Nous retrouvons Spirou dans l’une des gares de Bruxelles à l’automne 1940. Fantasio manque de partir travailler en Allemagne. Au lieu de cela , les deux amis montent un spectacle de marionnettes ambulant ,qui circule bientôt partout en Belgique, ce qui l’occasion de les confronter aux difficultés du pays occupé.
Ce nouvel album est beaucoup plus sombre que le précédent. Même si l’humour reste présent, Fantasio perd un peu de l’inconscience qui le caractérise encore dans les premières pages. Le duo découvre un réseau de résistance, mais surtout l’approfondissement de la discrimination raciale. On la connaissait déjà avec le couple d’artistes, Félix et Felka ; on la perçoit de façon encore plus vive dans un groupe d’enfants bruxellois, dont deux se découvrent juifs. Très vite, on assiste aux premières arrestations et au départ des premiers convois de déportation, depuis la gare de Malines, derrière la caserne Dossin. Émile Bravo montre que toute cette organisation repose sur la collaboration active de Belges.
Le développement du récit met progressivement le lecteur mal à l’aise. Spirou reste un personnage de fiction, et s’attache à lui une image de superficialité. Or, la gravité des événements dans lesquels Émile Bravo le place renverse complètement cette apparence. La documentation que l’auteur a dû accumuler vient encore renforcer le réalisme des situations choisies. Le héros futile acquiert ici une dimension qu’on ne lui connaissait absolument pas, bien loin du personnage candideMême si des albums contredisent cette image..
Pour autant, la distance entre réalité et fiction reste maintenue. Il ne faut surtout pas hésiter à mettre l’album entre les mains d’enfants, même jeunes. L’album sera alors une excellente introduction à la seconde guerre mondiale, aux difficultés des occupés, aux choix faits par les uns et les autres, entre résistance et collaboration, et au processus qui conduisit à l’extermination d’une partie de la population et des réfugiés.