La place publique, forum ou agora, cœur urbain de cité, correspond à un espace privilégié qui accueille les activités communes dans les domaines politique, civique, religieux, culturel et religieux. Elle se trouve couverte d’inscriptions contrôlées par la cité et ses institutions qui s’adressent à la collectivité en tant que corps politique. Ce type de place multiplie les fonctions collectives : affichage des lois, horloge et calendrier, table de mesure, évergétisme des grandes familles de notables, hommages rendus à la famille impériale. Mais elle peut être également le lieu d’expressions plus privées : graffiti, jeux gravés dans la pierre ou inscriptions honorifiques provenant d’individus ou de groupes professionnels. Cette grande variété de fonctions se retrouve dans les supports épigraphiques comme les monuments publics, le dallage du sol, les plaques, les autels, les bases de statues ou les stèles. De même les matériaux apparaissent divers : plus pérennes comme la pierre ou le métal ou plus éphémères comme le bois, le papyrus ou le tissu.
Les rencontres franco-italiennes de 2021 à Vaison-la-Romaine sous l’égide de l’’université de Grenoble Alpes a permis de fructueux échanges sur l’épigraphie dans les fora.
Les fora et agoras seront étudiés dans le temps long avec leurs accumulations, leurs transformations, leurs abandons mais aussi leur rôle de lieu de la mémoire civique.
Comment ces écrits étaient-ils reçus par les citoyens ? L’abondance de l’écrit montre l’investissement des élites dans leur rédaction mais beaucoup de passants n’étaient que des lecteurs restreints : aussi l’écrit était-il reconnu mais sans sa maîtrise directe.
Qu’est-ce que le statut épigraphique de ces places publiques ?
Pour y répondre, les auteurs français s’appuieront sur les découvertes archéologiques à Thasos en Grèce, à Cuicul (Djemila) en Algérie, à Lyon, Murviel-lès-Montpellier et Vaison-la-Romaine dans les trois Gaules. Quant aux auteurs italiens que je n’exposerai pas par absence de maitrise de leur langue, ils évoquent pour leur part le cas de l’Italie, de la Sardaigne et de la Province du Norique.
Le paysage épigraphique de l’agora grecque en Orient : le cas de Thasos à l’époque impériale romaine
L’agora de Thasos a été occupée sur un temps long : du début du -Vème siècle jusqu’à son abandon au IVème siècle de notre ère. De l’époque grecque classique au début de la période romaine, l’agora devient une place fermée sur ses quatre côtés soit par des portiques, soit par des monuments publics comme un bouletérion. Au Vème siècle de notre ère, la construction d’une basilique chrétienne en son sein marque une césure et elle sert de carrière de pierre pour la construction d’édifices environnants.
Dès l’origine, cet espace devient le lieu d’exposition habituel des inscriptions à caractère public d’ordre politique, commercial ou religieux. Le choix de Thasos est d’écrire directement sur les monuments pour assurer la pérennité des textes. Malheureusement, toutes les inscriptions n’ont pas été conservées car devenues caducs, endommagées ou trop nombreuses. De plus beaucoup de ces inscriptions ont été détruites ou remployées à partir de la christianisation du site. Seules deux à trois cents documents nous sont parvenus, ce qui reste très partiel. Seulement une soixantaine d’inscriptions en bronze, très employées entre le-IVème et le-Ier siècle, ont été repérées en creux sur des murs en marbre mais le métal a été réutilisé à une date inconnue, ne laissant aucune trace du contenu.
Certains phénomènes peuvent expliquer l’altération volontaire du passé inscrit. Un changement de régime politique peut provoquer la destruction symbolique des inscriptions publiques publiées par le précédent régime honni. En effet entre la fin du -Vème siècle et le début du -IVème siècle, en lien avec l’instabilité politique athénienne, Thasos est marquée par des épisodes d’instabilité politique entre gouvernements oligarchiques et démocratiques. Par exemple la « stèle de réconciliation » publiée par le régime démocratique, en même temps qu’elle réinscrit dans le corps civique des citoyens exclus par le régime oligarchique, ordonne aux magistrats de détruire les lois du régime oligarchique par martelage des inscriptions sur les murs du sanctuaire d’Apollon.
