Paris, 1942. Madeleine Riffaud a dix-huit ans.

Deux ans après le premier volume qui raconte le début de son incroyable vie, on retrouve cette jeune femme déterminée et de plus en plus active dans la Résistance. Il est temps pour elle de se choisir un nom de guerre.

« Rainer, comme Rainer Maria Rilke ! » s’exclame-t-elle.

« N’importe quoi !! C’est un prénom de Boche, ça !! T’es pas folle !? s’étrangle Paul, le chef de son réseau.

Cette anecdote résume à elle-seule l’énergie solaire de cette toute jeune femme, bien décidée à braver tous les dangers pour combattre l’occupant : rédiger (avec plus ou moins de bonheur pour la jeune poète !) des tracts, allez prévenir des résistants de ne pas rentrer chez eux en raison du danger imminent réquisitionner victuailles ou machines à écrire pour la clandestinité, faire sauter un convoi de camions allemands, Madeleine affronte tous les périls. Elle continue toutefois à fréquenter l’école de sage-femme à Port-Royal, pour conserver sa carte d’étudiante et justifier de ses déplacements.

« Je ne suis pas chaud pour te lancer dans la lutte armée. C’est trop dangereux pour une fille » hésite Paul. Madeleine, elle, n’hésite pas! Elle se souvient :

« On se sentait vivants comme jamais auparavant« .

« On a coupé aux arbres de Paris

Des branches

Vivantes.

– Si l’on n’avait fait que cela ! -« 

L’album est émaillé d’extraits de poèmes, ceux des « Carnets de Rainer » sont inédits.

Peut-être Madeleine y trouve-t-elle le courage de poursuivre le combat, quand tant d’amis tombent autour d’elle. C’est le cas du courageux « Picpus », l’armurier, qui trouvait toujours du muguet à offrir à Madeleine pour fêter le 1er mai  : « Trois étoiles de sang s’élargissant sur les draps blancs » (Etoile de sang – A Charles Martini).

Les teintes bleutés dominent l’ensemble de l’album, comme si Paris était toujours plongé dans la pénombre durant ces années sombres.

Dans le premier volume, Madeleine comparait les tons de bleu utilisés pour cette bande dessinée avec le travail de Picasso (qu’elle a connu). Deux éclats de couleur ensanglantent toutefois le présent volume : la désormais célèbre Affiche rouge, que Madeleine voit sur les murs de la capitale, puis lors de son arrestation, le médaillon du portrait de Manouchian (sur l’Affiche également). Le rouge, c’est aussi la couleur de l’édredon qui donne son nom au volume et il est cette fois synonyme d’espoir : c’est sous l’imposant élément de literie qu’une une petite grand-mère courageuse cache Madeleine pourchassée par la Feldgendarmerie.

Le tournant de l’année 1944

L’année 1944 est marquée par les exactions de la Waffen S.S. – Madeleine apprend avec horreur le drame d’Oradour sur Glane – et marque pour la jeune femme un tournant, après la mort brutale de son ami « Picpus ». Elle est arrêtée pour avoir abattu un officier allemand et conduite directement au siège de la Gestapo.

L’album se conclut sur ce moment tragique et sur le poème « Neuf balles« , au titre douloureusement évocateur.

« ça fait mal de tuer.

c’est la première fois« .

Comme le premier volume, ce deuxième tome se dévore d’une traite, on est sidéré par la force et la volonté de la jeune Madeleine, mais aussi sa jeunesse et parfois son insouciance. Un incontournable à lire et à faire lire autour de soi !