« Population & Avenir, revue indépendante alliant rigueur et pédagogie, vous présente une analyse originale des enjeux actuels. Vous y trouverez une source d’informations, de réflexions et d’argumentaires amplement illustrés par des cartes, des graphiques, des tableaux, des schémas… »

Les communes et la baisse des naissances

Éditorial par Gérard-François Dumont

Tout territoire où le nombre des naissances diminue de façon significative en mesure rapidement les conséquences. La première, la plus évidente, tient à la diminution des effectifs scolaires. Lorsque la population d’une commune diminue par suite d’une baisse des naissances, cette baisse peut aussi engendrer des effets économiques par exemples pour certains commerces. Quant aux services publics demandant une participation financière aux familles, cette participation diminuera face à des coûts de fonctionnement qui resteront semblables, entraînant des besoins de financement plus élevés de la commune.

Or, ces besoins font face à une situation où la commune risque, compte tenu de la diminution de l’effectif de sa population, de percevoir de l’Etat des recettes moindres. Pourtant, dans le même temps, le territoire communal a la même superficie et l’entretien des espaces publics, des réseaux et des infrastructures conservent quasiment les mêmes exigences. C’est ce qu’on appelle les « charges de territorialité ».

La question se pose de la politique souhaitable à l’échelon local lorsque se constate une durable baisse de la natalité. Ce qui fait la dynamique d’un territoire, comme d’un pays, ne tient pas qu’au nombre d’habitants et à la composition par âge, mais aussi à la mise en œuvre d’une stratégie territoriale adaptée à la trajectoire de ses caractéristiques démographiques. Pour chaque commune, l’avenir dépend aussi du projet local qu’elle développe, lié à la qualité de la gouvernance territoriale.

 

Dossier par Olivier BOUBA-OLGA

Rural, urbain et périurbain en France et selon les régions : Quel poids démographique d’hier à aujourd’hui ?

Il faut d’abord s’entendre sur la définition du rural, de l’urbain et du périurbain. Les propositions consistent à combiner la grille communale de densité, pour distinguer l’urbain, plus dense, et le rural, moins dense, et le zonage en aires d’attraction des villes, pour distinguer au sein du rural le rural « sous influence », qualifiée également de « rural périurbain », et le rural « autonome », ou  » rural non périurbain ». On dispose alors d’un ensemble de définitions simples à mobiliser : l’urbain correspondrait aux communes les plus denses, le rural aux communes les moins denses et le périurbain au sous-ensemble des communes rurales « sous-influence ».

Jean-Marc OFFNER propose par ailleurs de définir le « périurbain » en ajoutant aux communes rurales sous influence l’une des catégories des communes urbaines : les ceintures urbaines, donc « l’urbain périurbain ». En retenant cette proposition, procédons à un réexamen du poids de l’urbain, du périurbain et du rural à la dernière date disponible (2022), de mesurer leur évolution sur le temps long (1876-2022) et de les comparer à l’échelle des régions.

A l’échelle de la France, les communes urbaines au sens de la grille communale de densité concentrent 67% de la population et les communes rurales 33%. Le périurbain, pour partie rural et pour partir urbain, en regroupe 29%. L’urbain le plus dense (les grands centres urbains) concentre 38% de la population. L’analyse par catégorie montre que le sous-ensemble des communes urbaines a d’abord augmenté sensiblement plus vite que la moyenne, entre 1876 et 1975, avant de se situer un peu en dessous de la moyenne depuis. On perçoit parallèlement une hausse très supérieure de l’urbain périurbain sur cette dernière période.

A l’inverse, l’ensemble formé par les communes rurales d’aujourd’hui a d’abord diminué sur 1876-1975 (période d’émigration rurale), avant d’augmenter depuis lors (renouveau rural), à un rythme supérieur à la moyenne. Les évolutions sont là aussi contrastées : le rural périurbain arrête de décroître après 1954 alors que le rural non périurbain continue de décroître jusqu’en 1975 ; le premier augmente 2 fois plus vite que la moyenne depuis 1975 alors que le deuxième est globalement stable sur 1975-1999, mais il augmente depuis, à un rythme cependant inférieur à la moyenne.