Que restait-il de ces inscriptions lors de l’époque impériale romaine ? Certains décrets, lorsqu’ils étaient encore en application, pouvaient être regravés pour en prolonger la visibilité, même plusieurs siècles après son émission. Par exemple des listes d’archontes du-IVème siècle ont été réutilisées pour la construction d’une basilique chrétienne au IVème de notre ère, ce qui prouve qu’elles étaient visibles huit cents ans plus tard. De même toujours à l’époque impériale, certains texte écrits en langue grecque archaïque demeuraient bien qu’ils ne soient plus intelligibles. L’agora est donc bien à ce titre un lieu de mémoire collective.
L’hégémonie romaine est marquée par une abondante production épigraphique qui cohabite avec celle des siècles passés. A partir du Principat d’Auguste, l’agora se remplit de bases honorifiques en hommage à la dynastie julio-claudienne. A contrario certaines pratiques épigraphiques se perpétuent à l’image des listes de collèges de magistrats locaux, même si la logique de fastes s’efface derrière l’affirmation de l’appartenance à des lignages prestigieux, passés ou présents. Certains documents font apparaître des hommages en l’honneur de femmes, épouses de magistrats, membres de la famille impériales ou dotées de vertus aristocratiques.
La conservation d’archives du passé associée à l’accroissement continu du nombre de documents grave aboutit à une saturation de l’espace public. Sous un portique en forme de pi se côtoient les listes de magistrats et les lois émanant des autorités romaines au point que le tout finisse par s’imbriquer et devenir intelligible. Parfois certaines bases sont martelées, puis regravées, par manque de place. Les autorités publiques doivent donc faire des arbitrages : trancher entre ce qui doit rester en mémoire et ce qui peut être effacé pour permette une gestion rationnelle du paysage épigraphique.
Le paysage statuaire du forum nord de Cuicul (Djemila, Algérie), du IIème au IVème siècle de notre ère
Djemila, l’antique Cuicul, est une colonie vétérane de Numidie, fondée au Ier siècle de notre ère sous les empereurs Nerva ou Trajan, qui se perpétue jusqu’au IVème siècle. Au cours des fouilles françaises menées dès 1909 mais surtout de 1912 à 1915, ont été mis à jour deux fora, dont le forum primitif, renommé « Place du Capitole ».
En 1989, G.Zimmer et G.Wesch-Klein proposent une étude où 65 piédestaux de statues, principalement de dieux ou d’empereurs, sont répartis sur ce forum primitif sans qu’aucun principe ne semble organiser leur localisation. Or ces deux chercheurs allemands n’ont pas pris en compte le fait que les archéologues du début du XXème siècle ont bougé ces piédestaux de façon à rendre le forum plus lisible, parfois sur des distances importantes. Il est donc nécessaire de voir comme utopique une reconstitution exacte de la décoration de cette place. De même il faut prendre en compte les nombreuses inscriptions de statues qui ont dû se dresser sur cette place et n’ont pas été conservées à leur place initiale : ainsi les sous-sols du Capitole renferment des inscriptions retirées de la place publiques car jugées obsolètes. De plus quelques bases de statues ont été transférées dans le nouveau forum méridional à sa construction à l’époque sévérienne afin de garder en mémoire à travers les images impériales le nom des fondateurs de la cité. Enfin certains socles ont été réemployés dans le mur d’enceinte du IVème siècle de notre ère après avoir été martelés, soit à cause de damnatio memoriae, soit pour faire correspondre à leur nouveau rôle de matériau de construction. La concurrence entre ces monuments honorifiques a donc entraîné une sélection entre ceux qui méritaient d’être entretenus pour mémoire et ceux qui pouvaient être retirés et voués à l’oubli et ceci, dès le début du IIIème siècle de notre ère.
Le site du forum septentrional a vu son ensemble monumental (Capitole, basilique, curie,) construit entre le règne de Trajan et les années 160 au moins sous la dynastie antonine. Les premières représentations sur ce forum sont liées au fondateur impérial de la cité, Trajan, et à sa famille mais aussi aux divinités du culte public, Mars et le Génie de la colonie. De même les élites municipales ont multiplié les dédicaces aux divinités civiques, à l’imitation de pouvoir impérial. Le message délivré par ces ensembles statuaires est donc clair : le forum est un espace de dialogue entre les empereurs et la cité : l’empereur est le garant de l’autonomie municipale et la cité exprime son loyalisme envers l’institution impériale. Puis à partir du dernier quart du IIème siècle de notre ère, les dédicaces aux empereurs sont concurrencées par celles émanant des légats de la IIIème Légion Auguste et des gouverneurs de la province de Numidie. Enfin du milieu du IIIème siècle jusqu’au milieu de IVème siècle de notre ère, les dédicaces sont de nouveau concentrées sur les empereurs qui restent en place sauf exception, celles concernant les notables sont réemployées dans un contexte antique. En conclusion la mobilisation par les empereurs du IVème siècle de notre ère de la mémoire des « bons empereurs » du Haut-empire a contribué au maintien de leurs effigies dans l’espace public alors que les élites municipales n’utilisent plus la statuaire comme autocélébration, causant ainsi leur relégation du forum.
