de l’islam jusqu’à l’arrivée des armées mongoles dans le premier quart du XIIIe siècle. Le second chapitre présente le territoire iranien, au sens large : outre l’Iran actuel, l’espace culturel iranien traité comprend l’Asie centrale, l’Afghanistan, l’Inde du Nord et l’Irak. Puis l’organisation politique et sociale de l’Iran médiéval est discuté dans un troisième chapitre. Il permet d’aborder la hiérarchisation de la société et de se familiariser avec les nombreuses dynasties locales qui s’émancipèrent rapidement du pouvoir califal de Bagdad. Le chapitre quatre présente la vie économique. La richesse de l’Iran médiéval provient principalement de l’agriculture et du commerce. L’artisanat iranien est très réputé, et des objets précieux, comme les céramiques de luxe et les textiles, sont prisés par les élites en dehors même de l’Iran.

Les six chapitres qui suivent permettent de se familiariser avec les populations qui vivent en Iran. Tout d’abord, le chapitre V familiarise le lecteur avec la temporalité dans la société iranienne : deux calendriers coexistent (un lunaire et un solaire), et plusieurs fêtes et événements ponctuent la vie des Iraniens. Les différentes religions qui cohabitent en Iran après la conquête islamique sont présentées au chapitre VI. Outre l’islam, le christianisme, le judaïsme et le zoroastrisme sont encore largement pratiqués. Le chapitre VII, intitulé « les arts et les lettres », démontre l’importance des lettrés iraniens dans la formation de la culture musulmane. Si ces lettrés écrivent en langue arabe au cours des premiers siècles de l’islam, c’est le persan qui domine la production littéraire (mise à part la production scientifique, qui est rédigée en arabe) dès le Xe siècle. Cette partie est enrichie de traductions inédites de l’auteur. Les Iraniens se sont également illustrés dans l’art, et l’imaginaire lié à la notion d’art islamique fait largement référence aux productions iraniennes, qu’il s’agisse d’architecture ou d’art mobilier comme la poterie. Si les loisirs des classes aisées sont mieux connus grâce aux sources textuelles et iconographiques, l’auteur revient également sur ceux des classes populaires au cours des différentes fêtes qui ponctuaient l’année (chapitre IX). Enfin, Ève Feuillebois nous offre un aperçu de la vie privée des Iraniens dans le dernier chapitre. Elle revient à cette occasion sur plusieurs clichés en circulation au sujet de la société musulmane, en particulier ce qui concerne la sexualité et la place de la femme, en montrant notamment que le voile couvrant l’intégralité du corps et la réclusion dans un gynécée étaient des pratiques courantes au sein des élites urbaines, mais non dans les classes plus modestes.

 

Si l’ouvrage offre, dans une langue claire et soignée, un panorama quasi exhaustif de l’Iran médiéval et de la société iranienne entre le VIIe et le XIIIe siècle, il n’échappe pas à certaines critiques. Premièrement, il est regrettable que la chronologie n’ait pas été prolongée jusqu’aux bornes généralement admises pour le Moyen-Âge, c’est à dire la fin du XVe siècle. Cela aurait permis d’évoquer les Timourides, dynastie mongole qui règne de 1370 à 1507. Or, cette dynastie a particulièrement marqué la région par une architecture bien caractéristique avec ses monuments surmontés de coupoles bleues ; ils constituent l’identité architecturale de l’Iran actuel. En revanche, l’auteur s’attarde sur les débuts de l’islam. S’il est bien sûr toujours difficile de faire des choix lorsque l’on est contraint par un format court, il n’était cependant pas nécessaire de traiter des châteaux du désert syriens de l’époque omeyyade (p. 206). Une critique méthodologique, pour finir : les sources des illustrations ne sont pas données. Si l’on peut comprendre que cette exigence ne soit pas remplie dans un ouvrage de ce type, destiné au grand public, il est cependant dommage que l’origine de certaines miniatures, qui pourraient servir de supports pour des cours, par exemple, ne soit pas indiquées.

 

Pour conclure, ce guide va bien au-delà d’une présentation de l’Iran tel qu’il est aujourd’hui délimité. Malgré quelques défauts, , à l’aide d’un texte clair et d’outils pratiques tels qu’une chronologie, des biographies de personnages importants, un glossaire et une bibliographie thématique commentée.