Ces résultats montrent l’importance de l’introduction de la catégorie de communes périurbaines, pour mieux documenter la dynamique démographique de l’urbain comme du rural. L’urbain périurbain est beaucoup plus dynamique que le rural périurbain sur 1876-1999, mais la hiérarchie s’est inversée depuis, le rural périurbain voyant sa population augmenter de +0,92% en moyenne par an entre 1999 et 2022, contre +0,75% pour l’urbain périurbain, un rythme supérieur dans les 2 cas à la moyenne de la population de la France (+0.52%).

Les dynamiques démographiques diffèrent sensiblement selon les régions, avec des taux de croissance variant de +7% pour le Bourgogne-Franche-Comté à +50% pour l’Occitanie en France hexagonale hors Corse, et jusqu’à +85% à La Réunion, voire +423% en Guyane. Les profils régionaux présentent des similitudes, notamment la hausse continue des composantes urbaines, d’une part, et la dynamique plus soutenue des composantes périurbaines (rurales et urbaines) depuis 1975, d’autre part. On observe également des différences selon les régions, avec des dynamiques d’ensemble plus ou moins fortes et des évolutions plus ou moins marquées.

 

Document pédagogique (libre de droits)

La géographie des communes en France métropolitaine croisant 2 approches territoriales

 

Exercice pédagogique par Alexandre DUCHESNE

Les ressources convoitées du Congo RDC – L’exemple de 2 minerais essentiels

Cette proposition s’insère dans le thème 1 du programme de Géographie de 2nde qui s’intitule : « Sociétés et environnements : des équilibres fragiles ». S’intéresser à des minerais indispensables à la transition énergétique actuelle, comme le coltan et le cobalt, trouve ici tout son sens.

Dans une première étape, l’enseignant présente la place de l’extraction du Cobalt et du Coltan en République Démocratique du Congo dans son cadre géographique et géopolitique avant que les élèves travaillent sur un corpus documentaire. Dans une deuxième étape, ils doivent préparer une intervention à l’Assemble générale de l’ONU pour discuter d’une résolution proposée par la RDC en mettant à la place de ce pays, du Rwanda, des Etats-Unis et de la Chine.

 

Analyse par Raymond DEBORD
La « vieille » Europe devient un petit continent en termes de population

En 2025, l’Europe compte 745 millions d’habitants. Quelles sont les caractérisques du repli démographique de l’Europe ? Ce continent longtemps démographiquement majeur dans le monde va-t-il devenir un petit continent ?

Les pays d’Europe ont en commun d’avoir été les premiers à entrer dans la « transition démographique ». Ainsi, entre 1840 et 1940, la population de l’Europe a quasiment triplé, passant de 180 à 520 millions d’habitants. L’espérance de vie en Europe est en progression depuis 1800, avec une accélération après 1870 et une autre aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. C’est en 1975 que l’indice de fécondité de l’Europe tombe en dessous du seuil de remplacement des générations de 2,1 enfants par femme et, depuis, l’Europe est en « hiver démographique ». A partir de 1996, la fécondité de l’Europe varie autour d’1,4 enfant par femme avec toutefois une remontée aux environs de 1,6 entre 2008 et 2017.

Ces tendances ont été largement confirmées par l’évolution du taux de natalité, encore de 22,2 pour mille habitants en 1950 et en déclin constant depuis, malgré, ici aussi, une légère remontée au début des années 2000 suivie d’une reprise de la baisse. En 2023, le taux de natalité de l’Europe, à 8,9 pour mille habitants, demeure inférieur au taux de mortalité, prolongeant un accroissement naturel négatif depuis 1993, soit un nombre de décès supérieur à celui des naissances avec un taux d’accroissement naturel de -2,6 pour mille en 2023.