Les bases honorifiques découvertes dans le sanctuaire des trois Gaules et à proximité : typologie, reconstitution, localisation
On ne connaît toujours pas l’emplacement du forum de Lyon mais on le cherche sur le plateau de Fourvière. Par contre, de l’autre côté de la Saône, sur les pentes de la Croix-Rousse, se situe un autre ensemble monumental lié à l’autel des Trois Gaules : à cet emplacement ont été retrouvées trois bases de statues de prêtres sur le lieu de leur érection initiale, à proximité de la place des Terreaux. Ces éléments ont été complétés par la découverte d’autres blocs en réemploi dans des caves, des églises et des ponts du quartier. Ces bases se trouvaient-elles à l’intérieur du sanctuaire fédéral ou bien sur une place spécifique dédiée ? Les données archéologiques restent trop ténues pour trancher sur lieu où se trouvaient ces statues : une place spécifique, des jardins ou bien des voies menant au sanctuaire fédéral. De plus il est toujours impossible de délimiter la limite sud de ce sanctuaire.
Les monuments les plus caractéristiques sont les bases familiales offertes aux prêtres fédéraux, certainement à la sortie de leur charge annuelle. Mais contrairement à d’autres provinces occidentales, à Lyon, le prêtre est honoré avec des statues d’autres membres de sa famille : épouses, enfants, père et autres ascendants.Ces bases familiales se présentent le plus souvent sous forme de piédestaux allongés sur lesquels reposent un alignement de statues Le seul exemple entièrement conservé est celui du Sénon Sextus Iulius Thermianus dont des blocs dispersés ont été retrouvés depuis le XVème siècle mais dont une réplique complète a été gravée par son gendre dans sa patrie d’origine, Agedincum (Sens). Au total six membres de sa famille sont honorés par des statues : lui-même, prêtre fédéral, son épouse, son fils, sa fille et deux petits-enfants, auxquels il faut ajouter au centre trois statues de dieux, Vesta, Vulcain et Mars. Si on ajoute les textes plus fragmentaires, c’est une douzaine d’inscriptions qu’on peut attribuer à ce type de monuments familiaux. Les inscriptions suivent un modèle canonique qui présente l’onomastique (tria nomina, tribu, cité d’origine…) du prêtre, son titre, Sacerdos Romae et Augusti et l’institution dédicante, les Trois Gaules, Tres provinciae Galliae. Elles sont pour l’essentiel datées approximativement du IIème siècle au début du IIIème siècle. Par contre il existe des variantes quant à leurs formes : un simple piédestal de statue du prêtre, une forme plus large comportant peut-être une statue équestre, des formes d’hémicycle, une structure allongée et familiale pouvant atteindre douze mètres linéaires. Les inscriptions de base des statues sont aussi monumentales avec 2.50m de hauteur avec des lettres de 17cm de haut. Certaines familles ont pu se spécialiser dans la prêtrise fédérale qui devait comporter un âge légal d’entrée en charge de 25 à 30 ans.
Pour conclure, il reste difficile d’appréhender ces monuments aux statues manquantes et aux inscriptions stéréotypés mais très fragmentaires. Même s’ils sont créés la plupart du temps par le sanctuaire fédéral, il n’est pas exclu que les cités d’origine ou les familles des prêtres soient parfois les dédicants. Les monuments ne sont pas de même nature : Thermianus le Sénon a dû posséder deux monuments côte à côte, l’un pour honorer les dieux, l’autre plus familial. Il est possible que les prêtres fédéraux, en échange de leur statue honorifique dédiée à leur sortie de charge, aient eu l’obligation de dresser un autel aux nomina Augustorum : cela permet d’entrevoir la diversité des monuments dans de sanctuaire. Il existe également des honneurs rendus à d’autres personnages éminents comme des empereurs, des gouverneurs sénatoriaux de province ou des procurateurs équestres romains. En partant du principe d’une saturation de l’espace public à Lyon, l’espace fédéral est plus à même de recevoir des monuments familiaux de grande taille. C’est donc sur un espace plat, en bas des pentes de la Croix-Rousse, que devait se situer le forum provincial, même s’il est difficile de trancher sur ses limites méridionales et sa forme initiale : place, jardin ou voie menant à l’autel des Trois Gaules.
