Oualou en Algérie
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Lounis Dahmani, Gyps

Oualou en Algérie

éd. Boîte à bulles, coll. « Contre-pied », 23 août 2017, 64 p., 15 €

Frédéric Stévenot
mardi 12 septembre 2017

La Boîte à Bulles nous offre aujourd’hui un album que Lounis Dahmani avait auto-édité (en noir et blanc) avec Gyps en 2011. Dessinateur algérien, il a travaillé aussi bien en Algérie, à ses débuts (El Watan, Liberté…), qu’en France où il s’est installé en 1996.

Nadir Oualou, détective privé dans le « neuf-trois », est chargé d’une enquête en Algérie : une mère cherche à retrouver sa fille, que son ex-mari retient là-bas. D’Alger à Oran puis en Kabylie, le lecteur remonte en même temps le fil des événements qui ont ensanglanté le pays depuis les années quatre-vingts. Évidemment, les faits évoqués entrent en contradiction avec le titre, qu’il faut comprendre comme « rien » en Algérie.
C’est avec beaucoup de réticences que Nadir Oualou (qu’on se plaît à nommer « Madir Oualou », dont le sens est donné au cours de l’album) accepte d’aller là-bas, un pays qu’il connaît très mal. C’est l’occasion de passer en revue quelques préjugés, aussi bien ceux des Français sur les Algériens et les immigrés, que ceux des Algériens sur les Français et les « imigris », qui permet de croiser les regards de différentes communautés qui s’observent et qui ont vécu sinon ensemble, au moins sur le même territoire. Nadir Oualou est ainsi le type de ces descendants d’immigrés algériens qui ont adopté pleinement le mode de vie occidental. Il est bientôt confronté aux islamistes, qui tiennent certains quartiers, ceux-là même qui ont bénéficié de la loi d’amnistie sur la concorde civile, en 1999 : les victimes ont dû alors commencer à vivre aux côtés de leurs anciens bourreaux, ces derniers gardant ainsi leur influence sociale.

C’est donc cette histoire trouble qui est racontée, celle des diverses bandes terrorisant la population (parfois avec l’aide du gouvernement), de leur prédation (rançons…), celle des femmes soumises à de nouvelles normes sociales (sous couvert de religion), celle de la corruption du pouvoir, celle de la débrouille qui permet de se sortir des problèmes quotidiens. Le lecteur n’est cependant jamais perdu : s’il n’a guère de connaissances sur l’histoire de l’Algérie depuis la guerre d’indépendance (car elle ressurgit subrepticement à l’occasion d’évocations des pieds-noirs et des tortures de l’armée française, jugée plus efficace par les tortionnaires islamistes), des notes de bas de page lui permette de bien suivre le récit.

Si l’arrière-plan de l’histoire est dramatique, elle est racontée sur un ton très humoristique. Aux jeux de mots sur le nom de Nadir Oualou s’ajoutent les plaisanteries incessantes et les références à d’autres bandes dessinées. Les frères Batata, islamistes non repentis, sont très clairement assimilés aux Dalton de Morris et Goscinny. Loin d’atténuer le propos, ce côté rigolard augmente la dénonciation des dérives du pouvoir (celles de la justice, quand elle amnistie les frères Batata).

La Boîte à bulles ne fait pas qu’un travail de publication d’ouvrages : elle édite des fiches pédagogiques sur certaines de ses livraisons (pas sur Oualou). Cela devrait augmenter notre intérêt pour cette maison.


Frédéric Stévenot, pour Les Clionautes©

Par Frédéric Stévenot

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