Contée par sa petite-fille Sabrina, ce livre retrace la vie de Salah Oudjane, propriétaire d’un café roubaisien qu’il a animé toute sa vie et qu’il a eu à cœur de défendre.

Cet ouvrage peut intéresser les géographes au travers de la thématique de l’aménagement du territoire, du rôle des acteurs et des conflits d’usage.

Le texte entremêle les histoires de la France et de l’Algérie, de Salah et de ses proches.

L’histoire de Salah Oudjane, né en Kabylie et arrivé en France à 20 ans dans l’espoir de voir des jours meilleurs, va rapidement s’inscrire dans celle de la vie industrielle du Nord de la France.

Pour accompagner le dur labeur des ouvriers allant à l’usine, Salah décide d’ouvrir son propre café, un lieu qui deviendra vite bien plus qu’un espace de consommation. Véritable refuge pour les exilés, lieu de dépannage sur d’autres missions (le coiffeur, le dentiste étaient là parfois), cette bulle de chaleur humaine accompagnera de très nombreux visiteurs dans un cadre pour le moins hétéroclite (animaux empaillés, scopitone…).

Mais aux heures heureuses succèderont les temps sombres : la mondialisation mettant à mal l’activité économique locale (fermeture d’usines, hausse du chômage), le quartier dit de « L’Union » (le café, administrativement roubaisien, est situé à la jonction des communes de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos) commencera à se transformer avec son lot d’expropriations.

C’est là que le combat de Salah débutera : résister vaille que vaille aux différentes pressions lui enjoignant de céder son établissement et de déserter les lieux. Aux premières visites et aux premiers courriers relativement inoffensifs se succèderont la réalité des travaux débutés autour avec leurs désagréments (bruit, poussière, coupures d’eau et d’électricité, problèmes de livraison et, malheureusement, une clientèle plus volatile).

L’histoire est originale et, outre ce livre, la vie de Salah (ses yeux malicieux se sont fermés en 2019) a intéressé d’autres âmes (des photographes, des enseignants du secteur en visite avec leur classe et un réalisateur dont le documentaire « Chez Salah » a d’ailleurs été récompensé de « l’olivier d’or » au festival du film Amazigh en 2013).

Aujourd’hui, le bâtiment est toujours sur pieds, l’avenir nous dira ce qu’il en adviendra !

Un bien bel exemple de résilience et une illustration pertinente des sujets liés à la reconversion des territoires industriels et des confrontations de points de vue entre habitants et aménageurs même s’il est un peu dommage que le cœur du sujet n’apparaisse qu’aux trois quarts du livre.