Les inscriptions du forum des Samnagenses à Murviel-lès-Montpellier (Hérault)
A une dizaine de kilomètres au nord-est de Montpellier, le site du Castellas se repère par son enceinte bien conservée. Il s’agit d’abord d’un oppidum gaulois de 24 hectares fondé au -IIIème siècle. Puis Il deviendra le chef-lieu éphémère de droit latin de la communauté des Samnagenses entre le -Ier et le Ier siècle de notre ère, avant que la communauté ne perde son autonomie et que le lieu soit abandonné dès le IIIème siècle de notre ère.
Le forum naît en -40 avec l’obtention du droit latin à la Province. Il s’agit d’une grande place de 60m sur 35m construite sur une terrasse au sol en terre battue. Cette place est fermée sur ses quatre côtés par trois portiques doriques et au sud par un temple augustéen certainement pour le culte impérial bâti sur une terrasse.
A l’exception de deux inscriptions, les treize autres ont été découvertes lors de la fouille du forum entre 2001 et 2019., principalement dans des salles situées sous le portique nord. Les inscriptions sont gravées sur des plaques de marbre, souvent de Chemtou, et sont souvent très fragmentaires.
L’intérêt de ces inscriptions provient de leur concentration sur une période très resserrée de la fin du Principat augustéen et permet de percevoir la vie d’une petite communauté civique qui n’est ni une colonie romaine, ni une colonie de droit latin.
Certaines inscriptions comportent des hommages à l‘empereur Auguste et peuvent être datées précisément grâce à la titulature impériale.
On sait maintenant que la cité était dirigée par des magistrats puisque l’on a trois occurrences de la magistrature d’édiles et de la présence d’une assemblée de décurions. On peut reconstituer les fonctions des édiles comme la réfection d’une voie et d’un bassin, la construction d’une table commerciale des mesures ou bien l’installation d’une horloge publique.
Ont peut également lire l’occupation du forum par les élites de la communauté aquitaine des Volques Arécomiques, d’origine gauloise, mais aussi par des descendants de colons italiens, peut-être marchands. On repère une six ou sept familles issues de ces deux origines très concentrées dans les dédicataires du forum. Elles peuplent les espaces du forum et de ses abords : elles y font apparaitre leur aisance matérielle et le besoin de démontrer leur haute position sociale. En résumé ce forum d’une petite communauté civique aquitaine ressemble beaucoup à n’importe lequel des fora des petites cités italiques de la même époque.
Marcus Titius Lustricus Bruttianus honoré sur le forum de Vasio Vocontiorum (Vaison-la-Romaine)
La fouille partielle du forum de Vaison-la-Romaine au début des années 2010 a permis la découverte d’une grande inscription honorifique très bien conservée d’un illustre citoyen de Vaison qui vécut de la fin du Ier siècle au début du IIème siècle de notre ère. L’inscription était disposée sur la face principale d’une statue de bige en bronze. Elle se situait entre deux colonnes du portique occidental de la place. Elle permet de retracer le cursus honorum d’un illustre serviteur de l’empire romain, proche des empereurs Trajan et Hadrien.
La découverte d’un decumanus dallé en 2009 a contribué à localiser de manière définitive le forum de Vaison à l’est de la « rue des Boutiques », dans le prolongement méridional des vestiges monumentaux au sud-est du site de La Villasse. Ce forum a été édifié sous l’empereur Auguste à la fin du -Ier siècle jusqu’à son abandon et sa réoccupation domestique et artisanale sur ses ruines à partir du IIIème siècle de notre ère. Réembelli sous Néron, le forum mesure 120m sur 70m, avec une esplanade dallée au centre, des portiques ouest et est, une basilique au sud et une curie au nord. La partie fouillée porte sur l’angle nord-est de l’esplanade, là où étaient honorés les notables locaux à travers des stèles honorifiques au-devant et à l’arrière des colonnes de la galerie.
