Prendre le maquis : traces, histoires, mémoires
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Philippe Hanus, Rémi Korman, Réseau Mémorha (coordination éditoriale)

Prendre le maquis : traces, histoires, mémoires

éditions Libel, 256 pages, 24,90 euros.

Jean-Pierre Costille
mercredi 29 juin 2016

Ce travail est le prolongement de journées d’études organisées en 2014. Comme le dit la quatrième de couverture, l’ouvrage se propose de « mieux comprendre la constitution des maquis, de découvrir la vie quotidienne des réfractaires et résistants et de saisir les modalités de transmission de cette « expérience maquis » de 1945 à nos jours ».

L’ouvrage organisé en cinq parties d’inégale longueur comprend plusieurs cartes, des portfolios, un glossaire et un index très utile.
Pour s’en faire une idée, c’est ici.

Quel projet autour des maquis ?

Il s’agit tout d’abord de « prendre le maquis », c’est-à-dire comprendre comment la question des maquis est devenue un objet d’histoire et comment elle a évolué. Ensuite, un deuxième aspect est consacré à la géographie des maquis. La troisième partie s’attache au thème « Agir dans/contre les maquis ». La dernière partie traite de « Mémoire(s) des lieux et des territoires » avant de s’ouvrir sur une conclusion. La plupart des articles sont accompagnés d’un portfolio ce qui est l’occasion de mettre en valeur une collection ou un fonds peu ou pas utilisé. On peut saluer la qualité de réalisation de l’ensemble qui allie communications savantes et reproductions de documents d’époque.

Que sont les maquis ?

Dans un premier temps, on apprend comment s’est construite l’histoire des maquis jusqu’à maintenant. Ce sont des lieux où se trouvent rassemblés des « individus de différentes classes sociales ou confessions religieuses, mais aussi de couleurs politiques opposées ». Quelques dates jalonnent la construction des maquis en tant qu’objets d’histoire, dont 1963 pour un premier état des lieux, puis à partir de 1983-84, on assiste à une véritable prise en compte de la diversité du monde maquisard loin de toute idéalisation. Plus récemment, à partir de 1994, les maquis deviennent un « objet d’histoire sociale et culturelle ». Cette volonté de clarifier les termes se retrouve dans le coeur de l’ouvrage lorsque Stéphane Weiss s’interroge pour savoir si le bataillon de l’Armagnac dans le Gers peut être qualifié de maquis. Il montre que bien armé et très mobile, il n’est pas « représentatif des maquis et organisations armées résistantes du Sud Ouest. »

Des images rarement vues

Pour chaque corpus d’images, on trouve un texte introductif pour nous aider à les lire : il s’agit soit d’images mises en scène, soit de clichés pris sur le vif. Il y a en tout douze portfolios. On trouve des thématiques bien connues, comme celle du plateau des Glières, mais aussi des moins célèbres, comme le groupe Sampaix en Ardèche. Il y a à chaque fois une émotion certaine à voir ces visages. Chaque photographie est accompagnée d’une légende permettant de la situer. On peut signaler également les dessins de Jacques Barrié, dit Abdon, qui témoigne à sa façon de l’attente, ou encore de la préparation au combat. Les prêts des particuliers représentent aussi un trésor inestimable. Un portfolio en donne un exemple. Le dernier portfolio est lui en couleurs et montre des prises de vue actuelles de Natacha Boutkevitch.

Histoires régionales, histoire nationale

Les articles sont souvent spécialisés, mais cette approche micro-historique permet une mise en perspective des plus intéressantes. Parmi les articles de la deuxième partie, l’un est consacré à l’exemple du « secteur 3 de l’armée secrète de l’Isère 1920-1943 ». En effet, c’est l’occasion d’aborder des notions comme l’engagement politique ou de mieux comprendre des solidarités. Julien Guillon dessine le portrait de trois médecins qui formèrent la « clé de voûte d’une résistance précoce et durable ». En juillet 1940, alors qu’ils sont aussi des élus, ils refusent de livrer des listes de communistes : leur action constitue un véritable électrochoc pour la population locale.

Agir dans/contre les maquis : beaucoup d’idées reçues remises en cause.

L’ouvrage apporte un certain nombre d’éclairages originaux et, à ce titre, on peut mentionner l’article d’Emmanuel Chevet « Gendarmerie et maquis : entre ignorance, consentement, concorde et conflit ». Il établit une analyse très convaincante en six propositions des rapports qui peuvent exister entre gendarmerie et maquis. Il plaide donc pour une approche très précise car, comme il le dit, il faut savoir que « la mémoire au village et les réseaux influencent la relation entre gendarmes et maquisards. L’interconnaissance est un pivot. » Il montre avec des exemples concrets comment s’organisent les rapports entre les deux, loin de toute image stéréotypée qui opposerait des collaborateurs et des résistants. Parmi celles et ceux qui agissent dans les maquis, on découvre également des profils étonnants comme ceux de ces deux dirigeants communistes allemands engagés dans la résistance antifasciste en France. Les destins d’Ella Schwarz-Rumpf et Hermann Nuding bousculent certaines idées reçues sans doute sur les maquis.

Mémoire(s) des lieux et des territoires : homme, lieu et maquis

Cette dernière partie peut entrer en résonnance avec le programme de terminale et la question de l’historien et les mémoires. Le professeur pourra trouver ici des exemples originaux et peu connus pour son cours. Fabrice Grenard s’est intéressé à la figure de Georges Guingouin, une « figure du maquis ». Il retrace l’évolution de la mémoire autour de ce résistant. Immédiatement mis en avant au moment de la Libération, il se brouille avec le Parti communiste au début des années 50 qui fait alors tout pour ternir son image. L’ouvrage aborde aussi la question des lieux à travers le Mont Mouchet, et dans cet article, Martin de la Soudière plaide pour la reconnaissance de ce qu’il appelle « les hauts lieux ordinaires ». La question de la mémoire se décline enfin autour de l’exemple du maquis des Glières.

Deux articles forment la conclusion de l’ouvrage. On lira avec intérêt celui de Cécile Vast qui rassemble et remet en perspective les principales informations de l’ensemble. On pourrait même imaginer de commencer par cet article avant de se plonger dans tel ou tel article. Philippe Hanus conclut en présentant le réseau Mémorha, association qui veut notamment réfléchir aux « enjeux contemporains de transmission de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale ».

Il s’agit donc d’un ouvrage intéressant qui est certes, assez spécialisé, mais qui, en même temps, traite de thématiques que l’on aborde dans nos enseignements. Il précise des points importants sur la réalité des maquis et sur la question de la mémoire.

(c) Jean-Pierre Costille pour les Clionautes.

Par Jean-Pierre Costille

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