La conséquence de l’évolution du régime démographique naturel est le vieillissement des populations. On le doit d’une part au moindre nombre d’enfants dû à la faible fécondité (vieillissement « par le bas ») et, d’autre part, à l’allongement de la durée de la vie dans le contexte d’une période où arrivent à un âge élevé les générations plus nombreuses du baby-boom (vieillissement « par le haut »). A l’échelle de l’Europe, la proportion des personnes âgées de 60 ans ou plus dans la population est de 26,8 % en 2023 contre 11,7 % en 1950. La vieillissement de la population est un phénomène général qui peut également être mesuré par l’âge médian passé en Europe de 27,6 ans en 1950 à 36,6 ans en 2000 et 42,2 ans en 2023. Ce vieillissement de la population est appelé à jouer un rôle négatif sur le plan économique, induisant une rétractation de la population active. D’où une crise de la protection sociale liée à la baisse du nombre de cotisants alors même que l’allongement de la durée de la vie induit des dépenses supplémentaires.

Nombre de pays d’Europe voient leur population diminuer. L’Europe a atteint son pic de population en 2020 avec près de 750 millions d’habitants et la projection moyenne de l’ONU annonce la lente poursuite du déclin tout au long du XXIème siècle. Aujourd’hui plus que jamais on peut parler de « vieille Europe ». Le continent comptait 20% ou plus de la population mondiale jusqu’en 1961, 11,9% en 2000 et à peine plus de 9% en 2023. En Europe, le régime démographique de l’ère industrielle a désormais été au bout de son déploiement et l’entrée dans la spirale du dépeuplement, en dépit des apports migratoires, est à l’ordre du jour. Avec un indice de fécondité à 1,4 enfants par femme, le « piège de la faible fécondité se referme » et c’est bien une forte intensité de l’hiver démographique que l’Europe connaît.

 

Le point sur… par Gérard-François DUMONT
Baisse de la natalité en France : les vrais déterminants

Avec un nombre de naissances estimé à 610 000 en 2025, la France métropolitaine enregistre le plus faible niveau depuis le début du XXème siècle hors périodes de guerre. Le nombre de naissances n’a jamais été aussi bas. En 2025, on dénombre ainsi 9,2 naissances pour mille habitants, soit le niveau le plus bas depuis au moins 125 ans.

La natalité dépend de deux facteurs démographiques : la structure de la population (le nombre de femmes en capacité de procréer) et les comportements démographiques (le nombre d’enfants par femme). La structure démographique en France était plutôt favorable à une augmentation des naissances…à comportement démographique constant. Par conséquent, seule une baisse importante de la fécondité peut rendre compte de la diminution du nombre de naissances. Et c’est précisément ce qui est en train de se passer : celle-ci est tombée à moins de 1,6 enfant par femme en 2025 (1,53) alors qu’elle était encore voisine de 2,0 pour la période 2006-2014.

C’est aujourd’hui la faible intensité de la fécondité à tous les âges qui explique la diminution du nombre de naissances. Et cette dernière à toutes les chances d’être dorénavant structurelle. Pour en saisir les raisons, il faut s’écarter de la démographie au sens strict (déterminants proches) et appréhender les déterminants plus lointains. D’un point de vue économique, le pouvoir d’achat des Français ne s’est guère amélioré ces dernières années. Sur le plan du logement, l’insuffisance de l’offre a été notoire dans un contexte où, en outre, le foncier est devenu plus cher. Le développement de services à la petite enfance s’est vu aussi contrarié.

Les réductions, actées depuis le milieu des années 2010, et les craintes d’une réduction encore accrue de cette politique d’accompagnement, sont des déterminants lointains qui n’ont pu qu’influencer à la baisse le nombre de naissances. Le changement structurel qui s’est opéré au milieu des années 2010, soit la remise en cause du principe d’universalité et du caractère transpartisan de la politique familiale ne pouvait qu’engendrer une perte de confiance dans la politique familiale dans sa globalité, donc dans tout ce qui concerne l’engagement dans la parentalité, et, en conséquence, une baisse de la natalité.

En outre, nombre d’arguments sociologiques sont avancés pour contribuer à expliquer la baisse des naissances : faibles espérance en l’avenir, importance de mentalités individualistes couplées avec de moindres conjugalités, ambiance peu favorable à l’accueil des enfants, craintes pour la qualité de l’environnement, climat anxiogène face aux multiples crises géopolitiques, économiques,…