Parmi ces inscriptions honorifiques, trois d’entre elles concernent Marcus Titius Lustricus Bruttianus, dont une particulièrement bien conservée. La première inscription, la mieux conservée, est en marbre blanc du Proconnèse, elle mesure 214cm de longueur pour 80cm de hauteur. Elle présente le cursus honorum d’un sénateur mais par séquence et non comme d’habitude dans le sens chronologique de la carrière ou en mode inversé. Né vers 62, il gravit tous les échelons d’une carrière sénatoriale privilégiée mêlant des charges religieuses (septemvir des épulons), militaires (tribun et légat de légions) et politique (questeur, édile de la plèbe, préteur, consul avec des fonctions intermédiaires de gouverneur propréteur et proconsulaire). Elle évoque aussi les décorations militaires qu’il a obtenues lors de certains de ses commandements militaires comme lors de la première guerre dacique menée par Trajan vers 101-102. Elle a été gravée par la cité des Eduens pour leur patron dans sa cité d’origine vers 117, soit à la fin de son cursus honorum. Deux autres inscriptions beaucoup plus lacunaires ne peuvent être complétées qu’en s’appuyant sur la première plus exhaustive. La présence de trois inscriptions pour le même sénateur du début de l’époque antonine sur le forum de Vaison permet d’envisager l’autoreprésentation et la présence symbolique des élites impériales de Narbonnaise.
Seule l’inscription 1, la plus complète, peut être replacée précisément dans son contexte monumental public. Outre d’impressionnants vestiges architecturaux, les fouilles du forum ont livré de nombreux fragments d’inscriptions ainsi que de placages lisses de pierres locales ou de marbres d’importation. Les matériaux d’ornement ainsi que le matériel en métal ont été minutieusement réutilisés lors de l’abandon du forum. Sous le portique ouest, entre deux colonnes, a été découvert in situ un puissant massif construit en petit appareil de 3.15m de longueur sur 1.94m de largeur. Des trous de scellement restent les seules traces en place des placages de marbre. Les trois inscriptions en marbre ont été trouvées aux abords de ce monuments et il est envisageable qu’elles en constituaient une partie du placage puisqu’elles peuvent y trouver leur place. De même une plaque de calcaire du sommet du monument garde les traces d’une engravure circulaire qui coïncide avec la dimension d’un sabot de cheval avec des dimensions qui font plus penser à la présence d’une sculpture d’un attelage de deux chevaux tirant un char sur lequel se trouvait le personnage honoré. On aurait donc affaire à une sculpture de bige en bronze tirée par notre sénateur, posée sur une stèle élevée sur les marches du portique entre deux colonnes. L’inscription 1 aurait été disposée en avant du socle. Quant aux deux autres inscriptions, on pourrait supposer qu’elles reposaient sur les deux faces latérales mais les deux côtés étaient obstrués par d’autres monuments qui les auraient rendus peu lisibles. L’inscription deux devait donc appartenir à un autre monument proche, quant à la 3ème, elle est trop lacunaire pour être située.
La présence de ce personnage illustre de manière dupliquée sur le forum n’a rien d’étonnant : il s’agit d’un sénateur proche de la dynastie antonine à qui il doit sa arrière complète. L’importance sociale de ce personnage politique était telle qu’il pouvait utiliser les endroits les plus fréquentés de sa cité pour implanter des marques de son autoreprésentation. Rome étant le lieu marqué par la représentation des seuls empereurs, l’aristocratie sénatoriale pouvaient trouver dans ses cités d’origine des lieux dignes de la glorifier et de garder en mémoire ses faits jugés illustres, avec l’aide de ses dépendants et de ses clients.
Conclusion :
A travers des comptes-rendus archéologiques précis, les auteurs apportent une approche plus juste, moins de l’aspect architectural des fora, plus connu, que de l’éventail des inscriptions honorifiques qu’ils renfermaient. Ils sont avant tout le lieu où les élites locales, provinciales ou impériales se mettent en scène au regard des citoyens des cités, surtout si cette cité est la leur. Ces inscriptions leur assurent une image glorieuse dans le peuple civique, même s’il est peu lettré, mais elles ont aussi pour rôle de garder en mémoire, bien après la mort des dédicants, la place de ces familles illustres dans la conscience civique.
A contrario il aurait été préférable, à mon humble avis, de traduire les chapitres en italien, afin de permettre une audience à plus large public de ce sujet intéressant.




