Il en aura fait rêver l’American Way of life, il en fait rêver encore… mais plus Alex MacLean. Le Yann Arthus-Bertrand américain en est revenu et il fait la preuve par l’image des méfaits de ce mode de vie. Une différence majeure, au-delà des espaces mitraillés, la Terre pour l’un, les Etats-Unis pour l’autre, sépare pourtant les travaux de ces pêcheurs d’images : quand le Français montre la beauté de la planète dans une explosion de couleurs, Alex MacLean s’attarde sur la réalité brute, les dégâts, les aberrations de l’aménagement de leur espace par les hommes. En neuf chapitres, d’atmosphère à urbanisme en passant par les usages de l’eau et la dépendance automobile, Over invite à un long, 330 pages, mais passionnant survol des stigmates de l’activité humaine.

L’American way of life au banc des accusés

Pollution atmosphérique ou des eaux, règne du tout automobile, extension sans fin de l’urbanisation, gaspillages en tous genres… Alex MacLean fait un inventaire des excès du mode de vie à l’américaine.
Les premières photos du chapitre Atmosphère concentrent quelques-uns des travers de l’American way of life : trois paysages de l’Arizona, un de Phoenix, un de champs irrigués, le dernier d’Arizona City, nous donnent à voir les relatives faibles densités urbaines expliquant la foultitude d’axes routiers, un usage irraisonné de l’eau dans une région sèche et point commun aux trois images, ce smog recouvrant la ville de Phoenix. Une fois ce tableau dépeint, l’auteur nous explique par l’image les causes de ce brouillard et plus largement celles de la pollution atmosphérique observable en bien des endroits du pays : rejets industriels, feux agricoles ou de forêt, circulation automobile.

Pour chaque chapitre, l’auteur ne se contente pas d’aligner les images chocs mais organisent son propos. Celui consacré à la dépendance automobile en est un autre exemple : trois images pour interpeller (une église perdue au milieu de nulle part et son parking de 330 places, une petite communauté urbaine dans l’Utah isolée et reliée à la prochaine ville par la route, un centre commercial en plein désert du Nevada). Puis A. Maclean accumule les preuves de la dépendance : la largeur des highways, les flots de voies des intersections, ces centaines de voitures, de bus, de camions, de campings-cars alignés, ces dizaine de milliers de places de parkings. Une explication s’est glissée entre les axes et les moyens de transports : cette photo de Glendale, une impression d’immensité (144 km²) pour une population juste supérieure à 200 000 habitants, confirme l’étalement urbain, conséquence d’un rêve américain : accéder à la propriété individuelle. L’avant-dernière image fait le lien entre la dépendance automobile et une autre qui lui est intimement liée : 14 voies, tranchant un paysage en deux, longent des citernes d’essence… dépendance vis-à-vis du pétrole que confirment les dernières photographies prises au Texas d’infrastructures de stockage et de transformation de l’or noir.
Et l’auteur de continuer à pointer les dysfonctionnements d’une dépense sans compter des ressources, de l’espace disponible : les consommations d’énergie en général, d’électricité en particulier, consommée qu’elle est pour illuminer les façades des hôtels de Las Vegas, dont la consommation est équivalente à celle de 23 500 maisons. D’autres excès encore concernant l’utilisation des eaux souterraines ou de surface pour alimenter les fontaines d’hôtels de luxe, l’irrigation dans des états arides tels que l’Arizona où l’agriculture consomme près de 70% de l’eau utilisée dans une année… Arrêtons-nous là, la coupe est pleine.


Eloy, Arizona

En fait non, n’omettons pas de signaler ces absurdités qui jalonnent le territoire américain et que le photographe ne peut s’empêcher de nous montrer. Rendons-nous au chapitre Déserts pour les traquer.


Congress, Arizona

Congress, Arizona, petite implantation éloignée de Phoenix donc de tout, une sorte de cul-de-sac urbain en plein désert ; San Luis, Arizona, frontière mexicaine, quelques habitations espacées dans un désert de sable face à la frontière mexicaine et une San Luis dense; Scottsdale, Arizona, un trou de golf avec bunker, bassin et autour le désert… Stop.


Anthem, Arizona

Mais le tableau n’est pas totalement sombre.
Oui, excès, il y a et oui, absurdités il existe mais l’Amérique n’est pas figée et certains voyants sont au vert, les menaces, avérées ou envisagées, du changement climatique et la fin annoncée du pétrole sont passées par là. La preuve en est, ces champs d’éoliennes qui fleurissent ici et là ainsi que ces centrales solaires pour lesquelles la Californie, une fois n’est pas coutume, est à la pointe. Ces zones de « production massive » consomment de l’espace mais l’Amérique n’en manque pas ; d’autres initiatives, plus limitées, participent à cette dynamique : de l’agriculteur alimentant sa ferme avec deux éoliennes au muséum d’histoire naturelle de Chicago équipée de panneaux solaires, la prise de conscience des excès commis poussent à l’action.

Un livre pour le prof ?

Sans conteste oui et ce pour deux raisons, personnelle et professionnelle.

Personnelle, tout lecteur, photographe averti ou du dimanche, ne pourra que passer un bon moment devant ces images magnifiques, toutes accompagnées d’un commentaire bref mais instructif, et introduites en début de chapitre par un texte de présentation. Bien sûr, on pourra reprocher à ce livre son ton écolo mais cela ne retire rien à la force des images.

Professionnelle car nous avons là de superbes documents que nous ne trouverons pas dans nos manuels pour travailler sur la ville américaine, l’urban sprawl, le mode de vie, les littoraux et j’en oublie. D’autant que les territoires les plus souvent étudiés dans les classes de Sixième (pour les paysages), de Troisième ou de Terminale correspondent parfaitement à ceux photographiés par l’auteur : Nord-Est, états de la Sun Belt (Floride, Arizona).
Pourquoi ne pas travailler sur les risques avec une classe de Seconde ?
Utiliser les images de Santa Rosa Island, de Sunny Isles, de Galveston ou de toutes celles montrant des villas, des immeubles construits à quelques encablures de l’océan permettrait de montrer que les hommes, pour satisfaire leurs besoins ou envies, alimentent un risque potentiel.


Santa Rosa, Floride

Un bâtiment en ruines à Orange Beach, ces monceaux de voitures détruites, ces sans-abris relogés dans des mobils-home sur un parking ou entre deux immenses cuves de carburant illustrent l’irresponsabilité humaine.
Nombre de clichés se prête à une étude de la ville américaine : verticalité des CBD (New-York, Miami), banlieues pavillonnaires alignant les mêmes maisons, porches d’entrée, allée latérale pour rentrer les voitures dans le garage derrière l’habitation (Colombus), immensités urbaines (Tucson, Phoenix) expliquant l’omniprésence de la voiture et de ces gigantesques artères à Weston dans le Massachussets ou à Salt Lake City et partout ailleurs.
Ce livre permet aussi de constater des dynamiques. Le virage des énergies renouvelables a déjà été évoqué mais il faudrait lui ajouter la poursuite de l’extension urbaine comme en témoigne ces lotissements envisagés à Buckey, à Henderson, à Goodyear, à Torlita, dans les états du Sud-Ouest et déjà reliés aux grands axes et aux métropoles.

On n’a pas affaire à un livre de géographie mais il s’agit d’un beau livre, riche d’enseignements géographiques, malheureusement un peu cher mais chacun trouvera bien une occasion pour se faire offrir ce bel objet.

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